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Antoine Dupont peut-il revenir au top après cette nouvelle grave blessure ?

XV de France : Antoine Dupont peut-il revenir à son meilleur niveau après cette nouvelle blessure au genou droit ?

RugbySept ans après avoir été victime d’une première rupture du ligament croisé du genou droit, déjà contre l’Irlande, Antoine Dupont a remis ça samedi à Dublin. De quoi se faire du mouron pour le maître à jouer des Bleus ? On fait le point
Jérémy LaugierAymeric Le Gall

Jérémy Laugier, Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Antoine Dupont a été victime d’une rupture du ligament croisé du genou droit, samedi, à Dublin, lors de la victoire française (27-42) contre l’Irlande dans le Tournoi des VI Nations.
  • Une blessure qu’il connaît puisqu’il avait eu droit au même diagnostic en 2018, déjà contre les Irlandais, là aussi lors des VI Nations.
  • Une particularité assez rare dans le sport de très haut niveau mais qui ne devrait pas avoir d’impact négatif pour autant sur la suite de sa carrière, à moins que l’on découvre des lésions associées, auquel cas il sera temps de se faire du souci.

Et soudain le genou droit qui refait « crac ». Au même endroit, sept ans après, la sale tuile… Au bout du fil pour évoquer la grave blessure d’Antoine Dupont contre l’Irlande, samedi, à Dublin, avec une deuxième rupture du ligament croisé du même genou, le Dr Christophe Guégan se souvient s’être dit « aïe » devant sa télé ce week-end.

« On se dit même triple aïe car, vu comment les gars tombent sur son genou dans une position pas très académique, on sait que ça va faire du dégât », prolonge le médecin du sport au centre médico-sportif de Brest et référent à la Fédération de handball sur ce type de blessure. Du reste, c’est peu ou prou ce que l’on s’est tous dit en voyant le genou du Toulousain ployer sous les poids des deux marmules irlandaises. Et (malheureusement) on ne s’était pas trompé.

« Toto » va donc devoir repasser rapidement sur le billard avant d’entamer une longue phase de rééducation. Parmi les trois techniques de chirurgie possibles, le Dr Gérard Polle opterait pour « la technique de Kenneth Jones, la plus souvent utilisée pour les rugbymen » : « on prélève un morceau de tendon rotulien avec une baguette osseuse sur le tibia et sur la rotule, et on place ensuite cette baguette osseuse à la place de l’ancien ligament croisé qui est cassé ».

« C’est vraiment la faute à pas de chance… »

Ce chirurgien orthopédique à la clinique du Cèdre à Bois-Guillaume (Seine-Maritime) précise que « la même technique peut être refaite », même si c’est de nouveau le genou droit qui a été touché dans le cas d’Antoine Dupont. Une immense rareté, puisqu’on a seulement trouvé trace de l’ancien latéral de l’AS Roma et du PSG Alessandro Florenzi (ligament croisé du genou gauche en 2016 puis en 2017) dans le sport de très haut niveau.

« Statistiquement, même dans un sport avec autant de contacts que le rugby, c’est très rare de se faire deux fois les croisés, rappelle le Dr Polle. Mais là, on lui a écrasé le genou en porte-à-faux. C’est donc inévitable de se faire les croisés quand on subit ce type de violent traumatisme. Quand on voit les images au ralenti, avec le genou tordu à 90 degrés, c’est évident que n’importe quel ligament peut casser. »

En revanche, le fait d’avoir déjà été opéré de ce genou n’a rien changé à l’affaire selon le Dr Christophe Guégan. « Je ne connais pas le dossier médical d’Antoine Dupont mais, comme ça, de ce que j’ai vu, je n’ai pas d’éléments théoriques pour dire que s’il n’avait pas déjà été opéré des ligaments croisés du genou, ça aurait forcément tenu le choc, analyse-t-il. Pour schématiser, il aurait eu un genou sain, ça aurait été pareil. C’est vraiment la faute à pas de chance… »

Même blessure mais pas plus de risque

Gravement touché au genou droit en 2018 contre ces mêmes Irlandais, Antoine Dupont pourrait se faire opérer dans les prochains jours à la clinique Médipôle de Toulouse, comme son coéquipier au Stade Toulousain Romain Ntamack en août 2023. Le Dr Polle estime le délai d’un retour d’Antoine Dupont sur les terrains « entre six et huit mois pour une "rerupture" ». « Il y a une période de cicatrisation, de ligamentisation, pour que les tendons qu’on prélève se transforment en ligaments croisés, et un protocole de rééducation pour sportif de haut niveau », précise-t-il.

Le chirurgien orthopédique normand est en tout cas formel : « Ça n’est pas plus risqué pour la suite d’avoir une telle blessure au même genou. Je ne suis pas inquiet pour lui car c’est un garçon équilibré sur le plan psychologique et hors normes sur le plan physique. Il va en baver mais il va faire en sorte de récupérer. La plus grande difficulté sera d’avoir confiance dans son genou, surtout quand ça casse pour la deuxième fois ».

Le principal facteur d’inquiétude quant à l’avenir du prodige tricolore de 28 ans, ce serait de trouver d’autres mauvaises surprises en plus de la rupture du ligament croisé. Christophe Guégan : « S’il y a une rupture isolée du ligament, ce sont plutôt des conditions favorables on va dire, avec une rééducation classique, moins complexe et plus efficiente au niveau de la durée. Mais on peut aussi retrouver des lésions associées du ménisque, des lésions du cartilage ou des lésions d’autres ligaments comme le ligament collatéral interne. Dans ce cas-là, ça rendra plus difficile le process opératoire et la récupération ».

« Il a des chances de retrouver son meilleur niveau »

Quant à la question à un million de dinars, à savoir « Toto » retrouvera-t-il son meilleur niveau ?, les deux médecins sont raisonnablement optimistes. « Il n’y a pas en l’état à en douter, hormis s’il a aussi une atteinte du croisé postérieur, et plus encore une atteinte du ménisque, juge le Dr Poll. Là, ça deviendrait compliqué de retrouver son meilleur niveau. C’est ce qui va faire la différence, mais ça ne transpirera pas en raison du secret médical. »

Notre dossier sur Antoine Dupont

Le médecin du sport breton Christophe Guégan prolonge : « La certitude n’existe pas, mais dans le cas des sportifs de très haut niveau, ceux-ci reviennent dans la majeure partie des cas à leur meilleur niveau. Là, il n’y a pas de raison que ça ne soit pas le cas. Sauf, encore une fois, s’il y a beaucoup de lésions associées. Mais j’ai tendance à être optimiste et je me dis que si le process n’est pas aggravé, il a de grandes chances de retrouver son niveau initial ». Tout le rugby français croise les doigts pour un tel scénario depuis deux jours.