A la Maison du Bitcoin, «depuis septembre, ça ne désemplit pas»

REPORTAGE Le bitcoin a dépassé ce jeudi les 15 000 dollars, alors que de nombreux Français commencent à s’y intéresser…

Olivier Philippe-Viela

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La Maison du Bitcoin, à Paris.

La Maison du Bitcoin, à Paris. — OPV

  • Le bitcoin a dépassé les 15 000 dollars de valeur pour la première fois.
  • À la Maison du bitcoin dans le 2e arrondissement de Paris, l'affluence a augmenté depuis septembre.
  • L'intérêt pour les crypto-monnaies est de plus en plus important en France.

Il y a une semaine, le 30 novembre, un bitcoin s’échangeait à 10.000 dollars. Ce jeudi au matin, la plus célèbre des crypto-monnaies franchissait le seuil des 15.000 dollars (12.700 euros). Record, évidemment. 20 Minutes s’était interrogé sur la « bulle » bitcoin fin octobre : à peine un mois plus tôt, la devise dépassait les 6.000 dollars.

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En ce jour de nouveau record, dans le centre de Paris, il y a affluence à la Maison du bitcoin. Le directeur, Manuel Valente, organise l’une de ses séances hebdomadaires d’explications sur le fonctionnement des crypto-monnaies. Ici, on échange et on achète en bitcoins bien sûr, mais également en ethereum, et dans une dizaine d’autres cyber-devises.

« Depuis septembre, ça ne désemplit pas, sourit le directeur. On a dû ouvrir deux nouveaux comptoirs pour les transactions, on n’arrivait plus à suivre le rythme. » La file d’attente s’allonge à l’entrée tandis qu’une quarantaine de personnes s’installent à part pour la « formation ».

Kévin, 30 ans, pianote sur son portable en attendant. Il nous montre son « portefeuille bitcoin », géré par une application. Comme la plupart des gens ici, il s’est intéressé aux crypto-monnaies « à partir de septembre ». Le jeune homme saute de site en site pour « gagner des bitcoins facilement », en remplissant « toutes les heures » des captchas, ces tests prouvant qu’il s’agit bien d’un utilisateur humain. « De l’argent gratuit », s’amuse-t-il, clin d’œil à l’appui. C’est la deuxième fois qu’il vient assister à une formation à la Maison du bitcoin.

« Beaucoup de gens dans le monde de la finance investissent là-dessus, il y a un vrai avenir »

Un peu plus tard, Kévin posera une question sur ce système artisanal de captchas. Rires dans la salle, sourire du directeur : « Tu gagnes maximum dix centimes par jour comme ça, non ? – Ben c’est toujours de l’argent ! » D’autres sont venus avec des ambitions plus claires.

Jean-Charles, 40 ans, détonne un peu dans la foule de néo-trentenaires venus s’informer et se munir en Bitcoins. Economiste de formation, il multiplie les placements financiers. Dimanche soir, il a entendu parler de l’essor de la monnaie à la télé. « J’ai passé la nuit à faire des recherches, et lundi matin, je suis venu acheter pour 2.000 euros de Bitcoins ! », lâche-t-il, surexcité. Jean-Charles est revenu ce jeudi pour assister aux questions-réponses : « Bien sûr, j’ai un objectif spéculatif. Beaucoup de gens dans le monde de la finance investissent là-dessus, il y a un vrai avenir. »

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Il y a trois ans, « il n’y avait que des geeks et des informaticiens qui venaient chez nous »

Manuel Valente ne boude pas son plaisir, demande « pourquoi autant de monde pour écouter mes explications aujourd’hui ? ». À l’ouverture du centre, le premier d’Europe consacré au crypto-monnaie, il y a trois ans, « il n’y avait que des geeks et des informaticiens qui venaient chez nous ». Alors, pourquoi le bitcoin ? Le directeur fait le listing des qualités : « Sécurisé, plus rapide qu’une transition bancaire, une rareté intrinsèque [le bitcoin est limité à 21 millions d’unités, Ndlr] qui lui confère la nature d’un métal précieux, et une technologie décentralisée. »

On revient à Kévin. Après la formation, le trentenaire est remonté - marre des captchas pour dix centimes-, et va s’acheter des bitcoins au comptoir. Il discute avec Medhi, 37 ans, dans la file d’attente. Medhi est un peu plus au fait, il a déjà investi 3.000 euros dans trois monnaies crypto-monnaies différentes. Bonnet aux couleurs américaines vissé sur la tête, il vante la technologie, « elle me fascine, c’est infalsifiable et décentralisé ». Rebond juste à côté, une dame attend aussi pour prendre des bitcoins : « J’ai découvert tout ça il y a une semaine et je suis complètement enthousiasmée ! Comme quand j’ai découvert Internet ! », s’exclame Françoise, 53 ans, qui a ouvert un portefeuille Bitcoin en ligne dans la matinée, et veut désormais le remplir. Elle aussi apprécie « la notion de décentralisation », « ces jeunes qui imaginent l’avenir… c’est du domaine de l’artistique ! »

« À la fin, c’est le marché qui décide »

Pendant la séance de questions-réponses, un habitué relève qu’il y a « trois fois plus de monde depuis septembre ». Jimmy, 26 ans, est l’un de ces « nouveaux ». Il a commencé à s’y intéresser « vraiment » il y a deux mois. « Mais la première fois que j’y avais réfléchi, c’était il y a un an, quand il était à 900 dollars. Je viens ici pour apprendre, c’est quand même compliqué, il faut comprendre les marchés financiers », ajoute le jeune homme, venu s’offrir des bitcoins et de l’ethereum.

Certains ont essayé de soutirer au directeur de la Maison du Bitcoin quelques astuces sur les marchés financiers justement. « Ça peut s’effondrer le Bitcoin ? », demande un autre trentenaire (le profil majoritaire). Réponse « oui, d’autant que la croissance est inhabituelle ». Autre question guère subtile, en fin de séance : « Vous nous conseillez d’investir dans quelle monnaie ? » Manuel Valente botte en touche, il n’est pas Nostradamus et « chaque monnaie a ses qualités », mais il lâche quand même une certitude, tandis que les transactions se multiplient à l’entrée de la Maison du Bitcoin : « À la fin, c’est le marché qui décide. »