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Pourquoi les pilotes des 24 H du Mans sont-ils (beaucoup) moins payés que les pilotes de F1 ?
Rémunération à DEUX VITESSES•Alors que les 24 Heures du Mans approchent, retour sur les raisons qui maintiennent les pilotes d’endurance à des kilomètres des millions de la Formule 1Youssef Zein
Même passion, même soif de vitesse et de sensations fortes… Mais pas les mêmes fiches de paye. À l’approche des 24 Heures du Mans, qui se tiendront du 11 au 15 juin 2025, les projecteurs se tournent vers les pilotes d’endurance, héros de l’ombre d’une des courses les plus mythiques au monde. Pourtant, leurs revenus sont incomparables avec ceux des pilotes F1.
Là où des pilotes stars comme Hamilton ou Verstappen ont chacun des salaires avoisinant des 50 millions d’euros annuels, leurs homologues en endurance doivent se contenter de quelques centaines de milliers d’euros par an « seulement ». Emmanuel Touzot, journaliste spécialiste des sports automobiles et auteur de 24 Heures du Mans 100, Un centenaire d’histoires (Talent Sport, 2023), explique que cette différence sur la fiche de paye trouve ses raisons dans le poids historique des deux disciplines : « La Formule 1 a toujours dominé le sport automobile en matière de prestige. Sa popularité tient à une saison complète très suivie, contrairement à l’endurance, où finalement seules les 24 Heures du Mans sont largement connues. Le reste du championnat WEC (World Endurance Championship) reste plus confidentiel. »
Autre facteur de poids, le format : « La durée d’une course d’endurance est de 6 à 24 heures. Un GP de F1 dure quatre-vingt-dix minutes en moyenne et a lieu au moins deux fois par mois », poursuit le journaliste.
Un star-system huilé
Avec les nombreux films et documentaires qui lui sont dédiés, la course du Mans fait complètement partie de l’imaginaire collectif. Mais côté F1, la discipline a su cultiver sa communication autour d’individualités fortes : Schumacher hier, Hamilton ou Verstappen aujourd’hui. Cette mise en scène d’icônes attire de nombreux partenaires et de contrats juteux : « Les pilotes de F1 sont généralement mieux payés en raison de leur plus grande exposition médiatique et du retour sur investissement qu’ils génèrent. Les transferts de pilotes célèbres comme Hamilton et Verstappen attirent des sponsors et propulsent les ventes de produits dérivés. »
Du côté de l’endurance, où le collectif prime sur la performance individuelle, la construction de figures emblématiques est moins automatique. Pourtant, cela n’a pas empêché des collectifs de marquer l’histoire de l’Endurance, comme Derek Bell et Jacky Ickx dans les années 1970, ou les pilotes allemands d’Audi dans les années 2000.
Des profils proches
Malgré un fossé colossal, les pilotes des deux disciplines suivent souvent des trajectoires comparables. « Ils sont à l’origine issus du karting. Ensuite, certains se dirigent vers la monoplace (F1) et d’autres bifurquent en endurance, sans quitter toutefois la F1 des yeux. Par ailleurs, un champion comme Kristensen, qui a remporté neuf fois les 24 Heures du Mans, aurait très bien pu faire une belle carrière en Formule 1 », note Emmanuel Touzot.
Du reste, les passerelles entre les deux mondes sont fréquentes. Jacky Ickx, vainqueur six fois sur le circuit sarthois, en est le plus bel exemple. Avec des fortunes diverses, Antonio Giovinazzi, Mick Schumacher, Romain Grosjean, Nyck de Vries, et de nombreux autres… lui ont emboîté le pas. Max Verstappen n’a pas caché son désir de se frotter un jour aux bolides du WEC. Si pour beaucoup, la Formule 1 reste un sommet en matière de pilotage pur, l’endurance a un prestige unique. « La F1 est considérée comme plus exigeante et prestigieuse, mais certains pilotes préfèrent l’expérience du WEC. »
Un soutien historique des constructeurs
Depuis les années 1950, la Formule 1 a bénéficié d’un appui constant de la FIA (fédération internationale de l’automobile) et de la part de constructeurs de renom, comme Ferrari. Cela lui a permis de se mondialiser très tôt. « L’endurance n’a pas eu le même appui. Là où la F1 s’est mieux exportée à l’international, une course comme Les 24 Heures du Mans n’a pas cette dimension », observe Emmanuel Touzot.
Des milliers d'offres d'emploi en un clicMais les lignes bougent : la version actuelle du Mans signe le grand retour des géants de l’automobile en Hypercar, avec Aston Martin, Alpine, BMW, Cadillac, Ferrari, Peugeot, Porsche… L’énorme succès de la série documentaire Formula 1 : Pilotes de leur destin (2019) sur Netflix a permis de faire monter les audiences des championnats F1. Mais le raz-de-marée a dépassé les frontières de la discipline : « Le succès de la F1 via Netflix a forcément profité à l’Endurance », constate le journaliste. En attendant, côté paye, les pilotes d’endurance ont encore pas mal de tours de retard.



















