Liverpool-PSG: «Je suis une sorte de geek des touches»… On a discuté avec le premier coach de touches au monde

FOOTBALL Le Danois Thomas Gronnemark travaille aujourd'hui avec le club de Liverpool...

Propos recueillis par Aymeric Le Gall

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Thomas Gronnemark, le plus gros mordu de touche au monde.
Thomas Gronnemark, le plus gros mordu de touche au monde. — Capture d'écrans throwin.dk

A 43 ans, Thomas Gronnemark a déjà vécu plusieurs vie. Après avoir tâté un peu de football quand il était môme, ce touche-à-tout a ensuite représenté les couleurs du Danemark en athlétisme (sur 100, 200 et 400 mètres) avant de se mettre au bobsleigh. Finalement, il décide de revenir à son premier amour, le football. Enfin, presque. Recordman du monde de remise en jeu (si, si, ça existe) avec un jet à 51,33 mètres, Gronnemark a décidé de se lancer dans le coaching des touches.

Après avoir fait ses armes au Danemark, d’abord au AC Horsens puis au FC Midtjylland, il a été repéré par Jurgen Klopp, l’entraîneur de Liverpool. Une prise de contact et une première rencontre plus tard, le coach des Reds décide de l’embaucher pour occuper un poste qui n’existait pas jusqu’alors dans le foot de très haut niveau. Avant Liverpool- PSG, Thomas Gronnemark a accepté de nous en dire un peu plus sur cette passion déroutante, mais loin d’être inintéressante.

Avant d’en venir aux touches, pouvez-vous nous dire pourquoi le football n’a jamais fait beaucoup appel à des entraîneurs spécialisés selon les séquences de jeu ?

C’est vrai que comparé à d’autres sports, notamment des sports US, le foot a été un peu lent à tenter l’expérience des coachs de skills et je crois que ça tient à son histoire. Historiquement, une équipe de foot a un manager ou un entraîneur, un entraîneur adjoint, un entraîneur de gardien et c’est tout. Et pour ce qui est des touches, je crois que pour les coaches, les joueurs ou les commentateurs, une touche ce n’est qu’une touche, ce n’est pas quelque chose d’important. Pourtant il y en a entre 40 et 50 par match. De plus, comme on ne peut pas être hors jeu sur une touche, ça peut très vite devenir une véritable arme offensive.

Vous distinguez trois types de touche lors de vos exercices, c’est ça ?

Oui, il y a la touche longue, qui fait office de corner ouvert, la touche rapide pour mener une contre-attaque et la touche intelligente qui permet de garder le contrôle du ballon quand l’équipe est sous pression. La touche longue, on peut facilement l’améliorer avec de l’entraînement, il est assez simple de gagner entre 5 et 10 mètres sur un lancé. Il y a entre 25 et 30 aspects techniques qui entrent en jeu pour une touche longue. C’est un geste que les latéraux, en priorité, doivent travailler.

Vous adaptez chaque type de touche en fonction du style des équipes ?

Bien sûr, chaque équipe peut utiliser les trois types de touches durant un match, mais il est certain que si vous avez surtout de grands joueurs puissants, les longues touches vers le but doivent être privilégiées. Par exemple, mon équipe de Midtjylland, qui entre dans cette catégorie, a marqué 10 buts la saison dernière sur des longues touches, ce n’est pas rien. A la différence, à Liverpool, puisqu’ils n’ont pas une équipe avec forcément de grands joueurs, ils doivent plus se focaliser sur les deux autres types de touches. Après, ça ne veut pas dire qu’ils ne doivent pas de temps en temps faire de longues touches. Joe Gomez par exemple, je pense qu’il peut devenir l’un des meilleurs lanceurs du monde.

Et hop, un petit cours gratos.

Depuis quand vous intéressez-vous particulièrement aux touches ?

Depuis que je suis gosse en fait. Ça peut paraître bizarre, et je le comprends, mais j’ai toujours aimé les touches. Je suis une sorte de geek des touches.

Peut-on dire que vous êtes l’inventeur de ce métier ?

