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Recrutement : Ces 5 secteurs qui ont du mal à attirer des talents
Pénurie de candidats•De l’hôtellerie au BTP, plusieurs filières font face à des difficultés de recrutement qui s’installent dans la duréeFostine Carracillo pour 20 Minutes
L'essentiel
- De nombreux secteurs peinent durablement à recruter, avec des offres qui restent sans candidats.
- Hôtellerie-restauration, industrie, BTP, santé et numérique concentrent des tensions liées à la pénurie de compétences, à l’attractivité des métiers et à l’évolution des conditions de travail.
- Ce décalage structurel freine l’activité et oblige les entreprises à repenser leurs stratégies de recrutement.
Alors que l’économie française peine à retrouver son élan et que les risques de plans sociaux continuent d’inquiéter, un paradoxe persiste sur le marché du travail. Selon les données les plus récentes de l’Insee, le taux de chômage est resté globalement stable en 2025, autour de 7,5 %, mais dans le même temps, des milliers d’offres d’emploi demeurent vacantes. Derrière cette apparente stabilité se cache un problème structurel : certaines filières peinent à attirer des candidats, malgré une demande qui ne cesse de croître.
Hôtellerie-restauration : une pénurie devenue structurelle
L’hôtellerie-restauration illustre de manière particulièrement nette les tensions à l’œuvre sur le marché du travail. Selon l’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO) de France Travail, un peu plus d’un projet de recrutement sur deux est jugé difficile au niveau national, et les difficultés sont particulièrement marquées pour les métiers de serveurs, cuisiniers ou aides de cuisine. Une proportion largement supérieure à la moyenne observée dans plusieurs autres secteurs, qui traduit un déficit persistant de candidats.
Cette situation s’inscrit dans un mouvement de fond amorcé après la crise sanitaire. Selon les analyses de la Dares, l’hôtellerie-restauration figure parmi les secteurs où les tensions de recrutement se sont durablement installées depuis 2021, avec un volume d’offres élevé mais un faible taux de candidatures effectives. Les départs massifs enregistrés pendant la pandémie, souvent suivis de reconversions professionnelles, ont profondément réduit le vivier de main-d’œuvre disponible. Serveurs, barmans et maîtres d’hôtel restent aujourd’hui parmi les profils les plus difficiles à recruter, confirmant que le problème dépasse largement un simple ajustement conjoncturel et interroge l’attractivité structurelle du secteur.
Industrie et métiers techniques : des savoir-faire rares
Dans l’industrie, les difficultés de recrutement s’expliquent principalement par la rareté des compétences techniques. La Dares souligne que les métiers industriels figurent parmi les plus fortement représentés dans le classement des professions en tension, notamment les techniciens de maintenance, régleurs de machines ou ouvriers qualifiés dans la métallurgie. Les données issues de l’analyse des offres d’emploi montrent une inadéquation persistante entre les besoins des entreprises et les profils disponibles, mettant en lumière un manque criant de candidats formés.
Cette pénurie n’est pas seulement quantitative. Les entreprises se plaignent également d’un déséquilibre entre les formations proposées et les compétences requises. Certaines sociétés doivent parfois embaucher des profils moins qualifiés et assumer elles-mêmes la formation, un processus long et coûteux qui retarde la productivité et alourdit les coûts salariaux. Là où l’on parle souvent d’efficacité industrielle, ce manque de main-d’œuvre devient un frein réel à la croissance.
Bâtiment et travaux publics : une attractivité mise à l’épreuve
Le secteur du bâtiment et des travaux publics constitue un autre foyer de tensions durables. Toujours selon les données de la Dares, 24 des 30 métiers les plus en tension en France appartiennent au BTP et à l’industrie, avec une forte concentration sur des postes tels que conducteurs de travaux, couvreurs ou plombiers-chauffagistes. Cette forte proportion témoigne d’un déséquilibre persistant entre les besoins des entreprises et le vivier de candidats.
Ces métiers souvent associés à des conditions physiques exigeantes attirent moins ceux qui privilégient aujourd’hui l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Pourtant, les perspectives d’emploi restent solides, portées par les besoins liés à la rénovation énergétique et aux projets d’infrastructures publiques, comme le soulignent les enquêtes de France Travail. Malgré cela, les employeurs se retrouvent souvent à ajuster leurs attentes et à repenser leurs stratégies de recrutement.
Santé : une situation qui s’aggrave avec le vieillissement de la population
Dans le domaine de la santé, la pénurie de personnels dépasse les seuls chiffres de l’emploi pour devenir un enjeu de société. Selon une estimation attribuée à Pôle emploi, il manquerait environ 240.000 professionnels pour répondre aux besoins d’accompagnement des personnes âgées à domicile ou en Ehpad. Infirmiers, aides-soignants ou auxiliaires de vie sont de plus en plus rares, tandis que les besoins augmentent avec le vieillissement démographique.
Les raisons sont multiples : charge de travail élevée, stress constant, amplitude horaire importante et parfois rémunération jugée insuffisante par rapport aux responsabilités. Plusieurs enquêtes d’opinion menées auprès des infirmiers et aides-soignants montrent une forte lassitude professionnelle, une part significative d’entre eux envisageant une reconversion ou un changement de métier si les conditions ne s’améliorent pas, signe de la fragilisation de ce secteur essentiel.
Numérique : des salaires élevés, mais des profils trop rares
À l’autre extrémité du spectre professionnel, le secteur du numérique continue de croître sans parvenir à satisfaire ses besoins en talents. Malgré des salaires souvent attractifs, les ingénieurs en informatique, spécialistes en cybersécurité ou experts en intelligence artificielle restent difficiles à recruter. Selon l’étude sur les intentions de recrutement publiée par le cabinet Michael Page, 43 % des entreprises interrogées, tous secteurs confondus, anticipent des difficultés de recrutement en 2026, un niveau qui reste élevé malgré un léger recul par rapport à l’année précédente.
Le principal frein n’est pas ici la rémunération, mais la rareté des compétences pointues. Les formations peinent à suivre le rythme rapide des évolutions technologiques, tandis que les profils disponibles sont déjà très sollicités. Les entreprises se retrouvent ainsi en concurrence directe pour attirer les mêmes talents, accentuant la tension sur un marché de l’emploi pourtant stratégique pour la compétitivité de l’économie française.



















