Nicolas Camus
L'essentiel
- Pour sa première en tant que sélectionneur, Zinedine Zidane a innové en alignant Michael Olise et Rayan Cherki ensemble dès le début du match contre la Turquie.
- Positionné en relayeur, donc avec un rôle défensif accru par rapport à ce dont il a l’habitude, le milieu de Manchester City a réalisé un très bon match, se mettant au diapason de Rabiot et Koné pour le pressing et créant des situations intéressantes en attaque.
- Son entraîneur a « beaucoup aimé » son match, et l’intéressé s’est évidemment dit ravi de se trouver au cœur du jeu. Plutôt utilisé dans un rôle de joker depuis ses débuts en équipe de France, Cherki tient sûrement là une occasion de s’installer dans la durée.
De notre envoyé spécial à Izmit (Turquie),
Et si on tenait déjà la principale innovation de l’ère Zidane ? Depuis qu’ils sont en équipe de France, Michael Olise et Rayan Cherki ont plutôt l’habitude de se taper dans la main quand le second remplace le premier que d’échanger des passes sur le terrain dès le coup d’envoi. Ils ont un profil similaire, il est vrai, tous les deux gauchers, très bons techniciens et passionnément amoureux du ballon. Mais pour sa première de sélectionneur, vendredi soir à Izmit, Zizou n’a pas hésité à aligner les deux d’entrée, et des promesses sont nées.
Le placement avant de penser à éclairer le jeu
Ce choix du jeu sert surtout le meneur de Manchester City. Car Olise (24 ans, 26 sélections), qui a débuté avec les Bleus quasiment un an avant lui, est plus installé dans cette équipe. Didier Deschamps lui a rapidement confié les clés, jusqu’à en faire le cœur de son animation offensive lors de la Coupe du monde. Cherki (23 ans, 15 sélections) n’a souvent eu que des bouts de match pour se mettre en valeur, ce qui pouvait se révéler frustrant, pour lui comme les observateurs. Les prochains matchs diront si cette association a vocation à durer dans l’esprit du sélectionneur, mais il semblerait que l’ancienne pépite de l’OL ait une occasion en or de s’enraciner.
Pour cette rencontre en Turquie, Cherki était positionné en relayeur droit, pour pouvoir se projeter et se retrouver dans la zone d’Olise, qui débutait ses actions sur le côté droit avec la liberté de poursuivre ou de repiquer. Un rôle un peu différent de d’habitude pour le Citizen, qui évolue généralement un cran plus haut. Là, il faut d’abord penser à être bien présent à la récupération avant de réfléchir à éclairer le jeu. Et il s’en est sorti avec mention très bien, si l’on écoute Zidane :
« Il a été très bon. Je l’ai beaucoup aimé avec le ballon. Avec le ballon, on sait ce qu’il est capable de faire. Il a été aussi très bon parce qu’il s’est rapproché de la ligne avec ses deux autres copains dans le milieu de terrain. Il n’a pas perdu la distance. Il est bien revenu dans le bloc quand il fallait, et a récupéré des ballons entre les lignes. »
Exemple concret, sur la relance en catastrophe des Turcs qui allait aboutir au but de la victoire signé Mbappé (54e), il était pile là où il fallait pour servir Koné de la tête et lancer l’action. On l’a vu aussi effectuer des courses à haute intensité vers son camp pour participer à l’effort de guerre, sans perdre pour autant sa lucidité, comme sur cet amour de ballon de l’extérieur du pied pour Koundé, en première période, qui a éliminé quatre défenseurs adverses.
Cohérent sur la longueur ?
Plus généralement, il a souvent tenté de donner du rythme à un match qui en manquait avec des déviations en une touche bien senties. Il y a eu du déchet, aussi, mais c’est le jeu qui veut ça. L’ancien meneur de jeu d’exception qu’est ZZ ne peut qu’être sensible aux qualités de Cherki, et il a peut-être trouvé un moyen de lui faire une place au chaud sans pour autant se priver d’Olise. « Avec le ballon, la consigne est d’occuper au maximum la largeur, pour générer des espaces et pouvoir faire la différence ensuite », rapporte Jules Koundé. Et c’est à ce moment que Cherki intervient.
Il faudra voir sur la longueur, et face à des adversaires plus redoutables que cette Turquie pleine de bonnes intentions mais qui n’était pas sortie dès le premier tour du Mondial pour rien. En tout cas, on a suffisamment regretté le manque de créativité au milieu quand les Bleus jouaient à trois dans ce secteur pour ne pas quémander une suite avec insistance. Petite stat au passage, Cherki n’a perdu que 12 % des ballons qu’il a joués, plus faible ratio parmi les milieux et les attaquants.
L’intéressé, lui, est ravi. « Comment je me suis senti ? Très bien, très bien, juge l’ancien Lyonnais. C’est un rôle que j’affectionne. Je suis au cœur du jeu, je peux aider mes partenaires de la meilleure des manières. » Et encore, il s’est retenu parce que « le terrain n’a pas aidé ». « Si on joue sur une pelouse digne de ce nom, ce n’est pas du tout le même match, poursuit-il avec l’assurance qu’on lui connaît. Mais pour être franc avec vous, on a été assez surpris de la qualité qu’on a mis malgré ça. »
Toute l'actu des BleusCe n’est toutefois pas à cause de la pelouse qu’il a mis 1.000 ans à tirer et a gâché une grosse occasion d’ouvrir le score en première période, mais on notera aussi qu’il avait contribué à la créer en laissant la passe d’Olise passer entre ses jambes car il avait vu Dembélé derrière lui. Le génie et les carences de Cherki résumés en une action… ça ira pour cette fois, mais pour vraiment s’installer Rayan, il faudra les mettre celles-là.