Gonzalo Quesada: «Même si on n'est pas champion, je ne regretterai rien»
RUGBY•Le manager du Stade Français est actuellement leader du Top 14...Propos recueillis par Romain Baheux
«Vu que l’interview est enregistrée, je vais pouvoir faire des réponses longues.» Pas besoin de forcer Gonzalo Quesada pour répondre aux questions. Le manager du Stade Français, leader du Top 14 avec Toulon et Clermont, aime parler de son travail, ses joueurs et de rugby, tout simplement. Avant le déplacement du club parisien à Bayonne samedi (18h30), le technicien argentin a pris le temps de se livrer.
Ce n'est pas trop compliqué d'être entraîneur d'un club de Top 14 pendant le Tournoi des 6 Nations avec les doublons et les joueurs fatigués par les matchs?
Ce calendrier amène un conflit d'intérêts. Je ne vois pas comment ça peut durer. C'est très important de donner beaucoup d'importance à l'équipe de France mais l'organisation du calendrier donne un aspect amateur vu de l'extérieur. A force de protéger les joueurs, ils ne jouent presque plus. Il y a moins de risque de blessure mais ils arrivent dans des matchs internationaux sans être rodés.
La saison dernière, le Stade Français s'était effondré après le Tournoi et avait raté les barrages. Vous ne craignez pas de revivre la même chose?
La charge de travail était importante et avec le Tournoi, on s'est retrouvés en surrégime. On a gardé cette culture mais on a essayé d'être très attentif à la récupération et à la fraîcheur, autant pour le staff que pour les joueurs. Cette année, on arrive plus reposé.
Puisqu'on parle du Tournoi et des Bleus, ça vous intéresserait de devenir sélectionneur du XV de France un jour?
Je ne me suis jamais penché sur cette option mais j'ai eu des échos, des questions que l'on me posait qui me laissaient penser que mon nom aurait circulé. Quand on m'a rapporté ça, ça m'a fait réfléchir. Je me suis demandé pourquoi on m'en parlait. Dans une carrière d'entraîneur, une sélection nationale reste un projet.
Plutôt la France ou l'Argentine?
J'avais 25 ans quand je suis arrivé en France, j'ai passé presque plus de temps de ma vie adulte en France qu'en Argentine. J'ai le cœur partagé.
En tant qu'étranger, c'est plus difficile de se faire une place comme technicien en France?
Bien sûr. Je n'étais pas une énorme star quand j'étais joueur et quand j'ai commencé ma carrière de technicien on se demandait tout le temps si j'allais être capable. J'ai fait ça progressivement en devenant d'abord entraîneur du jeu au pied du XV de France. Ce que j'ai vécu au Racing Métro m'a permis de montrer un peu plus et c'est devenu plus fluide ensuite.
Qu'est ce qui a changé dans votre approche du métier?
Avant, je ne déléguais pas assez. Je voulais expliquer tous les détails à mes joueurs. Je suis encore très présent, car c'est plus fort que moi, mais j'essaie de laisser agir de plus en plus le reste de mon staff. Il ne faut pas lasser les joueurs et faire passer ses messages par différents canaux.
Vous avez prolongé votre contrat au Stade Français de deux saisons. Avez-vous hésité?
Oui, mais je me sens très Parisien. Quand j'étais joueur, j'ai quitté ce club au bout d'une saison et j'ai regretté ce choix tout le reste de ma carrière. Ma priorité, c'était de rester ici et de continuer ce projet. Ça fait un an et demi que je suis là. Ça ne parait pas beaucoup mais j'ai mis ma vie de côté pendant tout ce temps. J'ai vécu pour ce club et j'avais du mal à me dire que j'allais abandonner ça comme ça.
Les autres propositions étaient tentantes?
Tu as deux gros clubs (Toulon et Montpellier, NDLR) qui te parlent de recrutement et de projet sur trois ans. En plus, ce sont des villes très sympas, près de la mer... C'est flatteur mais je suis très sincèrement attaché au Stade Français, à Paris, aux autres entraîneurs et aux joueurs. Même si on n'est pas champion de France, je ne regretterai pas d'être resté.


















