Saison moyenne, zéro progression, déjà-vu... Faut-il s'inquiéter pour Pogba avant le Mondial en Russie?

FOOTBALL Le niveau du milieu mancunien semble stagner depuis son arrivée à Manchester...

Aymeric Le Gall
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Paul Pogba.
Paul Pogba. — Philip Oldham/BPI/Shutt/SIPA
  • Après quatre belles saisons du côté de la Juve, Pogba est arrivé à Manchester dans la peau d’un top player.
  • Sauf que depuis, on peine à retrouver trace du grand joueur qu’il était en Italie.
  • A quelques semaines du Mondial en Russie, les doutes n’ont pas été ôtés.

Ce qui est pratique quand on bosse sur le sujet Paul Pogba, c’est qu’on n’a pas besoin de se creuser la soupière pendant trois plombes pour savoir ce qu’on va écrire. Oui, depuis qu’il a quitté la Juve pour revenir à Manchester United, tout tourne toujours autour de la question de son niveau de jeu réel. Il n’y a qu’à lire les titres des deux derniers papiers un peu fouillés qu’on a faits sur lui pour le constater.

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Bon, en fin de saison dernière, on pensait tout de même que l’opus 2017-2018 serait celui du retour de la force. Celui où Pogboum, avec le Mondial 2018 en Russie dans le viseur, allait tout cartonner pour débouler chez Vladimir Poutine avec la chapka d’intouchable en Bleu.

Sauf que, malheureusement pour lui (et pour nous), on est de retour au point mort. Auteur d’une saison moyenne avec United, Pogba n’est même pas un titulaire indiscutable aux yeux de José Mourinho, qui lui préfère les immenses Fellaini, Herrera ou McTominey. D’où cette question simple avant les deux matchs amicaux à venir pour les Bleus (contre la Colombie et la Russie): est-ce que Pogba a arrêté de progresser depuis bientôt deux ans ?

Pour le savoir, on a posé la question à ceux qui l’ont côtoyé gamin et qui suivent encore aujourd’hui les perf’de la Pioche.

« Si on regarde comme ça, de loin, effectivement on se dit qu’il est beaucoup moins performant à Manchester qu’il ne l’a été à la Juve, y a pas photo », lâche Nordine Raho, l’un des formateurs de Pogba lors de son passage au Havre. Pour Sambou Tati, président du club de Sucy-en-Brie, qui a vu éclore la bête, impossible de dire autre chose : « Ah mais c’est indéniable, ce n’est pas le même Pogba qu’on voyait briller à la Juve. A Manchester, quand il joue, il force sa nature de jeu. Il veut un peu tout faire, il force son jeu et ça ne lui réussit pas forcément. »

Relancés plusieurs fois sur le thème de la progression de l’ancien de la Vieille Dame, on n’a pas réussi à gratter d’autres déclas bien senties. Et en même temps, y avait-il autre chose à rajouter ? Si Pogba n’est pas fou en ce moment, s’il ne l’est pas depuis son arrivée à Manchester à l’été 2016, c’est donc qu’il n’a pas progressé. CQFD.

Mais alors, qu’est-ce qui cloche ?

Là, deux pistes nous sont données. On les détaille.

  • Pour Nordine Raho, c’est la relation de Pogba avec son coach qui est le moteur de ses performances.

« Honnêtement je ne pense qu’il ne faut pas chercher de grosses explications. Simplement, Paul est quelqu’un d’affectif, qui a besoin qu’on sente qu’on veut de lui, qu’il est important pour une équipe, qu’il sente que ça se passe bien avec son entraîneur, qu’il est aimé. Dès l’instant où il ne sent pas ça, son rendement s’en ressent et il est tout de suite moins performant. Quand il était à Manchester sous Ferguson, ça ne se passait pas très bien et il est parti. A la Juve, avec Conte, ça se passait super bien parce qu’il l’avait pris sous son aile, ils avaient presqu’une relation père-fils et on a vu les résultats derrière. Là, il retourne à Manchester et tombe sur Mourinho. Bon… »

  • Pour Sambou Tati, c’est avant tout un problème d’adaptation au championnat anglais qui est la cause de cette non-progression.

« Moi je poserais une autre question : est-ce que le championnat anglais est fait pour le jeu de Paul ? J’en doute. Personnellement, je pense qu’il serait plus épanoui en Espagne, c’est plus technique, c’est plus ouvert, à la différence du jeu anglais, du box-to-box, qui me semble moins lui convenir. »

Le totem en équipe de France

Très bien, mais une fois qu’on a dit ça, on va où, on fait quoi ? Parce qu’à l’arrivée, il y a un Mondial à jouer et ce ne sera ni de la faute de la Premier League ni de celle de Mourinho si Pogba se manque. Car même si le jeu que le Portugais fait pratiquer à son équipe est aussi captivant qu’un épisode de Derrick à l’heure de la sieste, il faut aussi que le joueur prenne ses responsabilités. Pourtant, les anciens éducateurs de Pogba ne donnent pas l’impression de s’en faire pour lui dans l’optique de la Coupe du monde.

Nordine Raho : « Selon moi, il fera partie des onze de départ. On sait que c’est un gamin qui, sur les grandes occasions, va répondre présent. Moi je ne me fais aucun souci pour Paul en Russie, je suis certain qu’il va répondre présent. Et même si la concurrence est costaud, avec Rabiot, Kanté, Matuidi, je pense qu’il fera partie du milieu de terrain, indiscutablement. Après, ça va être à lui de finir la saison en boulet de canon. Parce que Deschamps ne fera de cadeau à personne, ça va être à lui de se bouger pour montrer qu’il la mérite sa place. »

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Sambou Tati : « C’est une évidence. Son influence au milieu, son charisme, sont indispensables. A mon sens, et je ne dis pas ça parce qu’il est passé par chez nous, c’est un titulaire indiscutable en Bleu. C’est un gagnant, il insuffle un truc de particulier aux gars qui sont autour de lui. Pour moi, si Deschamps joue en 4-3-3, le milieu on le connaît : Matuidi, Kanté, Pogba. Après, s’il joue en 4-2-3-1, ça va être la guerre entre Kanté et Matuidi. Il saura se mettre à la hauteur de l’évènement. »

Et vu les récentes déclas de Didier Deschamps à son sujet, on n’est pas loin de penser que nos deux témoins sont assez proches de la réalité. « Il a une période plus compliquée, oui. Evidemment que c’est une situation qu’il ne doit pas apprécier par rapport à ce qu’il a pu faire, évidemment qu’il ne peut pas être heureux de ce qu’il est en train de vivre dans son club, a concédé le sélectionneur. Mais je sais ce que Paul est capable de faire. Il peut ponctuellement avoir un passage un peu plus difficile, ça ne change pas ce que je pense de lui. » Non, mais on espère juste pouvoir changer ce qu’on écrira sur lui à l’avenir.