Nicolas Camus
L'essentiel
- L’équipe de France a atterri ce jeudi midi à Izmit, en Turquie, où elle va disputer la première journée de la Ligue des nations. Un match événement, puisqu’il s’agit des grands débuts de Zinédine Zidane au poste de sélectionneur.
- La présence de l’ancien numéro 10 suscite une grande curiosité, en tout cas au niveau médiatique, si l’on considère la forte présence de la presse locale à sa conférence de presse. Un confrère lui a même demandé s’il pouvait dédicacer son livre.
- Interrogé sur l’effervescence qu’il suscite, ZZ a cherché à minimiser l’attention portée sur lui, en insistant sur le fait que « les protagonistes, ce sont les joueurs. »
De notre envoyé spécial à Izmit,
S’il fallait une preuve que Zinédine Zidane est bel et bien redescendu parmi les humains en devenant sélectionneur des Bleus, on n’aurait pas trouvé mieux que ce premier déplacement en Turquie. Le Kocaeli Stadium d’Izmit, certes tout beau tout neuf, n’est pas exactement le décor que l’on aurait imaginé pour ses grands débuts. Alors qu’Istanbul compte quatre stades immenses, la Fédération turque a choisi cette enceinte de 34.000 places, situé dans un quartier éloigné du centre, en pleine construction mais qui ressemble pour l’instant à un immense chantier à ciel ouvert, peuplé de grues et de semi-remorques. Pas tout à fait l’image que l’on se fait du bouillonnant football local.
Curiosité
Izmit n’en est pas le cœur battant, mais c’est en réalité pour ça qu’elle accueille cette rencontre face à l’équipe de France, vendredi pour la première journée de la Ligue des nations. L’élimination de la sélection dès la phase de poule lors de la Coupe du monde a laissé des traces, et fait apparemment beaucoup de mécontents. Face à la crainte de débordements, la ville nichée au bord de la mer de Marmara, plus connue pour son industrie lourde (raffinerie, constructions navales, cimenteries, etc.) que le tourisme, semblait un peu plus sûre aux dirigeants de la TFF, rapporte L’Equipe.
Voilà pour l’environnement atypique dans lequel Zizou va donc étrenner le costume. En ville, la présence des Bleus et de leur superstar de coach n’est pas vraiment un sujet. Il y avait bien une poignée de curieux pour les accueillir devant leur hôtel, en milieu d’après-midi, mais ça ne va pas plus loin. Le club local de Kocaelispor est relativement jeune, et n’est remonté en D1 qu’il y a deux ans, après avoir sombré jusqu’au niveau amateur. « C’est une ville qui aime le sport, mais qui reste assez tranquille », nous décrit Ayaz, croisé non loin de la gare routière.
Le jeune homme de 25 ans connaît Zidane, « bien sûr », même si c’est davantage comme entraîneur du Real Madrid que comme ancien joueur. « Il fait partie des 10 meilleurs de l’histoire », assure-t-il tout de même. Dans cette atmosphère certes plus feutrée, le nouveau sélectionneur est une vraie curiosité, ici aussi. La forte affluence de sa conférence de presse, donnée en fin d’après-midi, ne trompe pas. Les médias locaux sont présents en nombre, et pas seulement pour entendre leur sélectionneur, Vincenzo Montella, dont la prise de parole est attendue deux bonnes heures après.
« C’est très spécial pour nous que Zidane joue son premier match chez nous, raconte Emre Rahmet, journaliste pour Radyospor. Il était un joueur extraordinaire, et a montré au Real Madrid qu’il était aussi un grand entraîneur. Nous nous demandons ce qu’il va réaliser à la tête de cette équipe. Peut-être qu’on reparlera de ce premier match en Turquie quand il sera champion du monde. » Notre confrère sourit, il nous montre la question qu’il compte poser à ZZ, sur les attaquants dont il dispose aujourd’hui, par rapport à la ligne d’attaque de l’équipe championne du monde en 1998. En s’assurant au passage de la bonne prononciation de « Guivarc’h » et « Djorkaeff ».
La concurrence étant féroce, il n’aura pas l’occasion d’avoir le micro. Un de ses compatriotes l’aura, lui, et son intervention fait marrer l’assemblée quand le traducteur livre son propos à Zidane : « Merci d’être là, c’est un rêve pour moi de vous voir. J’ai écrit un livre récemment, est-ce que vous pourriez me le dédicacer ? » Le tout avec au milieu une question sur Arda Güler. Sourire gêné du Marseillais, qui promet de le faire une fois la conf terminée.
C’est comme ça depuis l’ancien numéro 10 a été nommé. Il focalise toute l’attention. « C’est un peu normal, c’est la suite après 14 ans de Didier, je deviens le sélectionneur donc ça parle, c’est logique, élude l’intéressé quand il est interrogé sur l’effervescence autour de sa personne. Mais les protagonistes sont les joueurs, et moi je vais rester dans mon rôle. » Relancé sur ce thème, il insiste :
« Je ne cherche pas ça, je ne suis pas là pour ça. Je vais essayer de faire mon travail avec mes joueurs, qu’on puisse gagner des matchs, c’est ça qui m’intéresse le plus. »
Qu’il se rassure, ses joueurs, justement, ne prennent pas ombrage de cette situation nouvelle. En tout cas, pas Adrien Rabiot, passé juste avant lui face aux médias et qui concède volontiers que « c’est le cas », leur entraîneur est plus connu qu’eux.
« On connaît l’importance qu’il a eu pour le foot français, développe le milieu de terrain. Il était très attendu à ce poste d’entraîneur, et son aura fait qu’il prend beaucoup de place, c’est normal. Lui essaie de se mettre en retrait le plus possible pour laisser cet aspect-là aux joueurs, faire qu’on parle le moins possible de lui. Ce sera compliqué, mais aussi quelque part c’est une bonne chose pour nous, ça peut nous permettre d’être plus tranquille. »
Toute l'actu des BleusC’est dit avec le sourire. Chaque membre de la délégation française a bien conscience de cette situation, voire l’avait anticipé. Cette agitation ne va pas s’estomper tout de suite, mais l’attention va commencer à se déplacer vers le terrain à partir de vendredi. Tout le monde a hâte de voir les premiers pas de cette équipe, les prémices d’une « patte Zidane », même si lui n’aime pas l’expression. Il faudra peut-être attendre pour ça. En revanche, pour l’émotion, l’effet sera immédiat. Au début de sa prise de parole, le champion du monde a concédé qu’il en aura « peut-être plus » sur ce match que lors de sa première en tant que joueur, il y a 32 ans déjà. C’est dire comme il l’attendait, et quel que soit le décor évidemment.