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« Ça les énerve un peu »… Avec l’UBB, les Toulousains ont trouvé à qui parler

Stade Toulousain - UBB : « Ça les énerve un peu »… Avec l’UBB, les Toulousains ont enfin trouvé à qui parler

Changement d’ère ?Un an après la raclée infligée par Toulouse en finale du Top 14 à l’Union Bordeaux-Bègles, les deux équipes se retrouvent ce samedi pour la revanche, même si la dynamique n’est plus du tout la même
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Le Stade Toulousain et l’Union Bordeaux-Bègles s’affrontent en finale du Top 14, ce samedi au Stade de France (21h05) avec une rivalité grandissante entre les deux clubs.
  • Plus grand club français, avec notamment 23 Boucliers de Brennus et dix dernières finales gagnées en autant de matchs, le Stade Toulousain voit sa domination peu à peu contestée par le club bordelais.
  • Cette nouvelle rivalité stimule le Stade Toulousain, comme l’explique l’ancien coach girondin Vincent Etcheto : « Je sais qu’ils sont un peu énervés dans le fond. Ça va les rendre plus forts, parce que ce sont des compétiteurs dans l’âme, ils ont ça depuis tout le temps. »

Ils étaient mignons, toute cette semaine, à se refiler la patate chaude comme deux gamins coincés dans la cour de récréation s’écharpant devant le CPE pour déterminer lequel des deux a commencé. Depuis que l’affiche de la finale de Top 14, ce samedi (21h05), est connue, Toulousains et Bordelais repoussent tour à tour le statut de favori, chacun tressant les louanges de l’autre avec force conviction.

A toi à moi

Les Haut-Garonnais évoquent les trois victoires de l’UBB dans leurs confrontations directes cette saison, le titre de champion d’Europe, le jeu flamboyant de leur adversaire. De l’autre côté, les Girondins pointent la finale de l’an passé, l’expérience et le palmarès du Stade dans ce genre de matchs… Mais l’essentiel n’est pas là. Pour la première fois depuis bien longtemps, le Stade Toulousain a trouvé enfin un rival à sa hauteur et semble ne plus être tout seul sur sa planète.

« Toulouse est encore un petit cran au-dessus, mais je trouve que c’est très bien qu’il y ait l’UBB, que cette rivalité se mette en place, comme il y avait à l’époque entre Toulouse et le Stade Français qui se partageaient les titres, relève Guy Accoceberry, ancien demi de mêlée du CABBG (l’ancètre de l’UBB) et du XV de France. Toulouse seul au monde, ça peut désintéresser les gens, on le voit avec le foot et le PSG. Pour l’attractivité auprès des supporteurs et des partenaires, pour les droits TV, il faut qu’il y ait du suspense, C’est donc très bien que l’UBB vienne les titiller. »

Une méthode toulousaine copiée ?

Vainqueurs de 23 Boucliers de Brennus, invaincus lors des dix dernières finales disputées, les Rouge et Noir ont encore des années-lumière d’avance sur leurs poursuivants. Mais l’UBB a réussi en peu de temps (le club fêtera ses 20 ans l’année prochaine) à se hisser, temporairement au moins, au niveau de leur voisin de Garonne. Le tout grâce notamment à l’investissement de Laurent Marti, le président bordelais, qui a évolué durant sa jeunesse chez les Espoirs… du Stade Toulousain.

Juan Cruz Mallia essaie de déborder Cyril Cazeaux.
Juan Cruz Mallia essaie de déborder Cyril Cazeaux. - DANIEL VAQUERO/SIPA

« Je ne dis pas qu’il est revanchard, mais il a vraiment envie de se payer un Brennus, et puis d’asseoir aussi sa légitimité à ce niveau-là, donc je pense que le cycle de l’UBB est parti pour durer un petit bout de temps », estime Vincent Etcheto, ancien coach du club bordelais. Marti a pris quelques ingrédients toulousains, notamment dans la politique de développement des jeunes, qu’ils soient formés au club comme Nicolas Depoortère ou post-formés, à l’image de Louis Bielle-Biarrey.

Laurent Marti a aussi ramené la saison dernière Yannick Bru à Bordeaux, lui qui avait été multititré comme talonneur puis entraîneur du Stade Toulousain sous l’égide de Guy Novès. « Il s’en est inspiré, oui sûrement, mais après il construit à sa façon et il a cherché la façon de gagner, parce que ça jouait déjà bien il y a quinze ans, reprend Etcheto. On n’est pas encore à la méthode toulousaine, avec un entraîneur qui reste très longtemps comme Ugo Mola, des anciens un peu à tous les étages du club, une aura régionale voire nationale. »

« Bordeaux a des choses à nous apprendre »

« Force est de reconnaître que leur chemin est admirable, félicitait Mola avant la demi-finale de Champions Cup, où l’UBB était sortie vainqueure. La constitution, la stabilité, le rugby qu’ils proposent… Je suis entraîneur de Toulouse et formé à Toulouse, mais ce n’est pas complètement con de trouver Bordeaux très bon. On n’est pas très jaloux, pas très envieux, mais on regarde ce qu’il se passe ailleurs. Et je pense que Bordeaux a des choses à nous apprendre dans certains secteurs. »

Bordeaux qui s’inspire de Toulouse qui s’inspire à son tour de Bordeaux… Comme si une machine infernale s’alimentait elle-même pour créer une superpuissance qui va dominer le Top 14 pendant des décennies, alors que la majorité des joueurs du XV de France provient déjà des deux clubs.

« « Le système toulousain fonctionne depuis des années, ils vont le conserver, surtout avec Didier Lacroix à la tête du club, reprend Accoceberry. Ils vont continuer dans ce qu’ils font, dans ce qu’ils savent très bien faire. Ils vont continuer à être au top du rugby français. » »

Les Toulousains « un peu énervés » ?

Et s’ils sont un peu moins bien cette saison, notamment dans le jeu, cela peut s’expliquer par un contexte extra-sportif compliqué (décès de Medhi Narjissi et de la femme de Joe Tekori, affaire Jaminet…) et les très nombreuses blessures de joueurs cadres (Antoine Dupont, Peato Mauvaka, Ange Capuozzo…). « Les adversaires ne rencontrent plus des super-héros, mais des super-joueurs, ils sont revenus à taille humaine », estime Vincent Etcheto.

Mais pour le gargantuesque Stade Toulousain, champion de France quatre fois lors des cinq dernières années, voir un « intrus » venir lui voler la vedette ne risque-t-il pas de venir froisser son ego ? « Connaissant l’état d’esprit et ayant eu un contact avec un dirigeant toulousain, je sais que ça les énerve un peu, dans le fond, assure Etcheto. Ça va les rendre plus forts, parce que ce sont des compétiteurs dans l’âme, ils ont ça depuis tout le temps. Ils ont envie de ne rien laisser, et si on vient les titiller, ça ne va pas les amoindrir ou les ramollir, au contraire. »

Notre dossier Top 14

Depuis la fin de la phase régulière du championnat, on a d’ailleurs très peu entendu les Toulousains, repliés sur eux-mêmes, laissant les louanges aux autres clubs participant aux phases finales. Un signe comme un autre, tous les anciens joueurs ou dirigeants toulousains sollicités pour participer à cet article ont décliné ou n’ont pas répondu à nos questions. Comme s’il fallait laisser le monstre se préparer tranquillement dans sa grotte avant un réveil brutal. En finale. Face à celui qui rêve de lui prendre sa place.