Wolfsburg-Losc: Jonathan David, le buteur lillois qui a mis le Canada sur la carte du foot

FOOTBALL Meilleur buteur de Ligue 1, le Canadien sera l'atout offensif numéro 1 du Losc ce mercredi (21h) à Wolfsburg dans un match décisif pour la qualification en 8e de finale de la Ligue des champions

Francois Launay
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Jonathan David, le serial buteur du Losc
Jonathan David, le serial buteur du Losc — CHRISTOPHE SAIDI/SIPA
  • Jonathan David sera l’atout maître du Losc ce mercredi à Wolfsburg dans un match décisif pour la qualification en 8e de finale de la Ligue des champions.
  • Meilleur buteur de Ligue 1, le joueur de 21 ans s’est épanoui à Lille après des débuts compliqués.
  • De quoi rendre fier le Canada où le joueur est devenu une vraie star.

No stress. Si le Losc joue un match capital ce mercredi (21h) à Wolfsburg où il ne doit pas perdre pour aller en huitième de finale de Ligue des champions, la pression semble couler sur Jonathan David. A 21 ans, l’attaquant du Losc n’est pas le genre à s’affoler avant l’un des matchs les plus importants de l’histoire du club.

« A Gand (où David a joué de 2018 à 2020), il passait son temps à dormir ce qui faisait beaucoup rire ses coéquipiers qui l’ont beaucoup chambré là-dessus. Il avait d’ailleurs déclaré plus tard que la sieste était l’une de ses passions », se marre Christophe Franken, chef de la rubrique au quotidien belge La Dernière Heure.

Une enfance entre New York, Port-au-Prince et Ottawa

Réputé pour sa coolitude, l’attaquant du Losc fait l’unanimité partout où il passe. « C’est quelqu’un de très humble sur lequel tout glisse. C’est le gendre idéal. Il a une image parfaite. Il se bat sur le terrain et ne fait pas parler de lui à l’extérieur », raconte Anthony Rimasson, ancien directeur technique du club québécois de Longueuil. « Ça vient sans doute de sa culture nord-américaine. Ils ont une capacité à faire preuve de beaucoup d’ouverture », poursuit celui qui est désormais directeur du pôle espoir féminin de Bretagne à la FFF.

Une ouverture d’esprit que David a développé à force de bourlinguer sur le continent américain. Né à New York, il a passé son enfance à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Là-bas, il y a découvert la passion du foot. Puis à six ans, direction le Canada et sa capitale Ottawa. Dans la patrie du hockey, pas facile d’exister quand on est footballeur et qu’on s’entraîne sous des dômes la moitié de l’année à cause des températures polaires.

La figure de proue du foot canadien

Et pourtant, c’est bien le portrait du Lillois qui est désormais placardé sur les affiches en 4X3 de Toronto et Vancouver quand l’équipe nationale y débarque pour jouer sa qualif au Mondial 2022. Leader de la zone Concacaf à six journées de la fin, les Rouges n’ont d’ailleurs jamais été aussi proches de retrouver la coupe du monde… 36 ans après leur seule participation au Mexique. De quoi retrouver de la fierté en partie grâce au buteur national.

« En s’imposant en Europe, Jonathan David a mis en avant le pays. Il est clairement devenu la figure de proue du foot canadien. C’est celui qui fait vendre les maillots et qui fait venir les gens au stade », assure Anthony Rimasson. « C’est assez difficile pour un Canadien de réussir en Europe. Un club européen préférera prendre un Brésilien moyen plutôt qu’un Canadien très bon parce qu’il n’y a aucune garantie. Mais maintenant, avec David, les recruteurs commencent à aller voir ce qui se passe au Canada. Il est devenu l’ambassadeur de la réussite européenne d’un Canadien ».

Arrivé dans l’anonymat en Europe

Pour en arriver là, David le voyageur a dû quitter très tôt le pays à la feuille d’érable. Formé à Ottawa, le gamin intègre rapidement les sélections nationales chez les jeunes. Mais c’est une rencontre qui va faire décoller sa carrière. A 16 ans, David rencontre Nick Mavromara. Celui qui va devenir son agent l’envoie faire des essais en Europe. Si Salzbourg et Stuttgart lui ferment leurs portes, les Belges de La Gantoise l’accueillent en janvier 2018 dans le plus strict anonymat. Christophe Franken se souvient. « A l’époque, on avait donc fait une petite brève pour dire qu’un espoir canadien avait signé à Gand. Si ça avait été un espoir brésilien, ça aurait sans doute attiré un peu plus le regard mais le fait qu’il soit canadien a fait que son arrivée est passée quasiment inaperçue ».

Le plus gros transfert de l’histoire du Losc et du championnat belge

Il faudra attendre six mois pour que David fasse enfin la une des journaux. Puis, la machine se lance et ne s’arrêtera plus. 14 buts la première saison, 23 pions la deuxième année pourtant avortée en mars en raison du Covid. Forcément, toute l’Europe se l’arrache. Mais c’est finalement au Losc couleur trading de Gérard Lopez et Luis Campos, situé à une petite heure de Gand, que le joueur débarque à l’été 2020 moyennant 27 millions d’euros (bonus inclus). A la fois le plus gros transfert de l’histoire du Losc et du championnat belge. Une pancarte trop lourde à porter à ses débuts en Ligue 1.

Des premiers mois galère dans le Nord

Car David va vivre des premiers mois compliqués dans le Nord. En surpoids, pas dans le rythme, perdu sur le terrain le Canadien déjoue. Il faudra attendre la mi-novembre avant de le voir marquer son premier but sous les couleurs nordistes. Depuis, l’attaquant a largement rattrapé le temps perdu.

« Finalement, ses débuts compliqués à Lille ont peut-être fait sa force. On l’a beaucoup critiqué sur son manque d’efficacité mais il a repris confiance ce qui prouve que c’est un joueur qui a du caractère » salue Grégory Tafforeau, ancien capitaine du Losc et consultant pour France Bleu Nord.

Meilleur buteur de Ligue 1

Dans l’ombre de Burak Yilmaz la saison dernière quand le Losc est allé cherche un improbable titre de champion de France, David est devenu le patron de l’attaque nordiste cette saison. Meilleur buteur de Ligue 1 avec 11 buts en 17 journées, le Canadien a bluffé tout le monde dans le Nord à même pas 22 ans.

« J’ai beau chercher, je n’ai pas un élément négatif à vous dire sur lui », avouait Jocelyn Gourvennec le 23 novembre après un nouveau but décisif du joueur en novembre contre Salzbourg (1-0)

« Il est encore très jeune mais il joue comme un vieux briscard. Il est encore au début de sa carrière mais ce sera un grand joueur. Il montre tellement de choses. C’est un garçon à qui on n’a pas besoin de dire deux fois les choses. Quand on a des joueurs comme ça, c’est une grande chance », savoure le coach lillois qui sait que l’histoire d’amour risque de ne pas durer. Vu ses performances, l’attaquant ne devrait pas faire de vieux os dans le Nord. Plus que jamais, Jonathan David est clairement en avance au rendez-vous de ses promesses.