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Embrasser les Jeux sans renier son côté « sauvage », le pari du breaking

JO 2024 : « On a toujours ce côté sauvage »… Embrasser les Jeux sans se renier, pari réussi pour le breaking ?

Give me a break !Petit nouveau aux Jeux, le breakdance a abordé la sphère olympique avec méfiance et réticence, avant de finalement baisser la garde
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • Le breakdance fait son entrée aux Jeux olympiques cette année. Les épreuves se dérouleront les 9 et 10 août sur la place de la Concorde.
  • Quatre Français sont engagés : b-boy Lagaet, b-boy Dany Dann, b-girl Syssy et b-girl Carlota.
  • L’arrivée de la discipline aux JO a suscité de nombreux débats, y compris au sein du milieu du break.

Toc toc toc ! Qui est là ? C’est le breaking ! Choisi par le Comité d’organisation des Jeux olympiques, le breakdance se joint à la grand-messe du sport international à Paris. Un sport « qui a une dimension universelle », « une communauté dingue sur les réseaux sociaux » et qui traduit la volonté « que ces Jeux soient les plus spectaculaires possibles, qu’ils permettent de relier le sport, l’art, la culture », dixit Tony Estanguet. Tant pis pour le karaté. Au sein même du milieu du break, l’idée de se placer sous l’égide des anneaux olympiques a fait tiquer. Les poils des puristes se sont logiquement hérissés. Ils vont pourtant devoir s’y plier – ou alors changer de chaîne, comme les amoureux du beau jeu devant les matchs des Bleus.

Liberté, personnalité, singularité

Gaëtan Alin, alias « b-boy Lagaet », a participé au processus d’entrée du break aux Jeux. Le Martiniquais s’est impliqué à travers des démonstrations et des discussions, mettant en avant « les valeurs du geste parfait, du dépassement de soi, de la résilience ». Mais lui aussi a douté. « Comme tout le monde, on se pose des questions. Il y a eu des réticences, ce qui est normal. J’ai plus de 20 ans de carrière mais le breaking en tant que sport, c’est très nouveau. On ne veut pas dénaturer l’essence du breaking. »

Danseur, chorégraphe, professeur, coach et désormais entraîneur de l’équipe de France, Salim Abidi a touché à tout dans le milieu. « De base, j’étais contre, assume-t-il. On a toujours ce côté libre, sauvage. Si tu nous mets dans un truc très sportif, très carré, niveau création artistique, ça va bloquer. C’est là que je me suis dit qu’il fallait que je fasse partie de cette aventure pour accompagner le positif et essayer de ne pas laisser le négatif trop prendre le dessus. »

Une mission réussie si l’on se fie à l’avis général. Les breakers se défieront en un contre un, tour après tour, sous un format de battle. « C’est ce qu’on fait toute l’année, valide le coach. Il n’y a pas de tenue imposée au niveau du style ou des figures à faire, ça reste libre. » Chaque face-à-face sera jugé sur la technique, l’interprétation ou encore la créativité. « Je ne vais pas dire que c’est parfait mais on se rapproche d’un compromis intéressant, estime Lagaet. Pour moi, il aurait juste fallu mettre plus en valeur le critère de la personnalité. C’est important dans notre art, le caractère qu’on propose ajoute beaucoup de singularité. »

« En tant qu’athlète, j’apprends encore »

Dans l’optique des Jeux, les breakers ont pris leurs quartiers à l’INSEP, qui accueille le pôle France dédié depuis 2022. Avec, là encore, quelques grincements de dents. « Certains étaient demandeurs, d’autres plus réticents. Les plus âgés avaient des a priori, leur façon de faire, à dire ''moi j’ai pas besoin'', ''moi je pense que c’est comme ça'' », explique Salim Abidi. « Ce n’est pas adapté à tout le monde, confirme Lagaet. C’est assez strict mais si on veut performer, il faut accepter une certaine discipline. Beaucoup sont sortis du bateau à cause de ça. »

Les autres récoltent les fruits. En arrivant à l’INSEP, Salim Abidi a pu avoir accès à des logiciels poussés pour produire des analyses vidéo, suivre des séminaires sur la performance et aider ses protégés à grandir. « Avant, je n’avais pas de prépa mentale et c’est un très bon outil pour évoluer, embraye Lagaet. Je sors de l’entraînement, j’ai une petite douleur, j’ai tout de suite accès au kiné. Toutes ces choses font la différence, c’est un petit pourcentage mais c’est ça qu’on recherche quand on se prépare pour les Jeux. J’ai plus de 20 ans de carrière dans mon milieu mais en tant qu’athlète, j’apprends encore. »

« Nous, on s’entraînait dehors, on se cassait le dos par terre. Tu prenais tes 10 séances de kiné remboursées par la Sécu ! », s’exclame Salim Abidi. La focale olympique a ainsi permis aux danseurs de bénéficier de meilleures conditions d’entraînement, et de meilleures conditions tout court puisque désormais, « on peut vivre des compétitions avec les prize money, les sponsors ». Ce qui a logiquement tiré le niveau vers le haut. « Si on n’avait pas ça, je pense qu’on n’aurait pas pu avoir le rendement qu’on voulait. Ça a fait du bien au break mondial », se félicite l’entraîneur, notant « une progression fulgurante dans tous les pays ».

En avant, marche !

Quid de la suite ? Le breaking repartira des Jeux aussi vite qu’il y est arrivé puisqu’il ne sera pas au programme à Los Angeles en 2028. « On joue le jeu à fond et après août, on ouvrira les débats entre nous, avec la fédé, pour la suite », confie Salim Abidi. Le pari est cependant d’ores et déjà réussi selon Lagaet. « Les JO nous auront permis de nous donner une voix. Plus de gens connaissent et s’y intéressent, il y a plus de perspectives. Quand j’ai commencé, il n’y avait vraiment rien, pas forcément de structure, d’aide financière, etc. Ça me permet d’apprécier beaucoup plus ce qui se passe maintenant. »

« Le break ne retournera jamais en arrière », insiste Sarah Bee, convaincue que cette parenthèse olympique « va nourrir le break ». La Bourguignonne n’a pas réussi à se qualifier pour les Jeux, mais s’imagine déjà reprendre sa carrière artistique. « Il y a encore plein de jams, d’événements culturels, pointe Lagaet. Il y a une palette énorme de possibilités. » Pour ce qui est d’être médaillé aux Jeux, par contre, c’est maintenant ou jamais.