Les espaces de coworking beauté se multiplient… Est-ce la fin des salons de coiffure traditionnels ?
Et si vous faisiez votre coupe, couleur et brushing, mais dans un fauteuil loué par votre coiffeur plutôt que dans un salon classique ?Fiona Bonassin
L'essentiel
- Les espaces de coworking pour coiffeurs se développent en France. Les professionnels indépendants y louent des postes équipés à la journée, à la semaine ou au mois.
- Entre 2011 et 2023, le secteur de la coiffure a connu une baisse de 17.064 salariés et une hausse de 222 % de micro-entrepreneurs, soit 21.546 créations d’emploi.
- Margot Melinand, cofondatrice de Martha, affirme « que c’est le modèle qui va dominer dans le futur » car ce système permet de « faire matcher le client avec la bonne personne. »
Dans le premier arrondissement parisien, le salon de coiffure Martha a l’air tout à fait normal, des bacs pour se faire laver les cheveux, des sièges pour se les faire couper, des shampoings à acheter… Rien de bien nouveaux sauf que cette nouvelle adresse est en réalité un espace de coworking pour les professionnels de la coiffure. De Paris à Lyon, en passant par Toulouse, ces lieux partagés attirent de plus en plus de coiffeurs, esthéticiennes et prothésistes ongulaires indépendants. Flexibilité, coûts réduits et convivialité : le modèle séduit.
Le concept des lieux est simple. Créer de grands et beaux espaces tout équipés que les pros louent à la journée, à la semaine ou au mois. Pas de gestion de loyer fixe, d’entretien ou de stocks : tout est pris en charge par la marque du salon. À Paris, des adresses comme OUI Beauty Paris, L’Appartement 137 ou Martha font le plein. À Lyon, Pampa Coworking rassemble coiffure, barbier et institut de beauté. Plus au sud, on peut retrouver Maison Roquelongue à Toulouse. Ces lieux deviennent alors un phénomène et une nouvelle façon de travailler pour les coiffeurs.
Redonner le pouvoir aux coiffeurs
« Pour nous ça ne change rien, on a notre coiffeur que l’on peut choisir à chaque fois et les services sont les mêmes. Après le gros point positif c’est que souvent les lieux sont incroyables et l’expérience beaucoup plus personnelle », confie Marie cliente d’un salon de ce genre à Paris. Pour les pros, c’est surtout un gage de liberté : horaires choisis et pas de patron ni de contraintes salariales. Avec le boom des auto-entrepreneurs ces coworkings répondent à une vraie demande. Entre 2011 et 2023, le secteur de la coiffure a connu une baisse significative du nombre de salariés (- 17.064) qui s’est accompagnée à l’inverse d’une forte hausse du nombre de micro-entrepreneurs (+ 222 %) soit 21.546 créations de micro-entreprises note l’Union Nationale des Entreprises de Coiffure.
« Quand je suis sortie d’école de commerce, c’était en post-Covid, et le nombre de free-lances dans la coiffure avait explosé. Pendant les premiers confinements, les coiffeurs n’étaient pas considérés comme un métier essentiel. Et du coup, ils ne pouvaient pas pratiquer leur activité, ils se déplaçaient donc en réalité à domicile pour continuer de coiffer leurs clients. »
A la sortie du Covid, certains salariés ont voulu quitter leurs salons pour avoir une meilleure rémunération, des horaires de travail fixes et choisir leurs clientèles. C’est le cas de Méla-Lotus, coiffeuse chez Martha qui se sent beaucoup plus libre depuis son arrivée dans l'espace de coworking, « La gestion autonome de notre planning hebdomadaire et de nos rendez-vous nous apporte une véritable liberté et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, tout en évoluant dans un cadre collectif structuré, humain et stimulant. » Une vision que partage Thomas, coiffeur free-lance à Lyon. « On gagne tellement mal notre vie quand on a un patron… En rejoignant ces nouvelles structures on peut vite augmenter notre chiffre et surtout on choisit nos heures. Je pars beaucoup plus en vacances tout en bossant autant voire plus. »
La boss de chez Martha ajoute qu’offrir des murs aussi beaux soient-ils n’est pas suffisant, c’est le professionnel qui doit avoir le pouvoir.
« J’ai la conviction que le coiffeur doit être indépendant comme avec un métier libéral. Et la raison principale, c’est que les marques des salons ont un rôle fort à jouer avec un impact en matière de marketing. Mais la personne qui fidélise derrière, c’est toujours le coiffeur, c’est lui qui a l’expertise, sa sensibilité. »
Après plus dix ans à travailler dans un salon traditionnel, Méla-Lotus a fait le choix de rejoindre l'équipe de Martha pour la libérté oui mais aussi pour être soutenue par une marque forte et qui peut communiquer de façon qualitative, « L’un des grands atouts de cette collectivité réside dans l’accompagnement assuré par l’équipe presse et communication, qui garantit un flux de clientèle régulier. »
Le modèle du futur
Ce concept de coworking pour coiffeurs existe depuis longtemps aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, il y est même la norme. En France ce modèle est dans l’air du temps, de plus en plus de personnes cherchent à s’affranchir des modèles traditionnels de travail, avec horaires fixes dans un lieu fixe et l’entrepreneuriat a le vent en poupe, surtout dans le secteur de la beauté. « J’ai la conviction que c’est le modèle qui va dominer dans le futur, assure Margot Melinand. Mais pas que dans la coiffure, pour tous les métiers du service où c’est la personne qui fidélise. C’est à nous, les marques, de s’adapter et de créer des nouveaux modèles. »
Les fondateurs de Martha misent sur deux ouvertures d’espaces en 2026 et une vingtaine sur six ans. Un succès qui démontre que les consommateurs sont surtout à le recherche d’expériences sur-mesure assez haut de gamme.
« Dans mon espace j’ai autant d’expertise que de coiffeurs et cela va me permettre de faire matcher le client avec la bonne personne. Vous, en tant que client, vous allez être dans un lieu qui est dingue. Et en même temps, en fonction de votre texture de cheveux, en fonction de votre style, de vos besoins, du type de technique que vous recherchez, on va vous trouver le bon artisan. »
Mais attention, rien ne nous dit que dans ces espaces, les coiffeurs ne coupent pas dix centimètres quand on demande juste les pointes.



