Dans le sens où je suis le seul entraîneur de touches au monde, j’imagine qu’on peut dire que j’en suis l’inventeur, oui.

Comment avez-vous convaincu le premier club de vous embaucher ?

Au Danemark, j’étais assez réputé pour ça donc ça n’a pas été difficile de convaincre mes premiers clubs de m’embaucher. Il a suffi que je répète ce que je vous ai dit : qu’il y a entre 40 et 50 touches par match et qu’une équipe perd souvent le ballon sur une touche quand elle est sous pression. A mon sens, ça paraît normal qu’une équipe travaille ce genre de situations.

Quelle a été la réaction des joueurs la première fois que vous avez travaillé les touches avec eux ?

Certains rigolaient et les autres étaient plutôt sceptiques. Mais quand ils ont vu les effets immédiats en match, ils s’y sont tous mis avec plaisir et ça les a intéressés.

Vous diriez que vous apprenez chaque jour de nouvelles choses à propos des touches ?

Oui, chaque jour je réfléchis sur ce sujet, je le mets en pratique et je vois les résultats. Je trouve ça assez excitant et ça peut apporter énormément au football je pense.

Au moment de vous lancer, vous avez recherché des bouquins ou des études sur le sujet, c’est exact ?

Oui. C’est une situation tellement courante durant un match de foot que je pensais trouver des choses à ce sujet mais il n’y avait rien. J’ai été très surpris que personne n’ait jamais réfléchi là-dessus. J’ai donc dû apprendre ça par moi-même, j’y ai travaillé au moins six mois avant de maîtriser totalement le sujet.

Vous pourriez écrire quelque chose à ce sujet, théoriser les touches en quelque sorte ?

Oui, parfois j’y pense. Je propose déjà des cours en ligne. Peut-être ferais-je quelque chose plus tard de plus conséquent mais pour le moment je suis très pris par les entraînements.

Comment vous avez réagi quand vous avez appris que Jürgen Klopp voulait vous parler de ça ?

C’était fantastique ! Il m’a appelé personnellement, c’était juste incroyable. J’ai toujours cru que ça finirait par intéresser les grands clubs, mais je me disais que ça arriverait dans 5 ou 10 ans. Alors quand il m’a proposé ensuite de venir travailler à Liverpool, j’étais comme un dingue.

Quel est votre rythme de travail avec Liverpool ?

Ça dépend, c’est très variable. Entre mi-juillet et fin août, j’ai énormément travaillé avec eux. Aujourd’hui c’est un peu plus espacé car ils jouent tous les trois jours, mais je ne rate aucun match, je les analyse tous et je note ce que l’on peut encore améliorer. Je suis en contact régulier avec le club.

Sur les onze dernières saisons, Liverpool n’a marqué que quatre buts suite à une touche. Il y a de quoi faire !

Oui, je pense qu’on peut vraiment beaucoup progresser. Après, évidemment que ça serait chouette que Liverpool marque de plus en plus de buts après une phase de touche, mais le plus important à mes yeux c’est que le club continue de connaître beaucoup de succès.

Pensez-vous qu’à l’avenir, votre cas va faire tache d’huile ?

Oui. Encore une fois, quand on voit le nombre de touches qui sont effectuées dans un match, je trouve que ça serait stupide de ne pas y consacrer du temps à l’entraînement.

Mardi soir, en plus de tout le reste, le PSG va donc devoir se méfier des touches de Liverpool.

Oui, c’est sûr. Si j’étais défenseur du PSG, je me méfierais beaucoup. Pas forcément des longues touches car je ne crois pas qu’ils vont appuyer là-dessus, mais sur tout le reste ils vont devoir être très concentrés. Il faudrait qu’ils essayent de ne pas dégager en touche trop souvent. Mais même là, ça peut s’avérer dangereux car si en match vous faites attention à ne pas botter en touche, vous prenez le risque de dégager directement sur les joueurs adverses. D’ailleurs, je crois que le PSG aurait beaucoup à gagner à travailler les touches car avec les joueurs incroyables qu’ils ont dans leur équipe, ça pourrait faire très mal aux adversaires.