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Pourquoi les matchs amicaux « low cost » de l’Argentine font parler

Le Bénin pour la der de Messi, après le fiasco du Burkina Faso… Les amicaux « low cost » de l’Argentine font parler

football•Alors que les Burkinabè ont été contraints d’envoyer leur équipe U23 samedi, la sélection du Bénin, adversaire choisi pour les adieux de Messi à l’Albiceleste, rencontre elle aussi des problèmes d’organisation
Nicolas Camus

N.C.

En Argentine, certains auraient voulu que Lionel Messi, après 207 sélections étalées sur plus de 20 ans, 125 buts et un titre de champion du monde, fasse ses adieux à l’Argentine face à un adversaire un peu plus prestigieux que le Bénin, mardi. Mais c’est mal connaître les habitudes de l’Albiceleste en matière de matchs amicaux depuis quelques années. Les huit plus récents ont été disputés face à l’Angola, la Mauritanie, la Zambie, le Honduras, l’Islande, la Bolivie et le Burkina Faso… pas vraiment la crème du football mondial, sans vouloir manquer de respect à qui que ce soit.

Arrivée cinq heures avant le coup d’envoi

Au-delà de l’identité des adverses, le plus marquant quand on y regarde de plus près est que ces rencontres donnent lieu à des récits assez dingues, à l’image du dernier en date, samedi face au Burkina. L’Argentine a écrasé la sélection africaine 7-0, mais cette dernière a une bonne excuse pour le faible niveau affiché. Ou plutôt, plusieurs bonnes excuses : elle s’est présentée avec son équipe U23, car les cadres habituels, après avoir battu la Centrafrique lundi à Casablanca dans le cadre des qualifications pour la CAN 2027, ont refusé de voyager après l’annulation « sans préavis, par l’affréteur de l’avion, du vol initialement programmé », a fait savoir la Fédération burkinabè (FBF).

Les petits jeunes ont donc été envoyés au front dans l’urgence. Au terme d’un vol low cost géré par l’Argentine, ils ont atterri à Buenos Aires à peine cinq heures avant le coup d’envoi, été jetés sur le terrain pour faire de la figuration et sont remontés dans l’avion dans la foulée, à 5 heures du matin. Avoir disputé cette rencontre restera un immense souvenir pour eux, comme le raconte Ousmane Camara dans La Nacion – que le journaliste a mis un point d’honneur à interroger en zone mixte, alors que personne ne faisait attention à lui ou à ses équipiers –, mais tout ça n’est pas très sérieux.

Les jeunes joueurs du Burkina Faso lors de l'amical contre l'Argentine au Monumental de Buenos Aires, le 3 octobre 2026.
Les jeunes joueurs du Burkina Faso lors de l'amical contre l'Argentine au Monumental de Buenos Aires, le 3 octobre 2026. - Alejandro PAGNI/AFP

Le pire est que l’histoire se répète avec le Bénin. Comme rapporté par Mégasport, et relayé par RMC, la délégation africaine a enduré un vol de 23 heures en classe économique, ponctué par un malaise de l’analyste vidéo. A leur arrivée dans la capitale argentine, les joueurs ont été logés dans un hôtel sans d’eau chaude, avec un sauna HS, une salle de musculation inadaptée et des terrains d’entraînement synthétiques indignes d’un niveau professionnel. Pour couronner le tout, plusieurs cadres dont le milieu de Besiktas Junior Olaitan ont été bloqués administrativement à l’aéroport, et n’ont rejoint le groupe que dimanche en fin de journée.

L’Argentine et l’organisation des matchs amicaux, c’est décidément toute une histoire. Une histoire où le faible pedigree des adversaires choisis et les conditions dans lesquelles ces derniers voyagent jusqu’à Buenos Aires, via une agence colombienne chargée de l’organisation, sont à mettre en lien selon les médias locaux avec les soucis financiers de la Fédération et les ennuis judiciaires de son président, le sulfureux Claudio « Chiqui » Tapia.

Caisses vides

En résumé, malgré les centaines de millions de dollars générés par les récents succès de l’Albiceleste (Copa América, Coupe du Monde), les caisses de l’AFA sont vides. En mars dernier, Tapia a été mis en examen pour évasion fiscale, à la suite d’une plainte déposée au pénal par le fisc argentin, qui accuse la Fédération et ses dirigeants d’avoir omis de payer des impôts et des cotisations sociales pour un préjudice global estimé à 19 milliards de pesos (environ 11,8 millions d’euros).

Ce n’est pas tout. En mai, le quotidien La Nación avait rapporté que la justice américaine enquêtait sur des mouvements de comptes, en Floride et à Washington, liés à des entreprises proches de l’AFA. Car la Fédération est également l’objet d’une enquête pour des faits présumés de blanchiment d’argent. Tapia aurait été inquiété par le FBI cet été lors de la Coupe du monde, ce que nie la Fédération.

Le lien avec les matchs amicaux ? On y vient. Essorée par ces soucis financiers, l’AFA rogne sur les coûts. Selon un article de la Gazzetta Dello Sport publié samedi, voir la Mauritanie et la Zambie ou le Burkina préférés au Maroc, au Sénégal ou à la Côte d’Ivoire s’explique de façon « simple » :

« La prime de participation pour ces équipes africaines mineures est nulle. L’intégralité des recettes est reversée à l’AFA et son agence de voyages, ne laissant rien aux adversaires. De plus, les déplacements impliquent des vols long-courriers réguliers à bas prix – généralement 12 à 13 heures aller-retour – avec une seule nuit d’hôtel entre les matchs. »

Ce contexte chargé sera évidemment effacé, mardi, par les adieux de Leo Messi. L’émotion sera très forte au stade Monumental pour la dernière de l’autre plus grand joueur de l’histoire du pays avec Diego Maradona. Mais en toile de fond, la sélection a semble-t-il d’autres soucis à gérer pour son avenir que la vie sans la Pulga.