Allemagne – Portugal : Robin Gosens, le nouveau chouchou de la Mannschaft qui a fait exploser la Seleçao

FOOTBALL Le latéral gauche de l’Atalanta Bergame a été impliqué dans les quatre buts allemands samedi après-midi à Munich

Aymeric Le Gall

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Gosens a sublimé le jeu de la Mannschaft, samedi, contre le Portugal.
Gosens a sublimé le jeu de la Mannschaft, samedi, contre le Portugal. — Matthias Schrader/AP/SIPA
  • L’Allemagne s’est complètement relancée dans le groupe F après son succès facile (4-2) face à une sélection portugaise bien tristounette.
  • Auteur d’une prestation incroyable samedi à Munich, Robin Gosens s’impose comme l’un des hommes forts de l’équipe de Joachim Löw dans cet Euro.

De notre envoyé spécial à l’Allianz Arena,

Après la très belle victoire de la Mannschaft contre la Seleção, samedi, les supporters de l’Atalanta Bergame ont dû être parcourus par un sentiment paradoxal, à cheval entre la fierté d’avoir vu leur Robin Gosens faire du petit bois de la défense portugaise, et la crainte, pire, la quasi-certitude, de le voir partir cet été vers une destination plus huppée. Pas sûr que les millions de billets que la Dea encaissera en échange ne suffisent à sécher leurs larmes de crocodiles.

Samedi, dans un contexte pas si évident de victoire obligatoire pour la Mannschaft après sa défaite inaugurale face aux Bleus, Robin Gosens a littéralement déchiré l’écran et, avec lui, toute la défense du Portugal. Son récital aurait pu commencer dès la cinquième minute si sa reprise acrobatique du gauche version Olive et Tom n’avait pas été annulée pour une épaulette hors jeu de Gnabry. Mais il en fallait plus pour décourager le dragster de l’Atalanta, qui a vite remis le couvert pour servir magnifiquement Havertz d’un centre claqué du gauche sans contrôle et pousser Ruben Dias au csc de l’égalisation. Depuis la tribune, en revanche, on s’est demandé dans quel monde magique pouvait bien vivre Neslon Semedo pour laisser autant d’espaces à ce dévoreur de boulevard réputé pour sa qualité de centre.

L’Allianz Arena salue son nouveau chouchou

« Nous savions à quoi nous attendre », a pourtant expliqué Fernando Santos, le sélectionneur portugais après la rencontre, sans qu’on sache vraiment s’il était furax contre son latéral, tant il n’a pas semblé chercher à le rappeler à l’ordre plus que ça durant la rencontre. Gosens ne s’est donc pas privé de poursuivre son festival puisque, visiblement, c’était open bar sur le flanc droit de la Seleçao. A l’origine du but du 2-1 avant la pause, Gosens a ensuite servi Havertz pour le pion du break au retour des vestiaires avant de terminer son récital par un but de la tête. Conscient que son joueur à la bonne tronche du facteur X pour la suite de la compétition, et peut-être aussi un peu par pitié pour Semedo, Joachim Löw a choisi de rentrer sa bécane au garage au bout d’à peine une heure de jeu.

Sorti sous une ovation méritée et accompagné des « Gosens, Gosens, Gosens ! » du public de l’Allianz Arena, le défenseur avait du mal à réaliser ce qu’il venait de faire. « C’est super ! Marquer un but pour l’équipe nationale, c’est vraiment quelque chose de spécial. En plus dans un tournoi et dans un match super important pour le reste de la compétition. Je dois me pincer, je n’y crois pas encore, s’est-il marré après le match. Je suis ultra happy, je vais en profiter ce soir et demain encore un peu et ensuite on se concentre sur la Hongrie. »

Plus tempéré mais non moins admiratif, Joachim Löw a loué la « combativité » de Gosens. « Est-ce que c’est le match de sa vie ?, s’est-il demandé en répondant à la question d’un confrère de la presse allemande. Je ne sais pas, il a encore une longue vie devant lui ». Ce qui est sûr, c’est que le sélectionneur allemand n’est pas étranger à la perf XXL de son joueur. « Hier [vendredi] à l’entraînement Joachim Löw nous a chauffés, a confié Gosens en zone mixte samedi. Il nous a mis dans le mode combat, et nous avons tout donné, avec bravoure et nous nous sommes récompensés. »

Un latéral aux stats de milieu offensif

A 26 ans, le natif d’Emmerich, sur les rives du Rhin, aura connu une explosion plus ou moins tardive, après s’être fait les dents dans le championnat hollandais dans les anonymes clubs de Dordrecht et de l’Heracles Almelo. Recruté pour un paquet de bretzels par l’Atalanta en 2017, Gosens est vite devenu une pièce essentielle sur le flanc gauche du 3-4-1-2 de Janpierro Gasperini, un système qui fait la part belle aux allers-retours incessants de ses latéraux.

Ça tombe bien, le bonhomme a le caisson taillé pour les efforts répétés, sans qu’il n’en perde sa lucidité dans le camp adverse. Cette saison, Gosens a fait péter les stats en affichant 11 buts et 6 passes décisives. Dans cet Euro, le voilà déjà avec un but et deux offrandes au compteur. Et notre petit doigt nous dit que ce n’est que le début, même s’il n’aura pas tous les jours un Semedo en Crocs sur son dos.