Metz-Bordeaux : Alberth Elis, ça déménage (sur et en dehors des terrains)

FOOTBALL L’ailier Hondurien au parcours atypique est en train de se faire sa place en Ligue 1

Clément Carpentier
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Alberth Elis, l'attaquant des Girondins de Bordeaux.
Alberth Elis, l'attaquant des Girondins de Bordeaux. — Romain Perrocheau / AFP
  • Les Girondins de Bordeaux se déplacent ce dimanche à Metz (15 heures), lors de la 14e journée de Ligue 1.
  • Ils pourront compter sur Alberth Elis, auteur de deux buts lors des trois derniers matchs.
  • Le puissant ailier Hondurien, passé par le Mexique et les Etats-Unis, veut maintenant se faire un nom sur le continent européen.

« Si on avait que des joueurs comme lui, ce serait merveilleux ! », ce proche de l’équipe première des Girondins de Bordeaux peut difficilement être plus dithyrambique à l’évocation d’Alberth Elis. Pourtant, il y a encore quelques mois, il ne connaissait ni d’Ève ni d’Adam l’attaquant Hondurien. Comme tout le monde dans l’environnement du club. Mais depuis il a vu l’homme aux dreadlocks débarquer au Haillan : « Ce gamin est adorable, il a la banane tous les jours, il est toujours de bonne humeur. Il est toujours partant quand vous lui proposez quelque chose. C’est vraiment un bon mec, il est parfait ! » Et sur le terrain, c’est aussi de mieux en mieux.

Arrivé blessé cet été (fracture du cinquième métatarse du pied gauche), Alberth Elis reste sur deux buts lors des trois derniers matchs des Girondins et vient également de marquer avec sa sélection lors de cette trêve internationale. Il semble retrouver tous ses moyens. Une bonne nouvelle pour ce joueur au parcours atypique qui est aujourd’hui face au plus grand défi de sa carrière à Bordeaux : s’imposer en Ligue 1 et se faire un nom sur le continent européen pour continuer sa progression.

Repéré dès les JO de Rio par Admar Lopes

Une progression jusqu’ici linéaire pour l’enfant de Tela, petite ville située dans le nord du Honduras et baignée par la mer des Caraïbes. C’est là-bas que l’athlétique ailier des Marine et Blanc a réalisé ses premiers sprints balle au pied. « Il a eu une enfance heureuse même si sa famille n’avait pas beaucoup d’argent. Elle était très soudée et à la fin, c’est tout ce qui compte », explique José-Luis Rodriguez, l’un de ses agents. Alberth Elis a très vite été considéré comme « le meilleur joueur de sa génération grâce à ses performances en U15, U17 et U20 » selon celui qui le suit depuis l’âge de 13 ans. En 2013, il rejoint d’ailleurs le meilleur club de son pays, le CD Olimpia, avec lequel il remporte trois titres de champion et devient international A dès l’âge de 18 ans.

Alberth Elis sous le maillot du Honduras.
Alberth Elis sous le maillot du Honduras. - Orlando SIERRA / AFP

Mais sa carrière va connaître un premier tournant lors des Jeux olympiques de Rio. Le Honduras réussit l’exploit de se qualifier pour les demi-finales du tournoi. Même s’il manque la médaille avec son pays, l’attaquant tape dans l’œil des recruteurs (deux buts en six matchs) dont celui d’un certain Admar Lopes, le nouveau directeur technique des Girondins de Bordeaux. Direction Monterrey au Mexique puis cinq mois plus tard, Houston aux Etats-Unis pour celui qu’on surnomme la panthère. C’est en MLS que son talent explose. Sa puissance physique et son sens du but font des malheurs outre-Atlantique. Au pays de la NBA, il finit presque en double-double ses deux premières saisons (11 buts et 12 passes décisives en 34 matchs puis 9 buts et 10 passes décisives en 31 matchs).

Une fondation pour aider les enfants défavorisés

Bien sûr, Admar Lopes ne rate rien de tout ça : « On a continué à le suivre de très près avec la cellule de recrutement après les JO. Il était sur nos listes. En bonne position même mais quand j’étais au Losc, nous avions déjà beaucoup de monde à son poste et d’autres priorités. » Pas grave, le Portugais le rapatrie quand même à l’été 2020 à Boavista au Portugal, l’un des autres clubs dont Gérard Lopez est le propriétaire. Pas question de laisser filer celui qui était alors reparti tambours battants après la première vague de l’épidémie (4 buts et 3 passes décisives en six matchs de MLS). C’est l’heure de franchir un nouveau cap de l’autre côté de l’océan pour Alberth Elis.

Un nouveau pays, un nouveau continent mais toujours le même homme. Un homme qui n’oublie jamais d’où il vient :

« Il essaye toujours d’aider sa famille, ses amis et les gens du Honduras depuis le début de sa carrière. Il a créé sa propre fondation pour aider les enfants et le lycée public de la région où il a grandi. Il a par exemple fait don de centaines d’ordinateurs à d’autres enfants dans le besoin », confie José-Luis Rodriguez.

Une générosité que l’on retrouve dans son jeu sur le terrain. Alberth Elis n’est pas avare d’efforts. Un joueur qui « qui se donne à fond tout le temps » dixit Vladimir Petkoic, son entraîneur.

Un profil parfait pour la Ligue 1 ?

Alors quand cet été Admar Lopes a cherché à renforcer son secteur offensif sans un rond dans la poche, le nom de l’ailier Hondurien a vite fait tilt dans sa tête. Auteur d’une bonne première saison en Europe (8 buts et 6 passes décisives en 32 matchs), le joueur n’a pas vraiment hésité malgré l’intérêt du Spartak Moscou et de deux clubs anglais. Et la présence du Portugais y est pour beaucoup : « C’était une bonne option avec un projet global intéressant et avoir également Admar dans le club, quelqu’un en qui nous avons confiance, était primordial », rappelle son entourage.

Après des premiers pas assez timides contre Monaco et Nantes, Alberth Elis a rapidement pris la mesure de la Ligue 1, notamment de sa dimension physique contrairement, par exemple, à un Fransergio au milieu de terrain. Aujourd’hui, il faut se lever tôt pour bouger le garçon. Au rugby, on dirait qu’il est solide sur les appuis. Alors parfois ce n’est pas très académique mais ça finit souvent par un tir ou une action dangereuse. Et c’est bien le principal pour un joueur qui semble avoir le profil parfait pour la Ligue 1 au poste d’ailier. En revanche, le faire jouer seul en pointe comme au coup d’envoi des trois derniers matchs ne semble pas être une bonne solution. S’il a marqué dans cette position à Lorient, il n’avait pas été très convaincant le reste du match. Contre Reims et Paris, cela a carrément été un échec. Pas sûr que Vladimir Petkovic s’entête avec cette idée. Son adaptation, elle, se passe bien. Curieux, il espère rapidement apprendre le français. Et toujours avec le sourire. Une devise pour lui.