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Des bureaux qui claquent, le nouvel argument des patrons

Des bureaux qui claquent, le nouvel argument des patrons

ATTRACTIVITÉL’environnement de travail est un argument de recrutement et une vitrine RSE, la preuve en exemples
People at Work

People at Work

Faire revenir les équipes dans les bureaux ! Réécrire une belle histoire d’amour ! Qui l’aurait imaginé ? Le Covid a révolutionné notre manière de travailler avec le télétravail, le home office. Un peu partout dans le monde, patrons et salariés ont découvert qu’ils pouvaient être tout aussi opérationnels à distance, de chez eux ou parfois très loin des bases de leur société. En cette fin 2023, de plus en plus de grands groupes poussent cependant à un retour de leurs cadres en présentiel, au minimum deux voire trois jours par semaine. Une tendance qui est une nouvelle fois partie des États-Unis.

Quand le bureau prend sa revanche…

Chez Zoom – l’outil de télétravail, spécialiste de la visio, qui a tant chamboulé nos manières de travailler –, la direction estime qu’une « approche hybride structurée est désormais la plus efficace ». Les dirigeants de Meta, de Salesforce et de Google en sont, eux aussi, convaincus : « Le seul télétravail n’est plus acceptable. » Elon Musk a pris la peine de faire passer lui-même ce message auprès des équipes de Tesla avec la délicatesse qu’on lui connaît : « Toute personne qui souhaite télétravailler doit être au bureau pour un minimum de quarante heures par semaine, ou quitter Tesla. […] Si vous ne vous présentez pas, nous considérerons que vous avez démissionné. »

Bien sûr, il existe des salariés heureux de quitter enfin leur home office ! Le Covid a laissé des traces psychologiques auprès de certains d’entre eux. Selon Béatrice Roulleau, SEO Manager de Factorial – qui propose une solution RH complète et évolutive : « Les équipes ont besoin de se retrouver, et les managers de recréer une dynamique. Le travail flexible est une bonne alternative. » Il n’est pas facile, cependant, de faire admettre à certaines personnes qu’elles doivent retourner sur place full-time. Les habitudes se prennent vite, surtout lorsqu’on a le sentiment d’être aussi efficaces depuis chez soi… et que les faits ont pu le prouver dans la réalité. En 2022, 56 % des Français télétravaillaient, pour une moyenne de 3,6 jours par semaine. Particulièrement le vendredi, avec 49 % des employés à domicile ; 77 % des salariés ont demandé des outils plus pertinents qu’ils ont souvent obtenus pour augmenter leur productivité. Si les entreprises veulent vraiment faire revenir les employés dans leurs locaux, l’équation est assez simple : que le bureau soit encore mieux que leur domicile pour celles et ceux qui ne veulent pas le quitter ! Et 55 % des employés considèrent, à ce jour, que leur entreprise ne met pas assez d’actions en place pour garantir leur bien-être au travail.

La balle n’a jamais été autant dans le camp des DRH et des entreprises. Léa Binet-Ferté, directrice générale adjointe de Great Place to Work France – acteur qui mesure la confiance des collaborateurs dans 70 pays –, observe un mouvement de balancier avec le retour au bureau. « Avec l’incertitude économique, la relation entre le collaborateur et l’entreprise se rééquilibre. Il y a aussi un enjeu d’équité entre les cols-bleus et les cols blancs qui était difficile à gérer pour les sociétés. Les employeurs ont le sentiment que le télétravail à outrance peut avoir un impact négatif sur la productivité, sur l’attachement à l’organisation qui conduit à moins d’engagement. »

Flex office

Faciliter les lieux d’échange, de création avec des outils de communication connectés au monde extérieur, développer des moments de convivialité, proposer des activités qui vont du coaching au fooding, des services – nursery, notamment –, telles sont les nouvelles grandes tendances. Ajoutons aussi le flex office, qui optimise le collaboratif. « Il faut accompagner ces mouvements, préconise Léa Binet-Ferté. Ces nouveaux lieux, manières de travailler et activités proposés créent du lien au-delà des différentes équipes, très simplement. Parfois une appli est pensée pour assurer les connexions. Cela fait partie des conditions favorables qui peuvent inciter des collaborateurs à retourner au bureau et à y être heureux. » Certains groupes vont jusqu’à aider leurs collaborateurs à se loger à proximité des bureaux parfois même en acquérant des logements qu’ils leur louent. Des solutions de coliving se développent. La Casa en est un des acteurs référents. Des sociétés comme Capgemini misent aussi sur le coworking et nouent des partenariats pour mettre à disposition des collaborateurs des espaces de travail adaptés, connectés et proches de chez eux. Un lieu « intermédiaire », mais un vrai bureau. Ce modèle reste, cependant, fragile, en témoigne la faillite annoncée du géant américain We Work, qui s’apprêterait à déposer le bilan. Au total, ce sont 777 lieux et 906.000 postes de travail, répartis dans 39 pays, qui sont menacés de fermeture.

Feel Good Manager

La performance RSE, le bilan carbone du bureau sont désormais devenus des critères clés de choix pour le salarié, qui, après la rémunération et l’intérêt du poste, a les yeux rivés sur les valeurs environnementales véhiculées par l’employeur. Sarah Delaval est dirigeante associée de Pousse, agence créée en 2013. À Paris, Bordeaux et Lille, avec une trentaine de salariés, elle végétalise des lieux de vie et de travail, intérieur et extérieur, avec style. Elle a comme clients connus Hermès, Morning Coworking, Lydia et Bacardi. « Avec l’après-Covid, il a fallu réinventer le bureau. On ne met plus des plantes parce que cela est beau. On cherche le sens de pourquoi on embellit les lieux. » Et Sarah Delaval de pointer tous les nouveaux métiers qui se sont développés au sein des groupes : « Avant, il y avait la DRH. Il y a désormais, à ses côtés, le responsable RSE, le Happiness Office Manager, le Facility Manager, le Plants Office Manager. Le Feel Good Manager est apparu, lui aussi ! C’est un phénomène nouveau qui répond à une tendance environnementale mais aussi à celle du bien-être au travail. » Avec comme autres objectifs clairement affichés, ceux de nourrir une culture d’entreprise et d’aller chercher des labels de qualité, de services. Tout cela a bien sûr un coût assumé, et budgété.

L’environnement du bureau est de plus en plus au cœur des priorités des entreprises françaises. Il ne s’agit plus d’un épiphénomène réservé aux start-up branchées. Valrhona, chocolaterie destinée aux pâtissiers et aux artisans, située dans le Sud-Est a beaucoup investi dans la qualité de vie au travail de ses collaborateurs dans les usines mais aussi dans les bureaux administratifs. « C’est ainsi que nous avons créé un pôle santé, pour aider nos collaborateurs à mieux appréhender les relations non seulement au travail mais aussi en dehors. Ce pôle est composé de deux infirmiers de l’entreprise qui peuvent s’appuyer sur une assistante sociale et sur une psychologue. »

Comment ne pas être, alors, heureux à l’approche de 2024 au bureau ? Mais la vraie prochaine révolution liée à l’IA, prête à déferler sur tous nos écrans et nos espaces de travail, n’est pas bien loin… Elon Musk – toujours lui – ne vient-il pas de confier que « grâce à l’IA, travailler ne sera plus nécessaire […] mais un choix personnel », tout en soulignant « l’importance d’avoir un interrupteur physique » – comprenez pour les robots et les logiciels fous. Le bureau n’a pas fini de faire sa révolution…