Coupe de France: A quoi va ressembler le héros (amateur) du week-end?

FOOTBALL Notre portrait robot du joueur qui va faire trembler les clubs de Ligue 1 en 32es de finale…

Julien Laloye

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L'équipe de Quevilly a été finaliste de la Coupe de France en 2012.
L'équipe de Quevilly a été finaliste de la Coupe de France en 2012. — BEAUFILS/SIPA

Vous ne le connaissez pas encore. Vous l’oublierez aussitôt. Mais lundi, on ne parlera que de lui. Lui, c’est le type qui va sortir un club de L1 ce week-end grâce à but tout moche ou à un plongeon décisif au cours d’une séance de tirs au but au couteau dans un bled paumé de la Sarthe ou du Périgord. La magie des 32es de finale de la Coupe de France, comme dirait l’autre. 20 minutes vous livre en exclusivité le portrait-robot du joueur de CFA2 ou de DH qui va sortir de l’anonymat pour 24h (ou plus, si l’aventure se prolonge).

Le revanchard recalé du centre de formation

Le classique, voire le cliché. Peut-être, mais un cliché n’en reste pas moins une vérité. Le foot amateur français de haut niveau, pas celui du dimanche avec les potes sur le stabilisé d’à côté, regorge de joueurs qui auraient tout à fait eu leur place en L1 si la vie avait été moins salopiote à un moment. Le type qui a fait un centre de formation, parfois plusieurs, et qui n’a jamais percé. Vous vous souvenez de Réginald Becque, le capitaine de la fabuleuse épopée calaisienne en 2000 ? Pas juste un brave gars, mais un bon joueur de foot, passé par les centres de formation de Valenciennes, du Havre, et de Niort.

« J’ai utilisé toutes les possibilités, je me suis donné tous les moyens pour devenir footballeur professionnel, j’ai même fait partie de l’équipe de France de jeunes. Je ne sortais pas trop, je faisais attention à mon alimentation. Bon, voilà, ça n’a pas marché », résume le garçon dans Le Monde 16 ans après. C’est dire qu’il n’est pas passé loin. Avec un peu de chance, le revanchard-recalé-du-centre-de-formation a même joué un peu en pro, tel Régis Castant, buteur inoubliable de Libourne contre Lyon en 2003.

>> Notre pari pour ce week-end: Dolan Bahamboula, attaquant de Saint-Geneviève (CFA2), qui reçoit Caen.

L’attaquant talentueux du service des sports de la mairie

Une espèce particulière. L’attaquant- talentueux-du service-des-sports-de-la-mairie est en général une pépite bien connue des gens de son quartier depuis qu’il enchaînait les grands frères au pied de l’immeuble à 8 ans. Souvent rapide, joueur de côté, et bon dribbleur, il a « Un Ben Arfa » dans chaque crampon les bons jours, mais le même sens du remplacement défensif que le Parisien tous les jours. La vie n'a pas forcément été facile avec lui mais il s’en est sorti grâce à son talent inné et un petit coup de main du service jeunesse local.

Exemple ? Aissa Yahia Bey, qui avait fait rêver tout Chambéry en 2011. Trois clubs de Ligue 1 éliminés, Monaco, Brest, Sochaux, des buts monstrueux et une belle histoire à vendre aux médias. Un petit gars d’Echirolles, le dernier d’une famille de huit frères et sœurs, qui a toujours évité les balles perdues et même poussé jusqu’au bac, sans jamais tirer la couverture à lui ( papier du Dauphiné de l’époque). « C’est le club qui compte, sans les copains, je ne peux rien, et notre coach David Guion dont l’intelligence me fascine ».

>> Notre pari pour ce week-end: Florian Jegu, milieu offensif de l’US Grainvillaise (CFA), qui reçoit Angers

Le type moyen qui en profitera pour taper un contrat dans un club pro

Celui-ci est un cas à part. Milieu de terrain de devoir ou gardien historique du club, il n’a jamais rêvé d’être pro. Enfin si, mais il sait qu’il n’avait pas vraiment le niveau. Ce qui ne l’empêche pas de rouler sur son homologue international reconnu d’une grande sélection européenne le temps d’un match sur un terrain gelé de la Meuse. Une performance inespérée qui lui vaut de ne plus payer un verre dans les bars de la ville pendant les dix années qui suivent, et même de signer dans un club de L1, parfois.

