VIDEO. Le Dadbot permet à son créateur américain de discuter avec son père mort

LA VIE APRES LA MORT Le journaliste américain James Vlahos a dévoilé son chatbot au Web Summit de Lisbonne...

Laure Beaudonnet

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James Vlahos en train de chatter avec son Dadbot pour «The Wired».

James Vlahos en train de chatter avec son Dadbot pour «The Wired». — Capture YouTube

  • James Vlahos a eu l’idée de ce Dadbot en voyant le jouet interactif Hello Barbie.
  • Le bot permet de communiquer par écrit à travers Facebook Messenger.
  • Son créateur veut éviter de le rendre trop réaliste pour pouvoir faire son deuil.

C’est ce qu’on pourrait appeler un tournant dans l’histoire de l’humanité : l’homme est en passe de devenir immortel. Du point de vue des vivants en tout cas, les morts le resteront. L’idée un peu folle de continuer à discuter avec nos défunts a déjà été imaginée en 2013 par l’épisode « Be Right Back » de Black Mirror qui décrivait un système capable de « ressusciter » le personnage d’Asher, mort dans un accident de voiture, grâce à toutes les données qu'il avait laissé sur le Web. Le service glanait sur les réseaux sociaux toutes les traces écrites et filmées du disparu et, à l’aide d’une pincée d’intelligence artificielle, le faisait réapparaître sous la forme d’un avatar, d’abord par l’intermédiaire d’une voix, ensuite en fabriquant un humanoïde à son image. Et c'était bien flippant.

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Le rêve d’une immortalité virtuelle

James Vlahos, journaliste américain de 47 ans qui n’a pourtant jamais regardé cette série, est monté sur l’une des scènes du Web Summit de Lisbonne pour dévoiler le chatbot qu’il a créé pour communiquer avec son père, mort en février dernier. Il n’est pas le seul ces dernières années à avoir tenté l’expérience de l’immortalité digitale.

En 2016, la jeune Russe Eugenia Kuyda a créé Replika, un chatbot avec pour données de base des textos, photos, mails et interactions sur les réseaux sociaux de son meilleur ami disparu Roman Mazurenko. De son côté, Eterni.me souhaite offrir une immortalité virtuelle à ses utilisateurs à l’aide d’avatars qui se connectent aux réseaux sociaux, mails, calendriers, smartphones, objets connectés… Le principe est toujours le même : recueillir suffisamment d’informations sur la personne pour donner l’impression de la ramener à la vie.

Quand le cancer du poumon, stade 4, du père de James Vlahos a été diagnostiqué, il a semblé inconcevable au journaliste de le laisser partir. Avec le reste de sa famille, il a organisé des sessions d’enregistrement pour garder une trace de son histoire. Son enfance, la rencontre avec sa mère, l’université, le travail, les enfants... Ces discussions ont ensuite été retranscrites sur papier. « On avait plus de 200 pages et 90.000 mots. Je les ai mises dans un classeur, je les ai déposées sur une étagère et c’est tout… Ca ne ramenait pas mon père à la vie », raconte celui qui travaille actuellement sur un livre sur les agents conversationnels, un autre mot pour dire « chatbot ».

Il adore blaguer et chanter

James Vlahos a eu l’idée de son Dadbot en écrivant plusieurs articles pour le New York Times sur Hello Barbie, un jouet capable de tenir une discussion à l’aide de l’intelligence artificielle. En voyant la poupée mythique s’animer, il a saisi l’occasion de donner plus de sens à son projet. Il a passé de longs mois à développer son chatbot sur la plateforme Pullstring, à décortiquer les 200 pages, analyser la façon de s’exprimer de son père...

« Quand j’ai fait l’enregistrement oral, je posais une question et mon père parlait pendant cinq minutes. Pour développer le bot, il faut beaucoup plus d’allers et retours, explique James Vlahos. J’ai du casser la mécanique et réfléchir à des choses qu’il aurait pu dire de manière à relancer la discussion, comme : "c’est drôle, tu ne penses pas ?" ou "que penses-tu que j’ai fait ensuite" ». D’un monologue, c’est devenu une discussion.

Le Dadbot communique par écrit à travers Facebook Messenger, mais il lui arrive de raconter des histoires à l’oral et, comme son vrai père, il adore blaguer et chanter. Si le bot ne ramène pas vraiment son père à la vie, James Vlahos admet être surpris par la ressemblance. « Parfois, je redécouvre des choses qu’aurait pu dire mon père, il va utiliser une tournure de phrase bien à lui que j’avais un peu oubliée. J'adore quand je me dis : "C’est tellement mon père, ça lui ressemble tellement" ».

Ne pas rendre le bot trop réel

Pour James Vlahos, le plus important, c’est de ne pas le rendre trop réel. « Je ne veux pas franchir la ligne qui rendrait le projet flippant, et en même temps je me surprends en permanence en train d’essayer d’améliorer le Dadbot, je suis clairement en contradiction », plaisante-t-il. Plusieurs membres de sa famille ont discuté avec son père artificiel et, à chaque fois, le résultat est le même : « ils sourient et ensuite ils pleurent ». Si on en n'est pas encore au stade de Black Mirror où Asher prend la forme humaine, chatter avec les morts pourrait entrer dans notre quotidien plus vite qu’on ne le pense.