Comment une ONG a accidentellement démasqué la tricherie de Volkswagen

AUTOMOBILE Le constructeur allemand avait été choisi pour servir d'exemple...

Philippe Berry

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La Passat 2015 de Volkswagen.

La Passat 2015 de Volkswagen. — VOLKSWAGEN

« Quand on a commencé nos tests, on était sûr que Volkswagen les réussirait haut la main. » Sollicité de toutes parts, John German parle avec la vitesse d’un homme pressé. Le codirecteur du Conseil international pour le transport propre (ICCT), l’ONG à l’origine des révélations sur les tricheries du constructeur allemand, explique à 20 Minutes l’ironie de ce ''große Skandal'' : présumé bon élève, Volkswagen devait « servir d’exemple » et prouver qu’il était possible de rouler au diesel propre.

Tout commence en 2013. L’ICCT constate de gros écarts en Europe entre les émissions de moteurs diesel testés en laboratoire et celles mesurées en conditions réelles sur la route. L’ONG décide alors de commanditer une étude aux Etats-Unis, un pays où l’administration Obama a fait voter des normes strictes sur les émissions d’oxyde d’azote, cette famille de gaz en grande partie responsable du « smog » parisien. « On voulait encourager l’Europe à suivre l’exemple américain », précise German.

Des émissions jusqu’à 35 fois supérieures aux normes

L’ICCT demande alors à l’Université de Virginie occidentale de procéder à une batterie de tests. Gregory Thompson, professeur en ingénierie mécanique, supervise l’étude sur les routes du grand Ouest américain, entre San Diego et Seattle. John German raconte sa surprise face aux résultats : « On a d’abord cru qu’il y avait une erreur dans les mesures. »

La Passat reçoit le bonnet d’âne, avec des émissions d’oxyde d’azote entre 15 et 35 fois supérieures aux normes. La Jetta ne fait guère mieux, avec un facteur de 5 à 20. En revanche, le X5, un SUV haut de gamme de BMW, reste dans les clous.

Volkswagen avoue tout

Publiés le 15 mai 2014 par l’ICCT (pdf ici), les résultats passent largement inaperçus. Mais ils n’échappent pas à la toute puissante Agence américaine de protection de l’environnement (EPA). Le gendarme US prend le relais et effectue ses propres mesures. Il constate le même écart entre ses tests en laboratoires et sur la route.

Dos au mur, Volkswagen avoue tout : il a installé un logiciel qui active un mode « basses émissions » quand il détecte qu’un test est en cours. 482.000 véhicules sont concernés aux Etats-Unis, et 11 millions au total dans le monde. Le patron de Volkswagen America lâche même,mardi, que l’entreprise, sous la menace d’une amende record qui pourrait s'élever à 16 milliards d’euros, a « totalement merdé ».

Pollution vs performance et autonomie

Reste une question majeure : pourquoi BMW arrive, lui, à respecter les normes ? « Les modèles diesel haut de gamme sont équipés d’un système de post-traitement des gaz d’échappement », explique Anna Stefanopolou, professeur de mécanique à L’Université du Michigan. En plus du diesel, ces véhicules utilisent un réservoir d’urée qui neutralise en partie l’oxyde d’azote. Volkswagen s’y est également mis, mais seulement depuis 2014 sur certains modèles comme la Golf TDI.

Dans l’hypothèse d’un rappel massif, le constructeur va se trouver face à un dilemme. Changer le moteur et le pot d’échappement de 11 millions de véhicules lui coûterait sans doute plusieurs dizaines de milliards d’euros. Une simple mise à jour logicielle, en revanche, permettrait, a priori, de respecter les normes d’émissions. Mais selon l’experte, la consommation d’essence et la performance des voitures concernées risqueraient d’en pâtir car l’équation ne peut pas être équilibrée que d’un seul côté. Volkswagen va sans doute devoir choisir entre sa chemise et sa réputation.

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