Euro 2016: OK, cette équipe de Pologne n’est pas glamour… mais ses matchs valent le coup d'œil

FOOTBALL Sans faire de bruit, la sélection polonaise se retrouve en quart de finale de l’Euro 2016, jeudi face au Portugal...

Nicolas Stival
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La Pologne de Kamil Grosicky et Robert Lewandowski jubile après la séance de tirs au but victorieuse contre la Suisse en huitièmes de finale de l'Euro, le 25 juin 2016 à Saint-Etienne.
La Pologne de Kamil Grosicky et Robert Lewandowski jubile après la séance de tirs au but victorieuse contre la Suisse en huitièmes de finale de l'Euro, le 25 juin 2016 à Saint-Etienne. — BPI/Shutterstock/SIPA

La Pologne est sans doute la plus discrète des huit rescapées de l’Euro. Moins surprenante que l’Islande, moins impressionnante que l’Allemagne ou l’Italie, la sélection dirigée par Adam Nawalka va disputer le quart de finale a priori le moins glamour, ce jeudi contre le Portugal. Si elle passe (relativement) inaperçue, ce n’est pas sans raison. Mais Lewandowski and co méritent aussi qu’on s’intéresse à eux. La preuve par cinq.

Oui, la Pologne ne fait pas forcément rêver…

1. Sa star ne marque pas

« Pichichi » des éliminatoires de l’Euro avec 13 buts, machine à scorer avec le Bayern Munich, Robert Lewandowski est toujours muet depuis le début de l’Euro. « Même s’il n’a pas marqué, il monopolise sans doute les défenseurs, et ça laisse de la place aux autres attaquants polonais », objecte Stéphane Guivarc’h, qui sait de quoi il parle.

2. L’équipe ne score pas beaucoup non plus

Trois buts inscrits en quatre matchs : deux par Blaszczykowski et un par Milik. Si toutes les équipes de l’Euro marquaient autant que la Pologne, on s’ennuierait ferme. Il faut dire que depuis le début de l’Euro, sa force repose sur son bloc défensif, qui n’a craqué qu’une fois : sur le ciseau d’extraterrestre réussi par le Suisse Shaqiri.

3. Des joueurs assez peu connus du grand public

Dix des 23 sélectionnés pour l’Euro évoluent en Ekstraklasa, la Ligue 1 polonaise. Pas forcément le championnat le plus suivi en France… Hormis l’inévitable Lewandowski, aucun joueur n’est connu du grand public qui s’intéresse au foot tous les deux ans, lors d’une Coupe du monde ou d’un championnat d’Europe. Les amoureux de la L1 suivent toutefois les performances du « supersub » rennais Kamil Grosicky ou de l’increvable Grzegorz Krychowiak (FC Séville), passé par Bordeaux, Reims et Nantes, avant de signer peut-être au Paris Saint-Germain.

4. Une équipe anonyme, jusque dans son camp de base

Si vous suivez un tantinet l’actu de l’Euro, vous savez que l’Islande réside à Evian et que la Suède a fait un bref passage à Pornichet. Et la Pologne ? Son camp de base est installé à La Baule, dans un anonymat à peu près complet. « Je pense que la ville passe à côté de quelque chose », se désole ainsi une restauratrice de la station de la Côte d’Amour, citée par Le Républicain Lorrain.

5. Des supporters (relativement) discrets

Les fans de la Pologne ont mis l’ambiance dans les stades. Mais moins que les Irlandais (du Nord et du Sud), les Gallois, les Islandais, voire les Suédois et les Hongrois. Certains ont dérapé : cinq Polonais ont été condamnés à Marseille après des incidents en marge du match contre l’Ukraine. Mais on a davantage parlé des hooligans anglais et russes…

Mais en fait, il faut la surveiller de près. Voici pourquoi…

1. Lewandowski va bien finir par se réveiller

Cristiano Ronaldo est sorti de sa torpeur lors du troisième match de l’Euro, contre la Hongrie, en inscrivant un doublé pour le Portugal. Discret en phase de poule, Eden Hazard a éclaboussé de son talent le huitième de finale entre la Belgique et la Hongrie, avec un but en prime. Forcément la star polonaise va aussi se réveiller et marquer.

2. Milik est un régal à voir jouer

OK, il est capable de vendanger d’incroyables occasions, comme face à l’Allemagne. Il n’empêche : voir évoluer Arkadiusz Milik est un plaisir d’esthète. Aussi élégant qu’athlétique, l’attaquant de l’Ajax Amsterdam est le parfait complément du big boss Lewandowski. Et, à 22 ans, il représente l’avenir de la sélection. Terreur des défenses néerlandaises, Milik est aussi du genre altruiste. Il a ainsi délivré six passes décisives pendant les qualifications de l’Euro. Seul le Slovaque Weiss a fait aussi bien.

3. Deux bons gardiens pour le prix d’un

Certains pays éprouvent les pires difficultés à sortir un gardien potable (coucou l’Angleterre). La Pologne peut s’appuyer sur deux portiers d’égale valeur qui, s’ils ne figurent pas parmi les meilleurs mondiaux, affichent un niveau plus qu’honorable. Le titulaire Wojciech Szczesny (AS Rome) s’est blessé à la cuisse dès le premier match contre l’Irlande du Nord. Depuis, Lukasz Fabianski (Swansea) assure l’intérim avec brio. Les attaquants suisses peuvent en témoigner.

4. L’équipe est en train de marquer l’Histoire

Les Bialo-czerwoni (Blanc et Rouge) ont brillé dans les années 1970 et au début des années 1980 avec les Lato, Deyna, Gadocha puis Boniek ou Szarmach. Médaillée d’or aux Jeux olympiques de 1972, troisième des Mondiaux 1974 et 1982, la Pologne peine en revanche à l’Euro. Eliminée au premier tour en 2008 et 2012, elle n’avait jamais gagné un match de phase finale avant de dominer l’Irlande du Nord (1-0) lors de la première journée de l’édition 2016. Elle a ensuite récidivé contre l’Ukraine (1-0).

5. C’est une question de gratitude : la France doit beaucoup à la Pologne

Un temps courtisé par la Pologne, le pays d’origine de son père, Laurent Koscielny a opté pour la France. Tant mieux, car le défenseur d’Arsenal est un îlot rocheux dans l’océan d’incertitudes que représente la défense de Didier Deschamps. Mais qui dit footballeur français d’origine polonaise dit surtout Raymond Kopa. Le meneur de jeu de Reims puis du Real Madrid, premier Ballon d’Or tricolore (en 1958), fait partie des plus grands Bleus de l’Histoire, avec Michel Platini et Zinédine Zidane.