PSG: Entre les ultras du CUP et les féminines, c'est l'amour fou (et ça fait un moment que ça dure)

FOOTBALL L'histoire d'amour entre les ultras du PSG et l'équipe féminine continue...

Aymeric Le Gall

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Les Ultras parisiens redonnent des couleurs au Parc des Princes
Les Ultras parisiens redonnent des couleurs au Parc des Princes — FRANCK FIFE / AFP
  • A la suite du plan Leproux, en 2010, les ultras ont souvent encouragé les filles du PSG.
  • A l’occasion de PSG-Barcelone, les ultras vont retrouver les féminines parisiennes au Parc des Princes.

Dans le football, les supporters ultras sont (souvent) des garçons qui supportent (très souvent) des garçons. Mais à Paris c’est un peu différent depuis quelques années. Si les membres du Collectif Ultra Paris sont effectivement pour la plupart livrés avec un fort taux de testostérone et des poils sous les bras (n’y voyez là aucune marque de sexisme, c’est simplement une pure analyse statistique), il n’est pas rare en revanche de les voir se péter les cordes vocales pour encourager l’équipe féminine du PSG. Ça sera encore le cas ce samedi, pour la demi-finale retour de la Ligue des champions face au FC Barcelone.

Et pour cause. En 2010, après de violents incidents entre deux franges de supporters parisiens (Kop Boulogne contre Virage Auteuil, pour schématiser), qui déboucheront sur le décès de l’un d’entre eux, le club parisien et l’Etat Français mettent en place un plan d’exclusion de tous les ultras du Parc des Princes (avec dissolution des différents groupes). L’affaire, qui avait choqué le pays tout entier, avait poussé les autorités à réagir de manière drastique et sans faire le distinguo entre supporters non-violents (la grande majorité), moins non-violents et carrément pas non-violents du tout.

Résultat, environ 15.000 fans historiques mis à la porte de leur stade avec impossibilité pour eux de supporter à nouveau leur équipe, à domicile comme à l’extérieur. Mais il en fallait plus pour décourager les plus fidèles d’entre eux. Privés des matchs des hommes, ceux-ci se sont alors tournés vers les équipes de jeunes et les féminines.

Par défaut puis par passion ensuite

Supporter parisien depuis toujours, Axel ouvre la boîte à souvenirs : « A la base, en 2010, il n’y avait pas beaucoup d’engouement autour de l’équipe féminine, voire pas du tout, mais finalement quand on a vu qu’on ne pouvait plus supporter les hommes, on s’est dit qu’on allait se tourner vers elles. On a fait le choix, à la différence d’autres qui ont choisi d’aller supporter le Paris FC ou Créteil, de rester auprès de notre club de cœur. » Anwar, membre du bureau LPA (Liberté pour les Abonnés), un autre groupe né après 2010, confirme.

« C’est vrai que l’un des seuls moyens qu’on avait de s’exprimer après l’instauration du plan Leproux, c’était d’aller encourager les féminines et les équipes de jeunes »

Arrivés là un peu par dépit/défaut, les ultras finissent pourtant par y prendre goût. Axel, toujours : « On s’est vraiment découvert une passion pour cette équipe. Certains peuvent voir ça comme un truc un peu bouche-trou - ce qui n’était pas forcément faux au départ - mais très vite on a pris énormément de plaisir à les suivre et à les encourager un peu partout en France et à l’étranger. Quand on se déplaçait pour elle, c’était une démarche sincère de soutien, et pas un simple coup de com’pour titiller le PSG. » Il est vrai que pendant la période 2010-2016, les relations entre le PSG et les ultras étaient pour le moins tendues, et le mot est faible.

« Parfois ils étaient interdits de stade quand on jouait à Charléty et c’était vraiment dommage car ils nous apportent vraiment un truc en plus, ils nous donnent une force supplémentaire, explique Anissa Lahmari, joueuse parisienne actuellement en prêt à Reading. On est heureuses aujourd’hui de savoir qu’ils ont pu revenir au Parc pour soutenir l’équipe masculine. »

Je rêvais d’un autre monde

S’il est assez rare de voir des groupes ultras supporter en masse, et de manière régulière, l’équipe féminine de leur club de cœur, les ultras du PSG ne regrettent absolument pas ces années passées auprès des joueuses. Plusieurs raisons expliquent cela.

>> Proximité

Axel : « C’est un football qui est hyper agréable à suivre, c’est très convivial, tu vas dans des stades où t’as encore des buvettes, tu peux t’approcher des joueuses et parler avec elles sans problème. Il y a une vraie proximité avec elles et ça change de ce qu’on peut voir dans le foot pro masculin. C’est une autre dimension. »

>> Plaisir partagé

Anwar : « On a fait de longs déplacements pour aller les supporter, à Berlin, à Wolfsburg, on a traversé la France pour aller les voir à Albi, à Gerland contre Lyon. Et c’est vrai qu’à chaque fois c’est un plaisir car elles viennent nous voir après chaque rencontre et elles sont toujours super contentes qu’on soit là pour les encourager. »

>> Solidarité et liberté de parole

Axel : « On s’est rendu compte que les filles étaient les seules qui nous soutenaient publiquement quand ça n’allait pas avec le club. Elles parlaient en notre faveur dans des interviews, elles communiquaient sur les réseaux sociaux. Alors que du côté des hommes, vu que leur communication est beaucoup plus contrôlée, il était plus difficile pour eux de s’exprimer librement en faveur des ultras. »

Féminines et ultras réunis au Parc, un beau clin d’œil du destin

De retour en grâce au Parc des Princes depuis le mois de septembre dernier pour les matchs de l’équipe masculine, les ultras, désormais réunis sous la bannière du CUP, continuent de faire le maximum pour ne pas laisser tomber les filles. En quart de finale de Ligue des champions contre le Bayern Munich, ils étaient plusieurs centaines à les soutenir depuis le bas du virage Auteuil, à la grande surprise d’Anissa Lahmari.

« C’était exceptionnel, on ne s’attendait vraiment pas à ce qu’il soit aussi nombreux en virage. Et pour moi qui suis une pure parisienne, et qui ai quelques potes qui font partie des ultras, c’était encore plus fort. On les a entendus tout le match et à la fin on est parties fêter la qualif’avec eux. C’était merveilleux, on ne voulait même plus rentrer aux vestiaires ! »

« Avec notre retour auprès des mecs, faut avouer qu’on a moins le temps d’aller les encourager », concède Axel, un peu déçu. Coup de bol, ce week-end le calendrier a bien fait les choses puisque les joueurs d’Unai Emery ne se déplaceront à Nice que le dimanche soir (21h). Ça sera l’occasion pour les ultras de retrouver leurs vieilles connaissances pour la réception du Barça.

« Ça fait plaisir de leur montrer qu’on ne les a pas oubliées, se réjouit Anwar. Ce n’est pas parce qu’on est de retour avec l’équipe masculine qu’on va les laisser tomber. » C’est ça qu’on appelle la fidélité.