Espagne - Pologne : C'est quoi cette histoire de fans du Real qui supportent le Portugal de CR7 et la France de KB9 ?

FOOTBALL La légende raconte que les supporters du Real Madrid ont pris en grippe leur sélection, au point de se laisser séduire par leurs voisins portugais et français, c'est vrai ce mensonge ? 

Aymeric Le Gall

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Est-il besoin de légender une photo de légende ? Claro que no.
Est-il besoin de légender une photo de légende ? Claro que no. — JAVIER SORIANO / AFP
  • Avec un groupe de qualité moindre et sans Sergio Ramos ni aucun joueur du Real, l’Espagne n’a pu faire mieux qu’un match nul contre la Suède lors du premier match.
  • La rumeur voudrait même que les supporters merengue n’aient aucunement l’intention de soutenir leur sélection cet été.
  • Si l’engouement autour de la Roja semble effectivement léger, il est difficile après examen (plus ou moins) minutieux d’en arriver à une telle conclusion.

Il fallait avoir l’index sacrément musclé, jeudi, pour scroller sur les sites des médias sportifs pro-Real Madrid comme As ou Marca et trouver trace d’un premier article sur la sélection espagnole, autrice d’un pâlichon 0-0 en ouverture de l’Euro contre la Suède. Départ de Sergio Ramos oblige, les journalistes et supporters madrilènes s’en tapaient de la Roja comme d’une guigne et ce n’est pas la proximité du deuxième match contre la Pologne, samedi soir, qui risque de changer grand-chose au tableau.

Ce désamour entre les supporters Merengue et la Roja a trouvé une certaine résonance dans un article de Paulo Futre, publié mardi dans le Mundo Deportivo (journal pro Barça, la précision n’est pas inutile), intitulé « les Merengue qui roulent pour le Portugal ». Dans ce papier, l’ancien attaquant de l’Atlético affirmait que la plupart de ses potes fans du Real avaient choisi retourner leur « chaqueta » et de soutenir la Seleçao de CR7 et Pepe ou la France de Benzema, Varane « et… Mbappé », dixit Futre.

« Une victoire finale relèverait du miracle »

Intrigués, on a creusé la question. S’il s’excuse de ne pouvoir confirmer ou infirmer la théorie du FC Procuración, François Miguel Boudet ne trouve pas cela surprenant. « Le clubisme est très prégnant en Espagne, tu ne peux rien y faire… Et puis les Madridistas ne portent pas vraiment Luis Enrique dans leur cœur, vu son passif d’ancien du Real passé direct au Barça. Si on ajoute à cela qu’il n’a pris aucun du Real à l’Euro, oui, on peut penser que les Madrilènes ne soient pas très emballés par la Roja cet été », réfléchit le fondateur du site Furia Liga, référence ultime en France du football castagnettes.

Pour en avoir le cœur net, encore fallait-il en trouver un, de supporter du Real. Ce fut chose faite avec Pablo Arroyo Parada, cet architecte de 35 ans basé à Girone. Entouré de potes fans de la Maison Blanche, celui-ci « pense avoir une vision un peu plus réaliste de la situation en Espagne ». Pour lui, « l’idée d’un report des encouragements sur le Portugal ou la France, au prétexte qu’il y a des Madrilènes dans leur équipe, est largement exagérée ». « Cette année la Roja ne fait pas beaucoup rêver, mais c’est pareil chez les supporters de Séville, de l’Atlético ou du Barça, affirme-t-il. On sait tous qu’une victoire cette année relèverait du miracle, on n’a aucun aucune chance et on ne prend absolument aucun plaisir devant les matchs de l’Espagne. »

Franchement, difficile de leur donner tort. Le match (littéralement) nul contre la Suède en est le parfait exemple. « Cette équipe n’a aucune identité de jeu, sanctionne François Miguel Boudet. Autant quand Enrique a repris Azpilicueta, qu’il n’avait pas appelé depuis trois piges, je me suis dit que ça allait jouer avec une défense à trois et qu’il y aurait au moins un peu d’intérêt à suivre ça. Et au final contre la Suède il te sort un vieux 4-4-2 avec Llorente latéral droit… Le 0-0 tu le voyais arriver à 15 bornes. Inintéressant. » Pablo non plus ne semble pas piger grand-chose à la tambouille Enriquesque. Il évoque lui aussi « des décisions étranges, comme celle de préférer Morata, qui ne marque pas un but, à Gerard Moreno, qui sort de la meilleure saison de sa carrière, ou de jouer avec Marco Llorente latéral droit alors qu’on sait qu’il est meilleur au milieu du terrain. »

La Roja triomphante était celle de Xavi et Iniesta

En réalité, plus on creuse, plus on se dit que la théorie de Futre semble aussi bancale que le projet de jeu de l’ancien coach du Barça. D’ailleurs, quand on regarde dans le rétro du foot espagnol, on se rend vite compte que la Roja des années fastes (2008-2012) n’a jamais vraiment été estampillée Casa Blanca. « Le Madridisme n’était déjà pas triomphant à l’époque, valide Boudet. Par exemple, dans l’équipe championne d’Europe en 2008, t’as qui ? Ramos et Casillas, c’est tout. Et ça n’empêchait pas les Madrilènes de se sentir pleinement identifié à la sélection. » Une sélection dont le style de jeu était d’ailleurs basé sur le tiki taka des Blaugranas, avec le duo Xavi-Iniesta à la baguette.

Au fil de la discussion, Pablo finit tout de même par admettre qu’en tant qu’amoureux du football et du beau jeu, et pour ne pas sombrer dans la dépression la plus totale devant cet Euro 2021, « on va forcément un peu plus s’intéresser à des équipes comme la France ou le Portugal ». On y vient, tout de même ! « Mais ça ne va absolument pas remplacer notre sélection de cœur », ajoute-t-il. Joder… « Si le Portugal gagne l’Euro, on ne va pas voir des scènes de liesse à Madrid, ou alors t’auras dix mecs à tout casser ! Après, si c’est les Bleus qui vont au bout, oui, on sera content pour Benzema et Varane, mais ça n’ira pas plus loin. » Bon été quand même, les amis.