Coupe Davis France-Croatie: Revers en mousse, tension, disparition... Chardy n'a jamais existé face à Coric

TENNIS Le Français s'est fait taper en trois sets en ouvertuiire de la finale de la Coupe Davis...

A.L.G avec F.L

— 

Chardy n'a pas existé face à Coric en ouverture de la finale de la Coupe Davis.
Chardy n'a pas existé face à Coric en ouverture de la finale de la Coupe Davis. — Philippe HUGUEN / AFP
  • En forme à l’entraînement et à l’aise sur la terre battue en indoor, Jérémy Chardy était titularisé pour disputer le premier match de cette finale face à Borna Coric.
  • Le Français a finalement été sèchement battu par le n° 12 mondial.
  • Tendu et incapable de mettre son jeu en place, Chardy n’a jamais donné l’impression de pouvoir faire le poids.

De notre envoyé spécial à Lille,

Emballé, c’est pesé. En 2h20 de jeu et trois petits sets, Jérémy Chardy s’est fait balayer par le jeune Borna Coric (22 ans) en match d’ouverture de la dernière Coupe Davis digne de ce nom. Pour les amateurs de suspense et d’ambiance de dingo propre à cette compétition, il faudra repasser. Et pourtant, on y a cru. Oui, on y a cru pendant 12 minutes. Le temps du premier jeu, en fait. Alors qu’il menait 40-0 au bout d’à peine deux minutes sur l’ocre du stade Pierre-Mauroy, Chardy s’est laissé déborder par le Croate et a fini par se faire breaker d’entrée après le seul point marathon de ce match.

Pour le reste, c’était circulez y a rien à voir. « Le début de match m’a plombé », a concédé le Pallois en conférence de presse après la défaite. Or, « en finale de Coupe Davis, dans ce contexte, c’est primordial de bien entrer dans son match. Mais voilà, malgré cinq balles de jeu, il ne le gagne pas et derrière il a passé son temps à courir après le score. »

Les signaux étaient pourtant au vert

On ne va jouer les couillons/chauvins/mauvaises foi : sur le papier, Borna Coric est clairement au-dessus du 40e joueur mondial, mais le niveau montré par Jérémy Chardy aux entraînements lors de la préparation, qui avait impressionné le capitaine Yannick Noah et l’avait convaincu de le lancer, laissait penser qu’il y aurait match. C’était pas le Pérou mais au moins on avait quelques raisons d’y croire. « Franchement j’ai fait tout ce qu’il fallait pour être prêt aujourd’hui, je me sentais bien, j’ai très bien joué lors de la préparation », a-t-il répété après la rencontre comme pour se persuader qu’il était bien légitime à son poste.

Et puis le choix de Noah de faire confiance à Chardy partait aussi du fait que la terre battue intérieure est sa surface de prédilection. Le problème, c’est qu’après le coup de massue du premier jeu, le bonhomme a perdu confiance. « Après le début de match, je n’ai jamais pu mettre mon jeu en place. Yann m’a dit pas mal de choses pour essayer de rectifier le tir, mais ce n’est pas simple d’innover quand la confiance n’est pas là », souffle le Français.

« Si j’te dis que t’es tendu, c’est que t’es tendu »

Pour ne rien arranger, Chardy a été pris du syndrome des jambes en mousse. Vous savez, cette pression terrible qui s’empare de vous sans prévenir et vous coupe les guiboles. « J’en ai joué pourtant des matchs de Coupe Davis ou des rencontres sur des grands courts… Je ne m’attendais pas à être aussi tendu, avoue-t-il avant de revenir au jeu. J’aurais aimé pouvoir plus tourner autour de la balle pour trouver mon coup droit mais je n’ai pas pu. » Ah ça, si en plus le modjo se fait la malle.

Pour les profanes, si Jérémy Chardy utilise au maximum son coup droit, quitte à devoir forcer et tourner autour de la balle pour se retrouver en bonne position, c’est que question revers, ce n’est pas vraiment ça. Et encore, on est gentils. Imaginez-vous jouer au foot avec un seul pied, conduire une voiture avec un œil fermé ou manger un steak-frites seulement avec une fourchette. Ben voilà, vous comprenez maintenant ce que ressent le joueur quand il entre sur un court. Avec une idée fixe : LE MOINS DE REVERS POSSIBLE.

Sauf que tout le monde connaît sa faiblesse et que Borna Coric n’est pas le dernier des couillons. Le Croate, en plus de globalement développer un jeu agressif et efficace, a passé son temps à chercher le revers de Chardy. Et à le trouver, malheureusement. Mais résumer le premier match de cette finale aux seules faiblesses de Chardy ne serait pas honnête. « Coric a très, très bien joué, il est solide partout, il s’est encore amélioré en service et il ne baisse jamais d’intensité. Il a juste été plus fort que moi, il mérite sa victoire, rien à dire », lâche le Français dans un sourire.

Coric bientôt top 10 ?

« Jérem’a eu affaire à un sacré client aujourd’hui, nous lâche Michaël Llodra après le match. Il a fait une saison exceptionnelle, il est tout proche du top 10 et je ne serais pas étonné de le voir faire de gros, gros résultats en grands chelems la saison prochaine. » Même constat admiratif de la part de Guy Forget, que l’on a réussi à attraper à la volée dans les coulisses de l’enceinte lilloise : « Coric montre qu’il va être très vite un top 10 voir un top 5. Pour battre un mec de ce niveau-là, il faut faire un match parfait. Ça n’a pas été le cas aujourd’hui. »

Malgré la défaite, c’est un Chardy relativement souriant qui s’est présenté en conf’. Il semblait avoir enregistré qu’il ne jouait pas dans la même cour que le n° 12 mondial. Ce qui ne l’empêche pas de postuler au match de dimanche (si match il y a, puisqu’après la défaite de Tsonga, la France est menée 2-0 et pourrait voir ses chances de titre s’envoler dès samedi). « Je suis triste pour mes potes, j’aurais souhaité rapporter le premier point de la France, mais bien sûr que j’ai envie d’y retourner dimanche. Après, on est trois pour deux places et Lucas (Pouille) a autant sa place que moi et Jo’. Vu la performance du Pallois contre Coric, pas certain pourtant que Noah lui demande d’aller se farcir Cilic, clairement un ou deux crans au-dessus de tout le monde dans cette finale. Mais pour ça, encore faut-il que la paire Mahut-Herbert fasse le taf de leur côté.