Première page de l'acte d'accusation à l'encontre de MegaUpload.
Première page de l'acte d'accusation à l'encontre de MegaUpload. - CAPTURE D'ECRAN/20MINUTES.FR

Anaëlle Grondin

Le plus grand site de téléchargement de fichiers au monde n’est pas prêt de refonctionner un jour. Fermé par la justice américaine jeudi, après une opération pilotée par le FBI, Megaupload est accusé d’être une «entreprise criminelle internationale organisée».  Non seulement la plateforme, qui comptait plus de 50 millions de visiteurs par jour, a violé les lois sur le copyright, mais en plus elle a favorisé le piratage, d’après la justice américaine.

20 Minutes a regardé de près l’acte d’accusation de 70 pages visant sept des responsables de Megaupload, mis en ligne jeudi soir. Le document a reproduit certains e-mails que les dirigeants de Megaupload se sont échangés depuis 2005, lorsque le site a été créé, et fait état des transactions financières très importantes réalisées sur plus de 60 comptes bancaires, que les autorités ont saisis.

Des internautes rétribués pour avoir mis en ligne un maximum de fichiers

Le dossier révèle que les dirigeants de Megaupload n’ont rien fait pour empêcher la mise en ligne de contenus sous copyright et ne retiraient pas les fichiers illégaux du site dans le cas où cela entraînerait une perte de revenus pour eux. Parfois même, lorsqu’ils recevaient une notification des ayants droit pour supprimer du contenu, ils se contentaient de ne supprimer que certains liens vers le fichier en question (qui était donc toujours disponible en téléchargement sur la Toile grâce à d’autres liens), dévoile l’acte d’accusation. Or, ils supprimaient systématiquement tous les liens pointant vers du contenu pédopornographique ou des vidéo de propagande terroriste, ainsi que le fichier incriminé. Ce qui prouve qu’ils ont les moyens techniques de couper l’accès à du contenu illégal. Autre élément accablant pour les administrateurs du site, ces derniers s’échangeaient les liens vers des contenus illégaux qui les intéressaient personnellement et en mettaient certains en ligne eux-mêmes.

Mais ils ne se sont pas arrêtés là. Kim Dotcom et ses collaborateurs rémunéraient les internautes qui envoyaient des fichiers sur la plate-forme tout en sachant qu’ils étaient illégaux dans certains cas. Jusqu’à 55.000 dollars pour un internaute très actif sur le site… Un e-mail que les enquêteurs se sont procurés vient appuyer cette accusation faite par la justice américaine: un dirigeant du site y liste les fichiers déposés par un internaute sur un des serveurs de Megaupload et précise qu’il a touché 100 dollars pour avoir mis en ligne «une dizaine de films populaires, quelques films pornographiques et des générateurs de clés pour des logiciels piratés».  Autre exemple, le 21 février 2007, l’un des responsables du site a envoyé un e-mail avec une pièce jointe contenant les adresses e-mail de deux utilisateurs de Megaupload ainsi que les récompenses qui leur avaient été promises. «Le montant allait de 100 à 500 dollars», rapporte l’acte d’accusation.  Dans un autre message, un administrateur écrivait: «Nous faisons un drôle de business… des pirates des temps modernes :)».

Megavideo s’emparait du contenu de YouTube

Les courriels échangés révèlent également que pour alimenter Megavideo, le site de streaming vidéo de Megaupload, les employés de la plateforme de téléchargement allaient dupliquer les vidéos de YouTube, une par une. Un e-mail indiquait même, à un moment donné: «Est-ce que nous avons un serveur de disponible  pour continuer à télécharger les vidéos de YouTube?... Kim [Dotcom] a encore mentionné que c’était une priorité.» Le 10 avril 2006, peu après la création de Megavideo, un responsable de Megaupload s’inquiétait dans un courriel: «J’espère que [YouTube.com] ne met pas en place un système de détection de fraudes… *je prie*.»