«Il savait qu'il fallait changer», on vous raconte le Pays-Bas-France qui a fait décoller Dimitri Payet

FOOTBALL Le Réunionnais, qui n'avait jamais réussi à s'exprimer en Bleu, y est enfin parvenu à Amsterdam juste avant l'Euro...

Nicolas Camus

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Dimitri Payet avait réussi son retour en Bleu lors de Pays-Bas-France, le 26 mars 2016.
Dimitri Payet avait réussi son retour en Bleu lors de Pays-Bas-France, le 26 mars 2016. — PIERRE RAPHAEL/SIPA

De notre envoyé spécial à Amsterdam,

Sûr qu’au moment d’atterrir à Amsterdam, dimanche midi, il a dû y penser. La capitale néerlandaise tient une importance toute particulière pour Dimitri Payet. Celle d’un lieu où il a enfin fait décoller sa carrière internationale. Il y a un peu plus de six mois, le milieu offensif débarquait ici dans la peau du revenant à qui on accorde une dernière chance. Etincelant avec West Ham, il avait obligé Didier Deschamps à le rappeler. Et bien préparé son coup.

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Jusqu’alors, son histoire avec les Bleus avait été faite d’incompréhensions et d’attentes jamais comblées. « Il a pris conscience pendant la période où il n’était pas en équipe de France que le pourquoi de son absence tenait à son investissement. Là, il avait bien compris ce qu’il avait à faire », rembobine Hosman Gangate. Ce cadre de la Ligue réunionnaise de foot est l’homme qui a remis le joueur en selle en 2003, alors qu’il venait de se faire éjecter du centre de formation du Havre. Ils ont renoué en janvier dernier, et sont restés très proches depuis.

Nous voilà fin mars, donc. Pour ce dernier rassemblement avant l’annonce de la liste des heureux élus pour l’Euro, les choses ont le mérite d’être claires pour Payet. Il se montre aussi décisif sur le terrain que concerné en dehors et il a de grandes chances d’en être, il se rate et s’en est fini de ses espoirs.

Concentré le gars.
Concentré le gars. - PIERRE RAPHAEL/SIPA

Présent à ses côtés à Londres le week-end précédent, Gangate se souvient très bien de l’état d’esprit dans lequel est parti son protégé. « Il était dans la logique de ses bonnes performances en club. Il voulait reproduire ça en équipe de France, où il n’était jamais parvenu à exprimer son potentiel. Ça passait par une implication supérieure et un comportement exemplaire, il le savait. »

Arrivé gonflé à bloc à Clairefontaine, Dimitri Payet prend l’initiative de demander un entretien avec Deschamps. « Pour qu’il le comprenne mieux. Dimitri est un affectif, il a besoin de se sentir impliqué dans le projet », explique son mentor. Accordé par le sélectionneur. « Ce qui s’est dit, ça leur appartient. Mais il a dû se passer quelque chose ». Titulaire face aux Pays-Bas (victoire 3-2 des Bleus), il joue simple, juste, efficace, et prouve qu’il peut apporter sa touche technique qui avait construit ses fondations sans lui. Bingo.

Voilà ce qu’en dira l’intéressé le lendemain :

 

 

Didier Deschamps, comme tous les joueurs amenés à s’exprimer à son sujet, n’aura que des mots élogieux à son égard. Sa rentrée face à la Russie quatre jours plus tard, agrémentées d’un coup franc soyeux en pleine lucarne pour fêter ses 29 ans, a achevé de convaincre tout le monde. Payet le premier. Le week-end suivant, il retrouve son ami. « Il m’a dit « je ne veux pas faire l’euro, je veux gagner l’Euro »», raconte ce dernier.

Ce n’est pas passé loin, et le milieu offensif, s’il a baissé de pied après les matchs de poule, en est sorti grandi. Son match face à la Bulgarie vendredi l’a encore confirmé, il est aujourd’hui inévitable dans le jeu tricolore. « J’étais conscient de ce qu’il était capable de faire. De là à ce qu’il prenne une influence aussi importante… », soufflait encore DD, dimanche, à la veille des retrouvailles.

« Moi j’essaie de lui dire que ça reste exceptionnel d’être en équipe de France. Ce n’est jamais banal, tempère Gangate. On se pose des questions sur l’attaque, sur qui faire jouer avec Griezmann, tout ça, mais pas sur Dimitri. Il apparaît comme indispensable à gauche. Il a du crédit, c’est bien, mais il faut toujours faire attention. Ça va vite dans un sens comme un autre. » D’Amsterdam à Amsterdam, de négociable à incontournable, Payet aura sûrement tout ça dans un coin de sa tête au moment d’entrer sur la pelouse de l’Amsterdam Arena lundi soir.