Ainsi, Alban Joinel, gardien du Carquefou relégable en CFA2, qui a poussé jusqu’aux quarts de finale en sortant notamment l’OM de Nasri et Cissé. Un beau parcours qui lui a valu de signer à Lorient, où il jouera un match en trois ans. « J’ai basculé dans une autre dimension, se rappelle le jeune homme sur France Football. J’ai signé pro à Lorient. Malheureusement, j’étais le seul de l’équipe. J’avais vingt-sept ans, j’avais fait une croix dessus… Evidemment, je n’étais que troisième gardien. Mais être pro, avec Christian Gourcuff comme entraîneur, Olivier Monterrubio et Marama Vahirua comme coéquipiers… Je suis arrivé comme un petit garçon, et je me suis rendu compte qu’ils étaient comme moi. C’était inespéré et fabuleux ».

>> Notre pari du week-end Pierrick Stubert, gardien de Croix (CFA), qui reçoit Saint-Etienne

Le défenseur maladroit qui va péter l’un des meilleurs joueurs du monde (et le regretter toute sa vie)

Lui n’est pas vraiment le héros qu’il aurait voulu être. Le-défenseur-maladroit-qui-va péter-l’un-des-meilleurs-joueurs-du-monde-et-le-regretter-toute-sa-vie est pourtant un gros nounours adorable, le défendront ensuite ses coéquipiers traumatisés. Même pas spécialement dur sur l’homme, il n’a pas pris un carton rouge depuis cinq ans en championnat. Souvent capitaine, il est le fils spirituel du coach et son relais sur le terrain. Bref, un type bien qui va passer un sale quart d’heure à cause d’un tacle mal maîtrisé.

Rappelez-vous Soner Ertek, défenseur de Chasselay qui a coûté ses ligaments (et un peu de sa carrière) à Falcao, alors l’un des meilleurs attaquants du monde avec Monaco. Le garçon avait fini harcelé par les fans colombiens, comme il le rapportait au Progrès. « Je suis dépassé par ce qu’il se passe. Je le répète, je suis vraiment désolé pour Monaco, pour Falcao mais c’est très compliqué pour moi. Dès mercredi, j’ai reçu des demandes d'"amis" de Colombie sur ma page Facebook dont le compte a été fermé depuis. "Un faux compte officiel Twitter à mon nom a aussi été créé où il s’écrit n’importe quoi. Je veux que cela cesse ».

>> Notre pari du week-end : Robin Chazalon (Jeanne d’Arc de Biarritz), Yoann Gourcuff, Un ballon au milieu, et là, le drame.

Le coach donneur de leçon qui veut son contrat dans l’élite

Spécimen attachant autant qu’agaçant, le-coach-donneur-de-leçon-qui-veut-son contrat-dans-l’élite n’a rien contre prendre un peu de lumière pour expliquer que quand même, le foot c’est pas juste onze types qui courent mais aussi un entraîneur qui organise et qui permet l’exploit contre les gros poissons. D’ailleurs, il n’aurait rien contre jouer les plus gros poissons un peu plus régulièrement, à la tête d’une honnête équipe de milieu de tableau de L1, Montpellier ou Caen par exemple.

Ladislas Lozano, le 3 mars 2000.
Ladislas Lozano, le 3 mars 2000. - THOMAS JEAN-PAUL/SIPA

 

Ladislas Lozano, gourou charismatique de Calais, a souvent été imité, mais jamais égalé. Propos de l’époque, repiqués sur Libération : « Mais cette équipe-là, c’est mon oeuvre à moi et personne ne me l’enlèvera. Jamais. On a dit aussi que si Calais est arrivé en finale, c’est grâce aux centres de formation du football français ! Mon cul ! J’ai récupéré des joueurs brisés par le foot pro. Je les ai soignés, remis sur pied, modelés à mon image. Cette équipe, je la tiens dans ma main. Elle me suit aveuglément ». Le seul à s’en être rapproché depuis ?  Régis Brouard et sa crinière magnifique avec Quevilly.

>> Notre pari du week-end: Michaël Isabey, ancien joueur de Sochaux désormais coach de Besançon (CFA2), qi reçoit Nancy

Bonus : L’antihéros, le remplaçant de L1 qui va plomber son club comme un grand

Moins un concept qu’un nom. J’ai nommé Baky Koné. Les vrais savent (enfin les Lyonnais surtout).