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Les réseaux sociaux sont-ils en train de tuer le tatouage ?

« J’ai besoin de pudeur »… Les réseaux sociaux sont-ils en train de tuer le tatouage ?

piqûre de rappelLe tatouage s’est totalement démocratisé, mais sur les réseaux sociaux, les tendances « clean girl », « trad wives » et religieuses poussent les jeunes à se faire détatouer
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Fiona Bonassin

Fiona Bonassin

L'essentiel

  • La tendance « clean girl » prône l’absence de tatouages, considérant quelle « doit mettre en valeur sa beauté naturelle et rester simple, sans artifice. »
  • On observe une augmentation des demandes de détatouage, notamment chez les jeunes adultes mais aussi chez des personnes plus âgées, pour diverses raisons incluant des changements de carrière ou de mode de vie.
  • Bien que cette tendance puisse refléter un certain conformisme, notamment chez la génération Z, les experts restent partagés sur sa durabilité.

«Chérie, tu mettrais un autocollant sur une Bentley ? ». Souvenez-vous en 2009, c’est avec cette réplique que Kim Kardashian expliquait au monde entier que les tatouages n’étaient pas classe pour elle. Quelques années plus tard, en 2018 l’institut de sondage Dalia a mené une enquête sur le phénomène dans 18 pays du monde. Résultat : 40 % des personnes interrogées déclarent avoir au moins un tatouage. Ils ne sont donc plus réservés à une élite, ni à des ados en rebellions, ils se sont démocratisés.

La « clean girl » n’aime pas les tatouages

Mais l’année 2025 est pleine de surprises, plus ou moins bonnes. Des femmes américaines, plutôt conservatrices, reprennent le slogan de Kim Kardashian et jurent être des « clean girls » car elles, elles n’ont pas d’encre sur la peau. Les filles tatouées auraient-elles détruit leurs corps. La « fille propre » doit mettre en valeur sa beauté naturelle et rester simple, sans artifice. Sur TikTok, certaines jurent avoir perdu des « points d’aura » en se faisant faire des gros tattoos dans leur jeunesse, d’autres font disparaître au laser tous les tatouages ​​de leurs 18 ans.

« Pendant des années, se faire tatouer cela symbolisait graver sur sa peau de certaines idées politiques ou des œuvres artistiques. Encore aujourd’hui on s’en sert pour montrer ses rêves et ses goûts par exemple. Mais aujourd’hui, nos corps se sont remplis et sont saturés », explique Vincenzo Susca, enseignant-chercheur en sociologie de l’imaginaire et auteur de Technomagie. « La pureté et la propreté que veulent les « clean girl » renvoient à quelque chose d’imaginaire. Puis ne soyons pas naïfs, pour arriver à la pureté, il faut avoir un déploiement massif mais discret d’actions artificielles. » note l’auteur. Comme le dit Vincenzo Susca, c’est cette saturation qui mène au détatouage.

Effacer le passé

« On observe une hausse des demandes et ce, depuis quelques années déjà. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas uniquement les jeunes qui souhaitent effacer un tatouage. Si les 20-35 ans représentent une part importante des demandes, souvent pour des tatouages faits sur un coup de tête ou devenus dépassés avec le temps, on voit aussi des personnes de 40, 50 ans et plus. Ce sont parfois des personnes qui ont changé de carrière, de mode de vie, ou tout simplement de regard sur leur corps. » témoigne le centre d’esthétique Innerskin.

@golotchoglova

c’est une GROSSE decision, donc si vous avez des recos 🫶🏻🫶🏻

♬ son original - Yasmine 🍊💗

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L’influenceuse Yasmine Glotchoglova a fait le choix d’enlever toutes les pièces gravées sur ses bras pour des raisons religieuses. « J’ai envie d’enlever tout ce qui est visible, tout ce que je ne peux pas cacher. J’ai 28 ans et je vois qu’ils attirent trop le regard des gens et j’ai besoin de pudeur » explique sur TikTok la créatrice de contenu qui en profite pour demander des bonnes adresses de spécialistes pour se faire détatouer. L’humoriste américain Pete Davidson a décidé de se faire enlever tous ses tatouages ​​pour plus de 200.000 dollars. Effacer les potentiels regrets du passé n’est pas réservé à tous, il faut prévoir plusieurs séances et un petit paquet de billets. Innerskin explique que « les séances pour effacer les traces de tatouage restent un investissement, mais on est loin des prix d’il y a dix ans. Et surtout, les patients savent que c’est un acte médical sérieux, qui doit être réalisé dans un cadre sécurisé. Il faut compter à partir 100 euros la séance pour une petite zone. Et six à dix séances sont à prévoir » nous explique le centre.

Génération conformisme ?

Si les générations précédentes aimaient se démarquer par leur style, la « clean girl era » tire vers une uniformisation des individus et des idées. En gros, pour réussir dans la vie et avoir un statut social, sortir du lot via son style ne serait pas une bonne idée. Matt Lodder, maître de conférences en histoire et théorie de l’art à l’Université d’Essex, fait un lien pour le média Dazd entre tatouage et économie. « La génération Z s’inquiète de sa réussite future, ce qui engendre un certain conformisme et conservatisme », explique-t-il. Mais Vincenzo Susca n’est pas si pessimiste. « Il y a sans doute un retour des conservateurs mais je ne m’inquiète pas car ce sont des modes destinées à être assez éphémères. »

En France, le phénomène reste marginal et les tatouages ont encore la cote. Solenn voit les clients se presser dans son salon marseillais pour se faire tatouer une pièce. « Alors moi je vois plus des gens qui veulent venir agrandir des pièces… Pas les faire disparaître », s’amuse la professionnelle. « Par contre, la mode aujourd’hui est aux tatouages très petits voire microscopiques et avec le temps ils vont devenir moches et ne ressembler à rien. » Il est là le plus gros risque, faire un tatouage moche que l’on voudrait vite effacer au prix fort.