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L’intelligence émotionnelle, nouvel argument dans les rencontres amoureuses
amour, gloire et intelligence

L’intelligence émotionnelle fait-elle réellement la différence dans nos relations intimes aujourd’hui ?

Alors qu’elle est devenue une des conditions les plus recherchées dans les relations intimes, Tinder intègre dans son application un questionnaire pour explorer son intelligence émotionnelle
Victoria  Berne

Victoria Berne

L'essentiel

  • L’intelligence émotionnelle se définie comme la capacité à identifier, comprendre et réguler ses propres émotions, ainsi que celles des autres. Elle est devenue un critère essentiel dans les relations amoureuses pour la Gen Z, au point que Tinder lance un questionnaire interactif pour guider ses utilisateurs vers des relations plus conscientes.
  • Les recherches scientifiques montrent que les femmes ont globalement un niveau d’intelligence émotionnelle plus élevé à l’âge adulte, les écarts apparaissant à la puberté pour des raisons biologiques et sociales.
  • L’intelligence émotionnelle n’est ni innée ni figée et peut se développer à tout âge grâce à la plasticité émotionnelle.

«Non, mais de toute façon, ça n’aurait jamais fonctionné entre nous. Il n’avait aucune intelligence émotionnelle. » Cette formule est presque devenue familière. Dans les discussions post-rupture, sur les applications de rencontre ou au détour d’un rendez-vous plus ou moins réussi, elle s’impose comme un argument phare. Depuis quelques années, l’intelligence émotionnelle s’est installée au cœur du dating et de nos relations. On ne cherche plus seulement une connexion, mais quelqu’un qui sache identifier ce que l’on ressent, communiquer sans déborder et ne pas faire porter à l’autre le poids de nos tempêtes intérieures.

C’est dans ce contexte que Tinder vient de lancer un questionnaire interactif avec l’ambition affichée de guider ses utilisateurs vers des relations plus conscientes et équilibrées. Un signal fort : si le terme est repris partout, sa définition et son application réelle restent largement méconnues. Alors, de quoi parle-t-on vraiment ? Et vous, possédez-vous cette fameuse intelligence émotionnelle ?

Avant toute chose, c’est quoi l’intelligence émotionnelle ?

Les personnes interrogées sur le sujet ont en réalité une définition étonnamment précise de l’intelligence émotionnelle. Pour Malaya, ce n’est pas un terme fourre-tout, mais une « vraie forme de maturité » : savoir ne pas être « uniquement centré sur soi et réussir à comprendre l’autre ». Raphaël évoque, lui, « la compréhension et l’acceptation des émotions des autres », ainsi que la capacité à s’adapter à la situation émotionnelle de la personne en face. Medhi insiste sur la dimension concrète : « la manière d’exprimer ce que l’on ressent et d’interpréter les émotions de l’autre », rappelant que dans une relation, tout se joue souvent sur les détails, le timing et le contexte.

Pour tout comprendre, Christophe Haag, professeur HDR à EMLYON Business School, chercheur en psychologie sociale, expert en intelligence émotionnelle et co-fondateur de Génération QE, commence par expliquer que celle-ci fait partie d’un ensemble beaucoup plus global : « L’intelligence, c’est comme une grande armoire, l’intelligence émotionnelle, c’est l’un des tiroirs ». Mais quand on se penche plus précisément sur ses caractéristiques, on peut l’identifier comme « la capacité à identifier, comprendre et réguler ses propres émotions, ainsi que celles des autres », rappelle le chercheur.

Miroir, miroir, que dit la science ?

Derrière l’omniprésence du terme, l’intelligence émotionnelle n’a rien d’un concept flou ou ésotérique. Étudiée depuis plus de trente ans, la recherche est formelle sur un point : elle n’est ni innée, ni figée, ni décorative. La première idée reçue est que l’émotion ne s’oppose pas à la rationalité. « L’émotion ne brouille pas la pensée, elle lui donne du sens », rappelle Christophe Haag. Une émotion n’est ni bonne ni mauvaise : c’est une information.

