Ligue des champions : La nouvelle formule est-elle vraiment une bonne nouvelle pour le foot français ?

REFORME L'UEFA a validé mardi la nouvelle formule de la Ligue des champions avec une poule unique à 36 équipes

Antoine Huot de Saint Albin
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La Ligue des champions sera française ou ne sera pas.
La Ligue des champions sera française ou ne sera pas. — Ozan Koze / AFP
  • L'UEFA a décidé, à partir de la saison 2024-2025, de changer la formule de la Ligue des champions.
  • Il y aura désormais 36 équipes et la France devrait pouvoir en qualifier trois directement.
  • Mais certains problèmes, notamment d'inégalité, devraient voir le jour.

Vous vous souvenez du retourné assassin d’Antoine Griezmann à Gerland avec la Real Sociedad en 2014 ? De la chute du FC Metz face à des « pinpins » venus de Finlande en 1999 ? De la déculottée infligée à Toulouse par Liverpool en 2007 ? Tant de moments qui ont fait pleurer dans les chaumières et ont relancé dans le jukebox la fameuse chanson sur la compétitivité du football français. Et bien tout ce malheur, c’est bientôt de l’histoire ancienne.

A partir de 2024, grâce à la réforme de la Ligue des champions décidée mardi par l’UEFA, il n’y aura plus de tour préliminaire pour le représentant du pays qui est cinquième à l’indice UEFA. Et qui est à cette place actuellement ? La France, évidemment. Trois clubs français directement versés dans le tableau principal de 36 équipes, champagne à la maison, petits toasts et Marseillaise. Mieux, un quatrième club pourrait également intégrer le tableau final si la performance des équipes tricolores engagées en Europe sur une saison est extraordinaire.

« C’est un format intéressant qui doit être poussé »

« Les clubs français sont extrêmement intéressés par ce nouveau format », reconnaissait le Slovène Aleksander Ceferin, le grand manitou de l’UEFA, dans une interview au journal L’Equipe, mercredi. Il faut dire que, pour ceux qui auront la chance de participer à cette C1 new-look, les yeux pétillent déjà : huit matchs minimum (au lieu de six aujourd’hui) – dont quatre à domicile – des affrontements possibles face à de grosses cylindrées et la possibilité de se qualifier sans trop de mal (seulement 8 équipes directement éliminées).



« Cette formule est bonne, se réjouissait Jean-Michel Aulas, le président lyonnais, dans Le Parisien. C’est un format intéressant qui doit être poussé. L’OL, s’il participe, pourra rencontrer n’importe laquelle des 35 autres équipes qualifiées. Tout est possible dans ce nouveau format. » Surtout d’amasser de l’argent. Car, oui, si l’UEFA a pondu cette nouvelle formule, ce n’est sûrement pas par amour des duels Luan Peres-Ghezzal, mais surtout pour faire péter la tirelire, notamment au niveau des fameux droits TV.

La poule aux œufs d’or, vraiment ?

Attribués en début d’année, les droits télé pour la période 2024-2027 ont explosé et augmenté de 50 % par rapport à 2018-2019, selon le site Sportune, pour atteindre les quinze milliards d’euros en trois ans. Ajoutez à ça les primes de victoires (2,8 millions) ou de nul en poule (930.000 €), en plus des 15,6 millions juste pour avoir participé à la phase de groupes et des 9,6 millions pour une qualif en huitième, plus les recettes billetteries, et les clubs français rouleront sur l’or.

« C’est très positif vu comment les droits télés pèsent sur le budget des clubs participant à cette compétition, assure Florent Bergmann, chargé d’études au Centre de droit et d’économie du sport. Il y a une espèce de dépendance à la manne financière que ramène la Ligue des champions. On voit un peu ce qui se passe à Lyon après deux années sans qualification en C1, des actionnaires qui partent, des pertes colossales… Pour le reste, ça va peut-être conduire, au niveau français, à séparer les clubs et favoriser toujours les mêmes à la participation à la Ligue des champions. »

Les inégalités se creusent

Une inégalité accentuée par le futur virement par le fonds CVC, détenteur de 15 % de la filiale commerciale de la LFP. Le PSG touchera 200 millions d’euros, l’OL et l’OM 90, Nice, Rennes, Lille et Monaco 80 et les autres clubs 33. Et ils auront donc plus de moyens pour avoir des résultats en Ligue des champions, qui sera alors extrêmement rentable. « Est-ce que cela permettra au football français de remonter un peu dans la hiérarchie européenne ? Pas sûr, répond Jean-Pascal Gayant, professeur à l’université du Mans, auteur de Economie du Sport (éd. Dunot). Je ne suis pas convaincu que le nouveau format change les choses. »

« La manne financière apportée par CVC peut aider mais, c’est comme les aides déployées pendant le Covid-19, ça a été très bénéfique, ça a permis d’éponger les dettes, mais ça masque les problématiques structurelles qui sont celles des clubs français », reprend Florent Bergmann.

C’est une position assumée par Vincent Labrune, le président de la LFP, ajoute Gayant. Il fait le constat qu’on sous-performe en coupe d’Europe, qu’on n’arrive pas à avoir des droits internationaux pour cette raison, que l’on n’a pas de grande franchise connue comme l’est le PSG. Donc on va concentrer les ressources sur un petit groupe de locomotives. Ces ressources supplémentaires vont leur permettre d’être performant en Coupe d’Europe, ce qui offre la notoriété, la désirabilité… Mais ce raisonnement se fonde sur l’accentuation des inégalités des moyens et des forces en présence. »

Les droits TV des championnats nationaux en baisse ?

Autre problème qui peut arriver avec ce nouveau format de C1, un recul du montant des droits TV en France. Déjà mis à mal par l’arrêt de Mediapro, les clubs de l’Hexagone ne veulent pas d’une seconde lame. « On peut faire confiance à l’UEFA pour voir les droits de la C1 encore augmenter, indique le chercheur du CDES. Mais ça peut faire concurrence aux ligues nationales. Les droits TV de la C1 qui auront été créés à ce moment-là peuvent attirer les investisseurs qui, derrière n’auront pas la manne financière suffisante pour pouvoir investir dans des droits TV locaux ou nationaux. »

Et de citer l’exemple de l’Angleterre : « La renégociation des droits TV n’a pas eu le même impact en termes de variation que le précédent contrat. Peut-être qu’on arrive à un début de tassement en Angleterre. » « L’édifice reste très instable et je ne crois pas trop à la pérennité de ce format à 36 équipes et aux bénéfices merveilleux pour le football français », conclut sèchement Jean-Pascal Gayant. Il va falloir que Nasser Al-Khelaïfi se remette à bosser sur une nouvelle formule.