Euro 2016: Quand Payet ou Griezmann plantent, «il y a beaucoup de messages dans leur célébration»

FOOTBALL Mathieu le Maux, co-auteur avec son frère Baptiste du livre «Goal Celebrations», nous éclaire sur la signification des célébrations de buts des Bleus pendant cet Euro...

Nicolas Camus

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Dimitri Payet après son but lors de France-Albanie (2-0), le 15 juin 2016 à Marseille.
Dimitri Payet après son but lors de France-Albanie (2-0), le 15 juin 2016 à Marseille. — Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

C’est l’avantage du parcours poussif de nos petits Bleus depuis le début de l’Euro. Chaque but a compté, vraiment, et le fait qu’ils aient été souvent inscrits dans les dernières minutes pour sauver la patrie ajoute à leur intensité. Du coup, les célébrations ont donné lieu à des images fortes. La course de Payet face à la Roumanie ou son baiser déposé sur la chaussure de Griezmann, par exemple, nous filent encore des frissons. On a voulu savoir ce que ces célébrations disaient des Bleus, sur leur état d’esprit, leur souffle, leur envie. Mathieu le Maux, co-auteur avec son frère Baptiste du livre « Goal Celebrations » (Tana Editions), a accepté de nous donner un coup de main.

La course folle de Payet et Giroud qui le pousse dans le dos (France-Roumanie)

Dimitri Giresse Payet.
Dimitri Giresse Payet. - Martin Meissner/AP/SIPA

« Là, Payet à ce que j’appelle une vraie émotion. Il n’est pas dans quelque chose de préparé à l’avance, on a l’impression que lui-même n’en revient pas de ce qu’il vient de faire. C’est de l’émotion pure, ça m’a tout de suite fait penser à la joie de Giresse contre l’Allemagne en 1982, qui est une image mythique. On voit qu’il a le trémolo sous le menton, on sent qu’il est au bord de craquer, et Giresse c’était pareil. C’est le genre de joie que je préfère, spontanée, directe, pas travaillée. Je trouve que l’émotion passe vraiment. »

Penalty là Monsieur l'arbitre !
Penalty là Monsieur l'arbitre ! - Martin Meissner/AP/SIPA

« Quand Giroud le pousse ? Honnêtement, j’étais un peu en "colère" contre lui, pour deux raisons. D’abord il nous prive d’une bien plus belle cavalcade et de bien plus belles photos. Et puis il aurait pu le blesser ! A la vitesse où Payet va, il le fait super violemment, ça aurait pu faire mal. De manière générale, c’est toujours gênant de voir les mecs couper l’élan de leur collègue comme ça. Laissez-les faire leur délire jusqu’au bout ! »

Payet à l’horizontale contre le poteau de corner (France-Albanie)

Dimitri Payet après son but lors de France-Albanie (2-0), le 15 juin 2016 à Marseille.
Dimitri Payet après son but lors de France-Albanie (2-0), le 15 juin 2016 à Marseille. - Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

« C’est hyperspectaculaire. Le poteau de corner, dans l’histoire des célébrations, c’est là où tout a commencé, avec Roger Milla au Mondial 1990. C’est la première célébration mythique, et l’avènement de l’individualisation de la célébration. Là pour le coup, on avait plus l’habitude de voir Ibra faire ça que les autres. »

Il arrive encore à sauter haut à la 92e le petit.
Il arrive encore à sauter haut à la 92e le petit. - Claude Paris/AP/SIPA

« Un jour, Cahill, un joueur australien, a eu une phrase géniale un jour à propos d’une célébration avec un poteau de corner. Il l’avait boxé, comme un punching-ball. Après le match, on lui avait demandé pourquoi, et il avait répondu : "C'est pas moi, c’est lui qui a commencé". Je trouve ça marrant. »

Le baiser de Payet sur la chaussure de Griezmann (France-Irlande)

Non c'est toi le meilleur. Non c'est toi. Non c'est toi.
Non c'est toi le meilleur. Non c'est toi. Non c'est toi. - Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

« La première à laquelle je pense, c’est Moriero qui fait semblant de cirer la chaussure de Ronaldo, à l’Inter. C’est vraiment le signe d’allégeance ultime. Ça a beaucoup de sens. Payet, quand il fait ça, il est dans l’exact inverse du truc spontané. Là il sait que son geste, on va s’en souvenir. La signification forte, c’est presque comme si Payet se dédouanait d’avoir été la star du premier tour et qu’il passait le relais à Griezmann. Je ne veux pas faire de la surinterprétation ou de la psychologie de comptoir, mais pour avoir bossé dessus, je peux dire que les célébrations veulent dire beaucoup de choses. Les joueurs font passer beaucoup de messages. Est-ce que là c’était le cas, ou alors c’était juste un délire, je n’en sais rien. Mais vu de loin, le symbole est très fort. »

Griezmann et les remplaçants qui se sautent dessus (France-Albanie)

Antoine Griezmann célèbre son but face à l'Albanie, le 15 juin 2016.
Antoine Griezmann célèbre son but face à l'Albanie, le 15 juin 2016. - Thanassis Stavrakis/AP/SIPA

« Cette joie, elle est très, très belle… Ce qui frappe, c’est que les mecs y croient à fond. Jallet, Cabaye, ce sont les remplaçants et on sent qu’ils sont investis. Ce sont toujours des images fortes. Ça me penser à la célébration de Ribéry contre l’Espagne au Mondial 2006. Quand les mecs font ça, c’est toujours un signe de cohésion. Griezmann avait débuté sur le banc, les mecs avaient dû le chauffer, lui dire qu’il allait marquer, être important. »

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« Ce qu’il faut noter aussi avec ces célébrations collectives, où les mecs s’empilent comme ça, c’est qu’il y en a plus quand les mecs jouent pour leur sélection que pour leur club. Et notamment dans les grands rendez-vous. Pour moi, c’est parce qu’en club, les mecs marquent plus souvent, ils ont le temps de faire des nouvelles célébrations, d’y penser. Alors qu’en sélection, encore plus lors d’un grand tournoi, c’est rare. Les mecs n’ont pas le temps de prévoir ça. Ça les dépasse, ce n’est pas dans leurs habitudes. Ils préparent moins leurs trucs, ils sont plus dans la joie spontanée. »

L’hommage de Griezmann à Drake (France-Irlande)

Antoine Griezmann fête son but contre l'Irlande le 26 juin 2016.
Antoine Griezmann fête son but contre l'Irlande le 26 juin 2016. - Valery HACHE / AFP

« Ça c’est préparé, il l’avait déjà fait avec l’Atletico. Mais c’est marrant parce qu’il a expliqué qu’il n’y avait pas pensé sur ses premiers buts. Ça prouve bien que quand l’émotion est trop forte, les joueurs ne sont plus dans le calcul. En club, parfois, marquer c’est juste leur métier. Ils savent qu’ils vont en mettre 20 par an. Alors qu’avec leur équipe nationale, ce sont des moments plus rares. Ils savourent pleinement, dans la joie pure. »