France-Espagne : « Les vacances sont gâchées »… Comment ce 14-juillet a viré à la grosse clim pour les supporters bleus
coupe du monde•Alors que tout promettait une soirée de rêve, en ce mardi 14-juillet de fête nationale et de vacances, le France-Espagne a tourné au supplice pour les supporters en congés. ReportageJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Journée de fête nationale mais soirée de désillusion pour les supporters des bleus. De nombreux fans estiment carrément leurs vacances gâchées après la défaite 2-0 de la France contre l’Espagne en demi-finale de la Coupe du monde.
- Et notamment dans les stations balnéaires, où tout était réuni pour une soirée mémorable et un passage en finale, mais dont l’ambiance s’est vite transformée en cimetière.
- « 20 Minutes » était à Canet-en-Roussillon (Pyrénées-Orientales) pour cette soirée de l’enfer et de la grosse GROSSE clim.
A Canet-en-Roussillon,
Et soudain, la rue s’est vidée en silence. Au coup de sifflet final de France-Espagne, la foule présente à la rue de la soif de Canet-en-Roussillon s’est dispersée sans un bruit. Pas de fête jusqu’au bout de la nuit, pas de câlins entre inconnus, même pas le moindre mètre de shot au comptoir. Une atmosphère de cimetière plus que de vacances, inhabituelle de la station balnéaire des Pyrénées-Orientales en juillet.
Tout était pourtant si prometteur. Un jour de fête nationale, les vacances à la plage dans la plus belle région de France (le fait que l’auteur de ses lignes soit un natif des PO a pu orienter le propos), le ciel bleu et une demi-finale de Coupe du monde. Ne restait plus qu’à se qualifier pour la dernière marche et cette journée s’inscrivait au panthéon d’une vie, quelque part entre l’obtention du bac, sa première fois et la naissance de son marmot.
« On n’a même pas vibré »
Cette qualif, Dimitri, 32 ans, n’en doutait d’ailleurs pas à une heure du coup d’envoi : « On a la meilleure équipe, les Avengers en attaque, on va broyer l’Espagne ». Sûr de son fait, il avait déjà planifié sa célébration. « Moi et mes potes, on va fêter ça avec un bain de minuit », jurait-il au bar à qui veut l’entendre en zieutant la plage toute proche. L’humeur était bel et bien à la fête, à s’enfiler un énième pastaga et à refaire le monde. Spoiler trois heures plus tard : le monde est cruel, et Dimitri et sa bande rentreront chez eux tête basse, et bien habillés, malgré la déculottée espagnole.
Car ce 14 juillet footballistique a plus viré à la bérézina qu’à la prise de la Bastille. Un 2-0 sec par l’Espagne, et au bout du premier but, un long supplice de plus d’une heure à regarder les bleus être impuissant. Pas de but, même pas un frisson d’espoir ou un semblant de révolte, juste une domination à sens unique. « C’est le pire dans ce match, peste Sébastien, 45 ans. On n’a même pas vibré ! Le Portugal en 2016, il y avait eu le poteau de Gignac, en 2022, le triplé de Mbappé. Là… » Et voilà que ça s’énerve sur le prix de la pinte, l’horaire du lever demain en famille, sur qui ne fait pas assez la vaisselle, ou le chargeur oublié à Paris à 1.000 km.
« Imaginez que ce soit l’Argentine qui soit championne »
Si la misère est paraît-il moins pénible au soleil, la mauvaise foi, elle, reste la même. Canet, Paris, Lyon, les discours post-défaite se ressemblent. L’accusation d’un arbitre corrompu, d’un Deschamps trop défensif, d’une équipe qui n’a pas assez tenté ou d’un destin trop cruel avec ces Bleus. « J’étais sûr qu’on serait champion du monde. Les vacances sont gâchées, je nous voyais déjà soulever la Coupe », se désespère Julie, la vingtaine. « Je m’étais rarement autant attachée à une équipe de France. C’est triste que ça termine ainsi, ça ternit toute la compétition. » Face a ce rêve envolé de troisième étoile, la visite du joli village de Collioure, le tour en bateau voir les baleines ou l’après-midi transat semblent bien maigre. Avant d’imaginer le pire. « Et imaginez que ce soit l’Argentine qui soit championne du monde. Là ce serait carrément les pires vacances de ma vie ».
Pour Léa, qui repart demain après avoir fait le pont, « c’est une fin de vacances amères. J’ai adoré la région, mais ça restera le lieu où la France s’est fait fouetter dans mes souvenirs. » Dans une réflexion deep que seul le combo chagrin + pinte de trop offre, Martin, collègue de Léa, philosophe sur le temps qui défile :
« Les compétitions passent, et on gâche les occasions. Depuis douze ans, la France produit des Griezmann, des Mbappé, des Pogba, des Kanté, des Varane, des Olise, des Dembélé… Tous parmi les meilleurs joueurs que l’on ait eus, et pour quoi ? Une seule Coupe du monde. J’ai peur qu’un jour, on regrette toutes ces cartouches manquées. On n’aura pas toujours de tels effectifs. C’était peut-être notre dernière vraie chance d’être champion. »
Gamins inconsolables
Une dernière chance, et un premier gros chagrin footballistique pour Dylan, gamin inconsolable de 8 ans qui dégueule ses sanglots à tous les passants. Le football est comme l’amour : la première peine de cœur est toujours celle qui fait le plus mal. Son père a beau tenter de faire relativiser son fils meurtri, lui rappeler que ce n’est que du football, que le parcours reste beau, qu’il demeure une petite finale, rien n’y fait.
Ou presque. En retournant à leur camping, le papa a la bonne idée d’acheter des churros. Double supplément Nutella s’il vous plaît. Et voilà que les larmes de crocodile s’estompent un peu et que le gamin se remet à sourire devant ce méga shot de sucre. Un reliquat de vacances, enfin.


