Nous avons bien évidemment posé la fameuse question qui vous taraude l’esprit : les femmes sont-elles plus intelligentes émotionnellement que les hommes ? « Longtemps, moi-même, je voulais vérifier cela en me disant que nous étions tous égaux », explique Christophe Haag. « Mais nos études montrent que, globalement, les femmes ont un niveau d’intelligence émotionnelle plus élevé à l’âge adulte ». Avant l’âge de 12 ans, il n’y a aucune différence. « Jusqu’à cet âge, garçons et filles ont le même niveau d’intelligence émotionnelle. Les écarts apparaissent à la puberté ». Pourquoi ? Pour des raisons biologiques d’abord. Les bouleversements hormonaux qui surviennent plus tôt chez les filles les exposent à un véritable « tsunami émotionnel ». Puis, pour des raisons sociales : les filles sont davantage encouragées à verbaliser, analyser et accepter leurs émotions, tandis que les garçons apprennent plus souvent à les contenir ou à les nier.

Pourquoi l’intelligence émotionnelle devient un prérequis recherché dans nos relations ?

« Pour moi, l’intelligence émotionnelle est devenue indispensable, surtout dans les relations », explique Isaac. « Je ne cherche pas quelqu’un qui pense exactement comme moi. Ce qui me touche, c’est la capacité à échanger, à débattre et à se questionner ensemble. »

Ce qu’il décrit n’a rien d’un idéal romantique. C’est une exigence qui favorise le fonctionnement. « On sait aujourd’hui qu’au sein d’un couple, si l’un des deux partenaires a un bon niveau d’intelligence émotionnelle, cela garantit une forme d’harmonie », explique Christophe Haag. « Et surtout, cela améliore la qualité de la relation ». À l’inverse, le manque d’intelligence émotionnelle se repère très vite. « Quand une personne ne parle que d’elle, n’écoute pas, devient rancunière après un rejet ou un rendez-vous galant raté, ce sont des signes clairs », observe le chercheur. Les personnes ayant un quotient émotionnel faible ont du mal à gérer la colère et la tristesse, ce qui nourrit rancœur et agressivité.

Mauvaise nouvelle : votre manque d’intelligence émotionnelle ne peut pas se cacher derrière un « mais je suis comme ça »

« C’est une croyance, pas une réalité neurobiologique », tranche Christophe Haag. « Elle est souvent liée à l’éducation et aux phrases qu’on a entendues toute sa vie. Mais la science montre qu’il est possible de développer son intelligence émotionnelle à tout âge. » Il s’agit ici de plasticité émotionnelle, cousine de la plasticité cérébrale. Le message du chercheur est clair : « Même à 65 ans, il est possible de progresser dans ce domaine. »

Développer son intelligence émotionnelle, c’est apprendre un véritable alphabet émotionnel : comprendre les causes des émotions, leurs conséquences et ce qu’elles signalent. « Il n’y a pas d’intelligence sans connaissance », rappelle Christophe Haag. C’est précisément cette logique qui a guidé la création du questionnaire lancé aujourd’hui par Tinder sur son application. Neuf questions, un débrief rapide, quelques pistes concrètes. « L’idée n’est pas de tester ou de juger », explique le chercheur, mais « de sensibiliser. Que chacun puisse faire un premier pas vers des relations plus conscientes. »

Conçu par Génération QE, un questionnaire invite chaque membre Tinder en France à explorer son
quotient émotionnel (QE) à travers une série de questions interactives, introspectives et bienveillantes.
Conçu par Génération QE, un questionnaire invite chaque membre Tinder en France à explorer son quotient émotionnel (QE) à travers une série de questions interactives, introspectives et bienveillantes.  - Tinder

Et l’enjeu dépasse largement le dating. « Ce qu’on espère, c’est que derrière, il y ait l’envie de développer cette intelligence émotionnelle qui fera du bien à la personne, à son entourage, et plus largement à la société », conclut-il. « L’intelligence émotionnelle ramène quelque chose de fondamental : la douceur ». Un besoin à combler, en amour comme dans toutes nos relations interpersonnelles.