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Charli XCX a-t-elle voulu tuer la « Brat Girl »… au risque de se saborder ?
Girl, so confusing•Sorti ce vendredi, « Music, Fashion, Film » marque la fin de l’ère « Brat ». Si son virage rock est salué par une partie de la critique, certaines décisions artistiques de Charli XCX suscitent de vives réactions chez ses fansVictoria Berne
L'essentiel
- Deux ans après le succès phénoménal de Brat, Charli XCX opère une rupture radicale avec son nouvel album Music, Fashion, Film, abandonnant l’univers vert fluo et l’hyperpop pour un virage rock qui divise ses fans.
- Les choix visuels et artistiques de cette nouvelle ère suscitent la controverse, notamment le clip du titre Camera avec Vincent Cassel.
- Si la presse salue l’ambition du projet, plusieurs critiques et fans estiment que le concept prend parfois le pas sur les chansons, au risque de remplacer un personnage devenu trop populaire par un autre.
Il y a deux ans, Brat déferlait en vert fluo sur la pop mondiale. Bien plus qu’un album, Charli XCX lançait un véritable phénomène culturel. De cette déferlante naissait la « Brat Girl » : fêtarde, insolente, vulnérable, provocatrice… une figure qui allait dépasser la musique pour envahir les réseaux sociaux, la mode et même le vocabulaire populaire.
Deux ans plus tard, la Britannique semble pourtant vouloir déconstruire cette image, morceau par morceau, quitte à se brûler les ailes. Avec Music, Fashion, Film, fini le vert acide. Une rupture si radicale que plusieurs fans y voient moins un faux pas qu’une stratégie assumée. Mais à vouloir s’affranchir du personnage devenu plus grand qu’elle, Charli XCX risque-t-elle aussi de perdre ceux qui l’aimaient avant ?
La Brat est morte, vive la Brat
« La fracture était nécessaire ». Pour Oscar Melen, 26 ans, Music, Fashion, Film ne peut pas être jugé à l’aune de Brat : « Ce nouvel album n’est pas au même niveau. Il n’a pas bénéficié du même temps de préparation, du même investissement financier. Et puis c’est un album rock, moins dans l’air du temps que l’hyperpop ». Pourtant, il refuse d’y voir un faux pas : « Il ne faut pas comparer cet album à Brat. Ce sont deux projets artistiques complètement différents qu’il faut accueillir différemment. »
Pour The Guardian, le nouvel album de la chanteuse est avant tout « un album sur l’instabilité de l’identité » : « Comment succéder à l’album qui a fait de vous une star… mais aussi une caricature ? », explique-t-il.
Aimer Charli, pour le meilleur et pour le trie ?
« Charli est une artiste qui a testé plusieurs types de musique, plusieurs univers et plusieurs imaginaires depuis 2016. Les fans l’aiment pour ça. Si ceux qui pensent que Brat est son meilleur album veulent rester sur Brat, qu’ils restent sur Brat. On ne peut pas reprocher à Charli de faire ce qu’elle aime », tranche Oscar.
Pour Agnès (du nom d’artiste RaibiBaby), 26 ans, cette rupture serait même calculée : « Je trouve intéressant le créneau qu’elle a pris. C’est tellement clivant que je pense que c’est une manière d’écrémer son audience, qui a explosé avec Brat et qui est peut-être devenue trop mainstream selon ses standards ». Et c’est la même intuition pour le journaliste Clément Laré. « Je pense que c’était vraiment fait pour faire du tri dans la fanbase et garder les hardcores, tout en se débarrassant des gens qui sont venus pour la hype de Brat ». Après avoir créé un phénomène culturel, la chanteuse chercherait désormais à s’émanciper du personnage qui l’a rendue incontournable.
Des choix incompris : la rupture va-t-elle trop loin ?
Si plusieurs fans voient dans cet album une volonté assumée de rompre avec l’ère Brat, encore faut-il regarder comment Charli XCX met en scène cette rupture. Et c’est justement sur le terrain de l’image que les critiques se cristallisent… Comme pour la pochette : visuel en noir et blanc mettant à l’honneur trois hommes - le musicien John Cale, le réalisateur Martin Scorsese et le créateur de mode Marc Jacobs - incarnant les trois piliers annoncés par le titre de l’album : Music, Fashion, Film. Pour Guito Herard, le choix interroge davantage qu’il ne convainc : « Je trouve que l’image est réussie dans la forme, mais je trouve bizarre de mettre uniquement trois vieux hommes blancs sur la pochette, même si ce sont des références culturelles. »
Le débat prend une nouvelle dimension quelques jours plus tard avec la sortie du clip Camera, dans lequel Charli XCX confie le premier rôle à Vincent Cassel, un choix qui divise en raison des polémiques ayant entouré l’acteur. « Ça remet en question tout l’angle et le regard que tu essaies de donner à ton projet. Ça me détache complètement du truc », estime la créatrice de contenus Coco Paillette sur TikTok. Même constat chez Khémis Khamoussi, 23 ans : « Vincent Cassel, c’est vraiment l’erreur de cette era sachant qu’elle aurait pu prendre n’importe quel autre acteur. »
Et la musique dans tout ça ?
« Je pensais que Charli allait révolutionner le rock, mais c’était peut-être ambitieux », reconnaît Oscar. Un constat partagé par Guito : « La musique n’est pas mauvaise du tout. Je suis juste surpris par aucune track. Il n’y a pas de morceau qui m’ait fait un effet spécial ». Si The Observer salue un disque qui réinvente les codes du rock à travers le prisme de l’hyperpop, Libération se montre plus réservé. Le quotidien voit dans ici un album parfois plus fasciné par la mise en scène de sa propre rupture que par ses chansons, au risque que le discours prenne le pas sur la musique.
Et c’est peut-être là tout le paradoxe. Musicalement, l’album continue d’explorer les thèmes chers à Charli XCX : la célébrité, le regard des autres ou l’identité. Mais là où Brat transformait ses failles en quelque chose de profondément humain, Music, Fashion, Film donne parfois l’impression de les ériger en concept. Comme si le personnage avait fini par prendre le pas sur la personne. Une ironie pour une artiste qui semblait justement vouloir échapper à la caricature. Car en détruisant un personnage devenu trop mainstream, Charli XCX risque bien d’en avoir créé un autre, tout aussi difficile à quitter.


















