Euro 2016: Pour Antoine Griezmann, la finale France-Portugal peut tout changer

FOOTBALL Pour passer du statut de belle promesse à grand joueur, il n'y a que les titres qui comptent, et ça commence avec la finale de l'Euro 2016, France-Portugal..

Nicolas Camus

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Antoine Griezmann salue le public du Vélodrome après son doublé en demi-finale de l'Euro, le 7 juillet 2016.
Antoine Griezmann salue le public du Vélodrome après son doublé en demi-finale de l'Euro, le 7 juillet 2016. — SIPANY/SIPA

Au Stade de France,

On l’attendait en meneur d’attaque des Bleus dans cet Euro, et rien que s’il avait réussi à tenir ce rang on aurait été très content. Mais non, Antoine Griezmann a décidé de faire bien plus que ça. Il a d’abord laissé Payet prendre la lumière, s’est remis de sa saison à rallonge avec l’Atletico Madrid, et puis quand ça a commencé à compter vraiment il a pris les choses en main. Doublé contre l’Irlande en 8e de finale, but contre l’Islande en quarts, nouveau doublé face à l’Allemagne pour battre le rival de toujours et offrir une finale au pays… Griezmann est devenu un nom qui ne lui appartient plus seulement. C’est celui de toute une génération en train de prendre la suite de Kopa, Platini et Zidane.

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Evidemment, tout cela ne sera gravé dans le marbre que s’il y a une victoire au bout, dimanche, contre le Portugal. C’est ce que tous, coéquipiers et sélectionneur, répètent depuis jeudi soir. Et c’est ce qu’il pense au fond de lui, nous a assuré Blaise Matuidi. Il y a une marge entre être celui qui amène une équipe en finale et être celui qui la fait entrer dans l’histoire. C’est pourquoi le rendez-vous de ce 10 juillet 2016 est un marqueur, un tournant pour ce joueur qui vient d’avoir 25 ans. Sur le plan sportif et extra-sportif.

« C’est simple, ça peut tout changer, résume Sébastien Bellencontre, son conseiller en image. Ce serait son premier titre, celui qui le ferait passer de joueur attendu à celui de grand sportif confirmé. Et donc entrer dans la cour des Zidane, Messi ou Ronaldo. » Pour l’instant, Antoine Griezmann n’est qu’un joueur qui a perdu une finale de Ligue des champions. Zidane, par exemple, avait gagné un peu plus que lui avant la Coupe du monde 98. A 26 ans, il était double champion d’Italie, mais il venait d’échouer deux fois de suite en finale de la C1 (tiens tiens…). Le 12 juillet l’a fait basculer dans une autre dimension, avec le Ballon d’Or qui a suivi.

Justement, ça parle beaucoup de cette récompense à Clairefontaine et dans les travées du Stade de France depuis vendredi. Le fait qu’il y ait Ronaldo en face n’y est d’ailleurs pas pour rien. On a comme l’impression que celui des deux qui gagnera cette finale - et a fortiori si c’est lui qui fait gagner son équipe - pourra préparer une petite place sur la cheminée. « Si par bonheur Antoine fait partie des candidats, tant mieux, ça sera bon signe pour nous », sourit Deschamps.

« Le Ballon d’Or, c’est ce qui change la donne, reprend son conseiller. Aujourd’hui, on est exactement là où on voulait être stratégiquement il y a un an et demi quand on a commencé à travailler ensemble. On est dans l’étape 1 d’un plan à plusieurs étages préparé avec lui. Son image est propre, elle plaît au plus grand nombre. Il acquiert sur cet Euro un statut européen. Si demain il remporte l’Euro et le Ballon d’Or, en 2017 on peut s’attaquer à l’échelle mondiale. »

Aujourd’hui, Griezmann compte 2,4 millions d’abonnés sur Twitter et 3,4 sur Instagram. Ronaldo, c’est 44 millions + 66 millions, Messi 47,7 millions (Instagram). C’est un indicateur qui a ses limites, mais qui montre à quel point le Portugais et l’Argentin transcendent les frontières. On trouve des maillots à leur nom partout dans le monde, les publicitaires s’arrachent leur image.

C’est ce vers quoi veut tendre le Français. A sa façon. « Il ne fera jamais du Neymar ou du Ronaldo car ce n’est pas un expansif, c’est quelqu’un de discret mais attachant. L’idée c’est de mettre ça en scène dans la limite de ce qu’il a envie de montrer. » Sébastien Bellencontre assure que Griezmann « est un homme très demandé ». Il a actuellement deux contrats à titre individuel (Puma et les casques Beats), et fait partie des cinq Bleus employés par la FFF pour ses spots avec ses partenaires.

Cela va bientôt se multiplier. De nombreuses marques au profil très divers ont tapé à la porte. « Dans les six mois après l’Euro, on va faire des choix, raconte son conseiller. Mais pas trop non plus. Il ne faut pas que les gens fassent une indigestion d’Antoine. L’important, c’est de mettre en place quelque chose qui correspond à ce qu’il est. » Ce qu’il est, ce dimanche matin, c’est un joueur en train d’affirmer son immense talent. Pour le foot comme pour le reste, on pourra toujours affiner s'il a le bonheur de se coucher champion d'Europe et meilleur buteur de l’Euro, quelque part entre lundi et mardi.