Football : La Copa America aura-t-elle lieu au Brésil ? Neymar et ses coéquipiers disent non

CACOPHONIE La Cour suprême du Brésil doit se prononcer jeudi sur la tenue ou non du tournoi continental. Les joueurs de la sélection auriverde se sont déclarés « contre », mais ne prévoient pas de boycott

X. R.

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La star brésilienne pourrait-elle refuser de mettre ses crampons ?
La star brésilienne pourrait-elle refuser de mettre ses crampons ? — Jorge Saenz/AP/SIPA

Prévue il y a un an en Argentine et en Colombie, puis reportée, avant d’être déplacée au Brésil à la dernière minute, la Copa América aura-t-elle seulement lieu ? Alors que l’ouverture du tournoi est prévue dimanche à Brasilia, un nouveau rebondissement vient remettre en cause la tenue de la compétition.

Saisie par des recours d’un syndicat et d’un parti de gauche, la Cour Suprême du Brésil a annoncé mardi soir dans un communiqué qu’elle statuera en urgence jeudi « au sujet de la réalisation de la Copa América au Bresil ». La « session virtuelle extraordinaire d’une durée de 24 heures » doit permettre aux 11 juges de voter tour à tour par écrit, sans débat.

Très controversée dans un pays durement touché par la pandémie de Covid-19, l’organisation de la Copa América a pris une dimension politique. Le président d’extrême-droite Jair Bolsonaro a immédiatement accepté la demande de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) d’accueillir la compétition après les désistements de l’Argentine et de la Colombie, provoquant une forte incompréhension dans le pays.

Si la Colombie est touchée par une vague épidémique en plus de troubles sociaux graves, la situation en Argentine est bien moins préoccupante qu’au Brésil, où 475.000 personnes sont mortes depuis le début de la pandémie. Le pays a par ailleurs vu l’émergence du variant Gamma (nouveau nom du variant brésilien) et est sous la menace d’une troisième vague depuis l’apparition de plusieurs cas liés au variant Delta (le variant indien).

Une affaire politique

Le choix de Bolsonaro est donc largement critiqué, et la position de l’équipe nationale scrutée avec attention. Dès l’apparition de rumeurs concernant l’opposition de la Seleçao au tournoi, le sélectionneur Tite a été traité de « gauchiste » sur les réseaux sociaux, tandis que le sénateur Flavio Bolsonaro, fils aîné du chef de l’Etat, avait demandé aux joueurs de « ne pas se laisser manipuler » et de tout faire pour « éviter un boycott ».

A l’inverse, le sénateur Renan Calheiros, farouche opposant à Bolsonaro, a incité Neymar à refuser de disputer « le championnat de la mort ». Mardi soir, en marge de leur victoire en match éliminatoire de la Coupe du Monde 2022 contre le Paraguay (2-0), et au moment même où la Cour Suprême était saisie, les joueurs se sont exprimés sur leurs réseaux sociaux dans un texte commun.

« Pour diverses raisons, qu’elles soient humanitaires ou professionnelles, nous sommes insatisfaits de la façon dont la Conmebol a géré la Copa América. Nous sommes contre l’organisation de la Copa América, mais nous ne dirons jamais non à la sélection brésilienne. » Neymar et ses coéquipiers ont donc coupé la poire en deux, mêlant opposition et refus du boycott, ajoutant qu'« à aucun moment nous n’avons voulu que cette discussion prenne une dimension politique. » Pour savoir si la Seleçao jouera bien son match d’ouverture dimanche contre le Venezuela, il faudra donc attendre… vendredi matin, au plut tôt.