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L’UEFA ou la Super Ligue, qui y gagne ? Nos 5 questions après ce jour fou

Super Ligue : Un nouvel arrêt Bosman, vraiment ? Les cinq questions que l’on se pose après cette folle journée

FOOTBALLDe la décision de la CJUE, qui a jugé les règles de l’UEFA contraires au droit de la concurrence à la réaction de l’instance du foot européen, la journée a été agitée. Que faut-il déduire de ces annonces ? La Super Ligue a-t-elle vraiment gagné ?
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La Cour de justice de l'Union Européenne (CJUE) a jugé que les règles de l'UEFA et de la FIFA opposées en 2021 au projet de Super Ligue étaient contraires au droit européen. Ce n'est pas un feu vert pour la Super Ligue pour autant. La décision se contente de dire que l'UEFA ne peut pas restreindre totalement l'accès à des compétitions, mais son monopole n'est pas remis en cause.
  • Les promoteurs de la Super Ligue ont présenté une nouvelle mouture de leur projet, avec 64 équipes réparties en 3 divisions et un système de promotion-relégation. Mais hormis le Real Madrid et le FC Barcelone, aucun club n'est encore officiellement engagé.

Tsunami ou vaguelette ? Il appartiendra au temps de situer ce 21 décembre volcanique dans la grande histoire du football. Pour situer la chose, la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE) a pris le parti de citer l’arrêt Bosman en introduction du résumé de sa décision dans le dossier Super Ligue (SL) /UEFA. Cette dernière, très attendue, juge les règles opposées en 2021 par la FIFA et l’UEFA à un projet de ligue dissidente contraires au droit européen de la concurrence. Une nouvelle reçue avec enthousiasme par A 22 : le promoteur de la SL tartine les réseaux de belles formules style « le football est LIBRE », « le monopole de l’UEFA est terminé », « nous diffuserons des matchs gratuitement », etc. A l’inverse, l’instance présidée par Aleksander Ceferin est dans un premier temps désignée comme grande perdante de la bataille, d’aucuns anticipant déjà la fin de la Ligue des champions au profit de la coupe à Florentino Pérez. La réalité est bien plus nuancée, moins manichéenne.

1) Par sa décision, la CJUE donne-t-elle le feu vert à la Super Ligue ?

Réponse : NON. La CJUE n’a pas pris parti pour ou contre l’UEFA, pour ou contre la SL. Ce que n’a pas manqué de rappeler Aleksander Ceferin en conférence de presse en début d’après-midi. Un point confirmé par Nicolas Sfez, avocat associé au sein du cabinet Spring Legal. « La CJUE a bien précisé dans sa décision qu’elle ne statuait pas sur la légalité de la Super Ligue. La réponse qui a été apportée concerne la question qui consistait à savoir si l’UEFA et la FIFA ont des droits de restreindre l’accès à des compétitions. C’est une décision très pédagogique. Elle ne dit pas la conclusion mais comment réfléchir. » Au tribunal espagnol de commerce de trancher.

Idem pour le monopole de l’instance européenne. Contrairement à ce qu’A 22 a pu dire, la cour juge la position dominante de l’UEFA compatible avec le droit européen. Ses règles en vigueur en 2021 ont en revanche été jugées contraires à ce même droit européen. Ceferin rappelle à ce titre que le « système de validation [de l’UEFA] était imparfait, et pour cela, nous avons effectué des changements, qui ont abouti en 2022. » Un observateur proche des instances du foot européen contacté par 20 Minutes estime toutefois encore fragiles ces récents statuts : « leurs critères ne sont pas encore suffisants pour se protéger totalement d’une Super Ligue ». L'UEC (l'equivalent de l'ECA pour les petits clubs), voit là une occasion pour Ceferin de renforcer son arsenal institutionnel. « L'UEFA a l'opportunité de développer davantage la gouvernance, les processus de prise de décision et un système d'autorisation préalable robuste et clairement défini en accord avec le droit européen », écrit l'organisation.

2) Verra-t-on une Super Ligue émerger dès demain ?

Réponse : A PRIORI, NON. Pour une simple et bonne raison : certes, les promoteurs de la compétition se sont empressés de tenir une conférence de presse dans la foulée de la décision de la CJUE pour crier victoire et présenter le nouveau format du projet avorté de 2021. Mais il s’agissait plus de surfer sur la vague « libérés, délivrés » que proposer du concret, bien qu’un modèle ait été soumis (voir plus bas). Le meilleur exemple ? Sur les 64 clubs promis, seuls deux sont connus pour le moment : Le Real Madrid et le FC Barcelone (la Juventus post-Agnelli s’est retirée). Ce point a d’ailleurs fait l’objet de moqueries de la part d’Aleksander Ceferin. « Ils peuvent créer leur compétition magnifique avec deux clubs, j’espère qu’ils savent ce qu’ils font, mais je n’en suis pas sûr. »

3) Cette nouvelle Super Ligue est-elle plus ouverte que la première ?

