VIDEO. Tour de France 2018: «Des boîtes de nuit à ciel ouvert»… On vous raconte une veille d'arrivée à l’Alpe d’Huez

CYCLISME Après deux années d’absence, l’Alpe d’Huez est de retour ce jeudi dans le Tour de France. Cette arrivée mythique ne cesse d’attirer les amateurs de cyclisme… et de bringue, comme l’a constaté « 20 Minutes » mercredi soir…

Jérémy Laugier

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De jeunes Néerlandais, évidemment situés dans le festif virage numéro 7 de l'Alpe d'Huez, ont sorti leur costume le plus sobre, à la veille du passage des coureurs.
De jeunes Néerlandais, évidemment situés dans le festif virage numéro 7 de l'Alpe d'Huez, ont sorti leur costume le plus sobre, à la veille du passage des coureurs. — Jérémy Laugier/20 Minutes
  • Notamment portée par son célèbre virage numéro 7, réservé aux supporters néerlandais, l’arrivée à l’Alpe d’Huez s’annonce ce jeudi comme l’un des sommets de ce Tour de France 2018.
  • « 20 Minutes » s’est rendu dans la station iséroise mercredi soir afin de vous raconter cette ambiance si festive.

De notre envoyé spécial à l’Alpe d’Huez,

Il vaut mieux avoir une oreille extrêmement tolérante pour s’aventurer, la veille du passage du Tour de France, dans les 21 virages de la mythique montée de l’Alpe d’Huez. Michel Sardou, Patrick Sébastien, « La grosse b… à Dudule » ou encore une version hollandaise immonde du « Freed from desire » de Gala, rien ne nous a vraiment été épargné mercredi soir niveau sono. Mais hormis cela, les centaines de campeurs installés, le plus souvent « à l’arrach' totale » le long de la route, restent nos gars sûrs (et éternellement rafraîchissants) durant les trois semaines de la Grande Boucle.

Même Simone (76 ans) et Robert (80 ans), un couple de Bourguignons attendant tranquillement le passage des coureurs dans le virage 9… depuis six jours, apprécient la fiesta internationale mise un peu partout. « Ça nous fait rire, et heureusement sinon il vaudrait mieux rester chez soi », sourit Simone en prêtant une table à deux voisins à peine arrivés d’Alsace. « Je regarde le Tour depuis 25 ans et c’est vraiment l’étape qui me fait rêver, confie l’un d’eux, Dany. On s’attend à une ambiance de festival et on a directement voulu découvrir le fameux virage des Néerlandais. »

« Notre véritable objectif, c’est que personne ne dorme cette nuit »

Les rookies de l’Alpe d’Huez ne s’y trompent pas, ce virage numéro 7 a encore eu fière allure mercredi soir. Quatre énormes amplis balancent du Shakira et neuf amis portant d’improbables costards à pois (de carnaval) assurent l’ambiance. « On surnomme cet endroit la montagne hollandaise, indique Nick (20 ans). J’ai vraiment eu l’impression que les Français nous réservaient notre virage lorsque nous sommes arrivés ici lundi. En peu de temps, on se sent comme dans une petite famille avec tous nos voisins. »

Une petite famille du cyclisme qui est aussi (voire surtout) celle de la quête de bringue estivale. Une joyeuse bande venue de Faverges (Haute-Savoie) a par exemple donné rendez-vous à tout le monde vers 23 heures pour un karaoké géant. « Notre véritable objectif, c’est que personne ne dorme cette nuit, se marre ''Mich'' (40 ans). Il faut avouer que ça fait parfois chier nos voisins. Ça m’inquiète surtout de voir qu’il ne nous reste plus que 90 litres sur les 300 litres en fûts de bière que nous avions apportés. » Par contre niveau paella du soir, les 15 amis sont plutôt sereins après avoir cuisiné… « pour 60 personnes » !

Les centaines de cyclistes tentant de gravir mercredi l'Alpe d'Huez ont notamment reçu le soutien des déjantés Haut-Savoyards de la station de la Sambuy.
Les centaines de cyclistes tentant de gravir mercredi l'Alpe d'Huez ont notamment reçu le soutien des déjantés Haut-Savoyards de la station de la Sambuy. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« On avait le choix entre la tireuse à bière et le vélo, on a vite choisi »

Et le vélo dans tout ça ? « On fête surtout la descente », s’amuse Olivier en levant son verre de whisky coca. Quelques mètres en contrebas, une dizaine de joueurs de rugby de Saint-Cernin (Cantal) n’est pas non plus là pour se mesurer au plus redoutable finish de ce Tour de France. « Nos voitures étaient blindées. On avait le choix entre la tireuse à bière et le vélo, on a vite choisi », indique Alexandre (25 ans).

A 13 ans, Joris accompagne pour la première fois Nicolas, Thomas, Alexandre, et l'équipe du Racing club Saint-Cernin (Cantal).
A 13 ans, Joris accompagne pour la première fois Nicolas, Thomas, Alexandre, et l'équipe du Racing club Saint-Cernin (Cantal). - Jérémy Laugier/20 Minutes

Non loin d’eux, quatre potes danois ne semblent pas mécontents d’avoir lâché femmes et enfants pour se caler des vacances « organisées en fonction de l’étape de l’Alpe d’Huez ». Installés dans un camping-car depuis lundi soir, ils se sont mis en tête de défier les 21 lacets, y compris sur un VTC pour Joergen. « On n’a mis que 20 minutes, s’exclament Leo et Peter. En vrai, il nous a fallu deux jours pour y arriver. On s’est écroulé devant notre emplacement et on est reparti de là le jour suivant. » Ces amateurs de Vacqueyras et de Gigondas nous rappellent que le Tour de France est « un énorme événement » au Danemark, avec toutes les étapes diffusées intégralement sur une chaîne publique.

Les Danois Peter, Leo, Joergen et Jesper ont organisé leurs vacances ensemble afin de pouvoir assister pour la première fois au passage du Tour de France à l'Alpe d'Huez.
Les Danois Peter, Leo, Joergen et Jesper ont organisé leurs vacances ensemble afin de pouvoir assister pour la première fois au passage du Tour de France à l'Alpe d'Huez. - Jérémy Laugier/20 Minutes

« On pourrait presque se voir officialiser le virage néo-zélandais »

Preuve de son universalité, la Grande Boucle a permis de rassembler pour l’apéro mercredi soir des groupes de Français, Tchèques, Polonais et des Néo-Zélandais… vivant en Chine. « Comme le monde est petit, nous sommes garés à côté d’un compatriote. On pourrait presque se voir officialiser le virage néo-zélandais », suggère Kint, immense passionné de cyclisme et assistant à pas moins de sept étapes en juillet, pour son premier voyage en France.

Pendant ce temps, les nombreux Belges présents trouvent étrangement les supporters français « assez lourds » après le succès en demi-finale de Coupe du monde. Heureusement, vers 23 heures, alors que de rares cyclistes s’aventuraient encore sur cette ascension mythique, tout ce beau monde s’est mélangé pour une nuit s’annonçant bien barrée. « Il y a de quoi faire, ce sont vraiment des boîtes de nuit à ciel ouvert », résume Alexandre, notre rugbyman du Cantal. L’Alpe d’Huez n’attend décidément pas le jour J (ce jeudi) pour basculer dans la folie.