JO 2024 : « Au bout de deux tours, j’étais cuit »… Oubliez E.coli ! Le courant est le gros problème de la Seine
Jeux olympiques•En choisissant de faire les épreuves d’eaux libres dans un fleuve, Paris 2024 a exposé les athlètes à un courant bien plus fort que dans les autres compétitionsJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Ca y est, c’en est fini de la Seine aux Jeux olympiques. La dernière épreuve, le 10 kilomètres nage masculin, a eu lieu ce vendredi matin.
- L’occasion pour le cours d’eau d’établir un dernier fait d’arme dans cette olympiade, avec un courant hyper violent qui aura séché plus d’un athlète.
- Alors que le débat portait sur la qualité de son eau, c’est finalement le débit de la Seine qui aura volé le show tout au long des Jeux.
De notre envoyé spécial dans le Gulf Stream,
En déjà 13 jours de Jeux olympiques à parcourir Paris, on en a vu des athlètes éprouvés physiquement en zone mixte, mais rarement autant qu’après cette épreuve de 10 kilomètres de nage en eau libre. Pour la dernière épreuve en son sein, la Seine aura encore joué de toute sa malveillance. Dernières victimes donc, 31 nageurs transformés en zombies, essorés après plus d’1h50 de nage mouvementé, façon tambour de machine à laver.
Pas de diarrhée ou de vomito en vue, juste des corps épuisés. Car même sans E.Coli à l’horizon, nager dans un fleuve constitue une sacrée galère, en raison de son courant bien plus fort que tout autre cours d’eau. Pas pour rien que les Jeux olympiques ayant testé l’épreuve n’avaient jamais choisi cette solution. De Pékin à Tokyo, la discipline se pratiquait soit en lac artificiel, soit en mer. Dans les deux cas, un débit beaucoup moins violent.
« Physiquement, c’était très compliqué »
La France ne faisant décidément rien comme tout le monde, les nageurs ont dû subir les flots déchaînés. Comme leurs homologues femmes hier, bien marquées aussi. Et ême avant, à chaque épreuve de triathlon, la puissance du courant revenait sur la table bien plus que la supposée mauvaise qualité de l’eau ou l’envie d’aller aux toilettes.
1,5 kilomètre, c’est déjà galère, mais alors 10… « Au bout de deux tours (trois kilomètres), j’étais autant fatigué que dans les 500 derniers mètres d’une autre course », confiait Marc-Antoine Olivier, abattu après sa septième place. Mais pouvait-il vraiment faire mieux ? « Physiquement, c’était très compliqué. J’ai essayé de répéter mes habitudes de course, mais je me faisais déporter. Après, il fallait rattraper la bouée, puis rattraper le groupe de tête, encore, et encore… ».
« Une course si brutale »
Son compatriote Logan Fontaine, auteur d’une bien frustrante cinquième place, ressortait tout autant marqué : « C’était une course si brutale. J’avais déjà nagé dans l’Oise pour m’entraîner ou dans la mer avec de la houle, mais ce n’est pas pareil. On savait qu’il y aurait du courant, mais aussi fort, c’était quand même une petite surprise ». Impressionnant par sa capacité à nager à contre-courant pour revenir plusieurs fois sur le groupe de tête durant la course, il finira cramé à force de répéter les efforts, et ne pourra pas rattraper la dernière échappée, fatale à ses chances de médaille.
Pour les spectateurs, pas besoin de mettre un pied dans l’eau pour deviner que la Seine était sur un sacré débit. Le parcours consistant en six boucles aller-retour entre le pont Alexandre III et celui de l’Alma, il suffisait de constater la différence de vitesse des nageurs dans un sens, puis dans l’autre, pour deviner la nage à contre-courant. Toby Robinson, nageur britannique, évoquait cette drôle de nage en deux temps : « Tu as l’impression d’être superman dans un sens, et d’être ralenti par un parachute ouvert dans l’autre. Le courant était très féroce. »
« Un travail de merde, mais la course la plus cool »
Reste que personne ne s’est défilé, comme le confiait un Gregorio Paltrinieri un poil christique : « Je suis un joueur, s’il faut me battre je me bats, qu’importent les conditions. Je m’en remets à Dieu ». Pas de cours d’eau séparé en deux pour lui hélas, et une neuvième place, là encore décevante.
Le norvégien Henrik Christiansen, 25e, reconnaissait « une course très difficile. Tu te rends compte que tu es distancé, tu dois tenir quand même, continuer alors que tu sais que c’est mort, en te prenant un courant super violent. C’est un travail de la merde, de toute façon. » Mais histoire de finir sur une bonne note : « C’était la course la plus fun que je n’ai jamais faite. C’était incroyable de nager devant la Tour Eiffel, même si c’était difficile de la voir pendant l’épreuve bien sûr. »
Une expérience qu’il a tellement adorée qu’il espère d’autres lieux insolites pour les prochaines compet' : « De toute façon, quand il y a du courant, ce sont les mêmes conditions pour tous. Pourquoi pas dans un Fjord chez moi ? » La Seine aura brisé plus d’un nageur, mais elle aura fait quelques heureux quand même.



