OUI, MAIS… Délestés d’un poids, les promoteurs de la SL ont présenté leur nouveau format de 64 clubs divisés en trois divisions et répondant à une logique de « pyramide du football » avec une base élargie et une élite… pointue.

Les deux premières ligues, la Star League et la Gold League, sont composées de 16 clubs chacune, tandis que la troisième, la Blue League, comprend 32 clubs. Les huit meilleures équipes de ces ligues s’affrontent ensuite en quarts de finale. S’ensuivent des demies et une finale. Le système de promotion et relégation, censé illustrer l’ouverture d’un modèle initialement pensé par 15 membres fondateurs avec seulement cinq places ouvertes à des playoffs, reste toutefois très flou : les deux derniers de chaque ligue seront relégués, sauf en bas de la pyramide, où A22 évoque un roulement de 20 équipes qui aura lieu chaque saison. Les nouveaux entrants seront élus sur la base des résultats dans leurs championnats nationaux, dont la Super Ligue se proclame bienfaitrice et non fossoyeuse.

« Chaque championnat continuera d’être le point d’entrée initial pour le niveau européen, promettent ces derniers. Mais les clubs disposeront d’une voie claire pour s’établir au niveau européen sur la base de leurs performances européennes. Les ligues nationales bénéficieront également des retombées de l’attention que ces clubs susciteront. » La fameuse théorie du ruissellement qui a tant fait ses preuves dans le monde réel.

4) On y croit vraiment à cette histoire de matchs gratuits ?

BOF. On aurait envie de se laisser bercer par la candeur du discours du CEO d’A22, Bernd Reichart, soucieux d’arracher le football des mains des méchants diffuseurs pour le redonner gratuitement au gentil fan. Concrètement, la Super Ligue serait diffusée sur une plateforme de streaming, Unify, à mi-chemin entre Facebook et Netflix. Mais comment générer plus d’argent en épargnant le consommateur ? « Unify générera des revenus grâce à la publicité, aux abonnements premium [donc pas gratuits], aux partenariats de distribution et aux services interactifs ». La société promotrice de la ligue dissidente indique par ailleurs que pour assurer « la stabilité de la phase initiale des compétitions et la transition de l’abonnement à une activité de plateforme, nous allons garantir les revenus avec des investisseurs européens et américains pour un montant supérieur à celui actuellement prévu pour le prochain cycle. » Sans toutefois donner de chiffres précis ni la nature de ces investisseurs.

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Pour la communication, c’est un sans faute, selon notre source proche de l’UEFA. « C’est bien joué de la part d’A22. Ils ont bien identifié ce que les amateurs de foot n’aiment pas dans le modèle actuel, et que l’UEFA était attaquable sur ce front. Mais ce modèle reste peu crédible. » Aleksander Ceferin observe carrément tout ça avec dédain. « La présentation d’A 22, j’ai du mal à savoir si elle doit nous choquer ou nous amuser. »

5) L’UEFA est-elle fragilisée ?

NON. Puisque tout était aujourd’hui affaire d’apparences, l’instance européenne a rassemblé les Avengers à participer à une visioconférence, dont on retiendra les problèmes de micro de Javier Tebas et la passion de Nasser Al-Khelaïfi pour les armoires normandes. Tout ce beau monde, à qui on peut ajouter les représentants des ligues européennes, du syndicat des joueurs professionnels (Fifpro) et même des supporters européens (FSE), était uni autour du parrain Ceferin et d’un même slogan. « Le mériter sur le terrain. » « On n’a pas besoin de menacer qui que ce soit, affirme Al-Khelaïfi en sa qualité de président de l’ECA. Qu’ils aillent faire leur compétition à eux. Mais aujourd’hui, la meilleure compétition de club est la Champions League. Rien que la musique est un événement. » En coulisses, il se murmure que la confiance affichée par l’UEFA proviendrait d’outre-Manche : le Gouvernement anglais a en effet déjà promis à de nombreuses reprises qu’il empêcherait ses clubs de participer à des compétitions comme la SL. Et un tournoi sans les Anglais, c’est en soi un immense coup dur.