Ajaccio-Le Havre: «Les insultes, les coups et le racisme»... Exfiltrée des tribunes, une députée raconte ce match «apocalyptique»

FOOTBALL Agnès Firmin assure que le président du Havre a été frappé dans le dos…

Propos recueillis par B.V.

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La bagarre entre Ajaccio et le Havre
La bagarre entre Ajaccio et le Havre — AFP

C’est en tant que supportrice du Havre, « depuis des années », qu’elle avait fait le déplacement en Corse. Pour le match de pré-barrage pour la montée en Ligue 1 entre Ajaccio et le HAC, la députée de Seine-Maritime Agnès Firmin était assise en tribunes aux côtés du président havrais, Vincent Volpe. Elle raconte cette soirée « apocalyptique ».

Avez-vous senti la ferveur populaire dès votre arrivée à Ajaccio ?

La préfecture avait pris les mesures nécessaires pour protéger l’équipe dès son arrivée à l’aéroport. Les forces de polices étaient très nombreuses – il faut le déplorer, car ce n’est pas ça le sport - mais c’était ce qu’il fallait pour protéger l’équipe dans son installation à l’hôtel puis au stade. L’arrivée au stade s’est bien déroulée, il y avait la pression normale d’un match, avec des sifflets pour l’équipe adverse. Puis les insultes racistes ont commencé : « Ramasseur de coton, Français de merde », j’en passe et des meilleures. C’est notre rôle d’insister là-dessus : les insultes racistes ne peuvent pas exister, ce n’est pas possible.

Les insultes étaient aussi en votre direction, donc dans la tribune ?

Oui. Elles étaient répétées de façon courante depuis la tribune présidentielle. Je ne sais pas de qui elles provenaient. Ne pas se retourner, ne pas répondre, c’était très dur. Le match démarre, les insultes continuent. Ajaccio marque, tout se passe bien. Le Havre égalise, la pression monte et ça commence à se compliquer. Arrivent la prolongation, on monte encore d’un ton. Puis le penalty est sifflé par l’arbitre [ndlr : sur une situation de jeu rarissime] et c’est monté d’un seul coup lorsque Jean-Philippe Mateta marque le but et que le staff havrais se lève…

Vous subissez à ce moment-là une pression physique dans la tribune…

Oui, la pression verbale est devenue physique. Un projectile a été lancé en direction du président du HAC, Vincent Volpe. Je n’ai pas réussi à voir de quoi il s’agissait. Il reçoit aussi un coup de pied dans le dos de la part de quelqu’un dans la tribune. Autour de nous, et heureusement, des agents de sécurité nous ont protégés et nous ont exfiltrés, je ne vois pas d’autre mot. C’est hallucinant.

Où vous amènent-ils ?

Dans le vestiaire, d'où on a regardé la fin du match sur un téléphone. On ne calcule rien, on est très obéissant et on fait ce qu’on nous dit de faire. On s’est retrouvé dans le vestiaire un peu désemparé, consterné. Je cherche le meilleur adjectif pour qualifier cette soirée, mais je ne le trouve pas : désolant, consternant, apocalyptique, c’est un peu tout ça à la fois…

Quel sentiment vous habite aujourd’hui, avec un peu de recul ?

On est encore à chaud. On peut regretter beaucoup de choses, mais j’insiste beaucoup sur les propos injurieux, les insultes racistes et les coups. On ne doit plus, on ne peut plus tolérer ça. Le terrain a été envahi avant la fin du match… L’entraîneur, qui était expulsé, est revenu sur la pelouse avant la fin du match… Ça fait beaucoup.

Vous demandez des sanctions contre le club corse ?

J’imagine qu’il y en aura. Je ne sais pas s’il faut en tirer des leçons. Le rôle de la Ligue est de faire en sorte que les prochaines équipes, à commencer par Toulouse mercredi, qui viennent jouer ici puissent le faire dans des conditions de sécurité et de sérénité. C’est ça le sport. Hier le foot n'est pas sorti grandi de cette affaire. Je regrette aussi l’absence de réaction de la Ligue de foot. Même un simple communiqué pour dire qu’il y a un process, des commissions, ça aurait peut-être juste suffi. On peut se poser des questions sur la communication de la Ligue. Surtout que, maintenant, il y a des moyens pour pouvoir réagir assez rapidement, comme les réseaux sociaux.

L’entraîneur du Havre disait qu’il était dégoûté du foot après la rencontre. Vous l’êtes aussi ?

On peut l’être. L’entraîneur était dans son match, les joueurs et le staff vivent ça comme une injustice et on peut les comprendre. Maintenant, c’est le résultat du terrain. Mais avec ce qu’il s’est passé hors du terrain, le sentiment d’injustice est légitime. Vu ce qu’ils ont subi comme pression depuis vendredi… Le geste de Mateta est maladroit mais pas méchant. Il faut voir la pression dans laquelle les joueurs étaient depuis 48 heures, c’est juste pas possible. Je tiens d’ailleurs à saluer l’exemplarité du comportement de l’équipe havraise durant toute cette histoire. Les propos de l’entraîneur ont été dans ce sens durant la causerie ont été en ce sens : ne pas réagir, ne pas sur-réagir. Sans ça, ça aurait pu très mal tourner…