Euro 2016: On a livré des pizzas un soir de match (et zyeuté les télés des clients)

FOOTBALL Reportage près de Marseille avec ces livreurs qui ratent tous les matchs de l’Euro pour remplir votre panse…

C.L.
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Dans une pizzeria à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) un soir de match d'Euro, le 23 juin 2016
Dans une pizzeria à Vitrolles (Bouches-du-Rhône) un soir de match d'Euro, le 23 juin 2016 — CL

A Vitrolles,

« Si vous voulez savoir si on vend beaucoup plus de pizzas pendant l’Euro, la réponse est oui ». A vrai dire, on ne se posait pas vraiment la question. On aurait bien pensé à faire un reportage avec les livreurs de muesli sans gluten. Mais de un, c’est dégueulasse. De deux, c’est pas trop la mode par ici (dans les Bouches-du-Rhône). Si vous ne vivez pas près de Marseille, il faut savoir qu’on tourne autour d’un camion de pizza pour 10 habitants dans le coin. Et quand ils ont les reins assez solides, certains investissent dans une boutique en dur. Comme Ka-Sy Pizza, restaurant de Vitrolles, dans lequel nous avons passé une soirée.

Presque toute l'équipe de
Presque toute l'équipe de "Ka-Sy Pizza" (vous l'avez?) - CL

Les questions absurdes qu’on a voulu éclaircir (Réponses à la fin) :

  • Combien d’olives sur la pizza ?
  • Une pizza par personne, c’est pas trop, on est d’accord ?
  • C’est vrai que si on a soif après une pizza c’est que la pâte n’a pas assez levé ?
  • La légende de la pizza « ++ », elle est vraie ou pas ?

La « folie » pour l’Espagne et l’Italie

A 18h quand on arrive, Guillaume et son crew de livreurs et pizzaïolos, essuient encore les plâtres de la veille. « C’était la folie lâche l’un, il y avait l’Espagne qui jouait, on s’y attendait pas. » On ne saura pas combien de pizzas ils ont vendu mais en cuisine, les pâtes s’étalent et se remplissent à la chaîne. « Une minute pour la garnir, une minute pour la cuire ». On croirait en avoir vu mille être hissées hors du four.

Trois millions de calories
Trois millions de calories - CL

Un client fidèle, fan de la Squaddra Azzura, entre, baguettes à la main, juste pour récolter son lot de vannes. « Lundi [huitième de finale Espagne-Italie], tu sors toi », chambre le manager. « Mardi matin vous avez le drapeau sur la vitrine, j’annonce », jure le client, accent de la botte aux encoignures provençales.

Ce soir-là, c’est le Portugal (contre la Hongrie) et la Belgique (contre la Suède), qui pourraient faire sonner le téléphone. « Je pense que ce sera plutôt calme en fait », prédit le boss.

« Souvent, on me propose de boire un verre… »

19h, on embarque avec Raphaël, voiture floquée pizza et odeur de fromage fondu dans le coffre (il fait faim). On analyse les notes pour deviner si les clients seront devant leur télé : « Lui, il commande une fois par semaine, à mon avis il regarde le match ». Gagné, quand Ludovic ouvre la porte de son pavillon, on entend un stade qui rugit en fond. Pas de photos, non merci, mais une certitude : « Je regarde TOUS les matchs, c’est pas compliqué », « avec une norvégienne à chaque fois », celle au saumon, complète le jeune livreur.

« Quand la France joue, tous les clients regardent, assure l’ancien étudiant en STAPS de 23 ans. Alors je zyeute la télé, je leur demande le score. Souvent ils me proposent de boire un verre… mais je suis obligé de refuser ».

Adam, le deuxième livreur qui nous ballade, s’est lui retrouvé avec une barbe bleu blanc rouge en plein service. « On fait gagner un ballon, explique-t-il. Les trois casernes de pompiers du coin ont commandé et celle de Vitrolles a gagné »

Best score ever ? « Finale de coupe du monde 2006, France-Italie »

Un soir comme le match d’ouverture, c’est 20 commandes par livreur au moins, « notre meilleur soir de l’Euro ». « Quand la France joue, les clients appellent la veille pour réserver leur pizza », raconte le manager. A 18h, plus de créneau avant 21h30. Et une personne vient en renfort juste pour décrocher les deux téléphones qui sonnent non-stop. Best score ever ? « Finale de coupe du monde 2006, France-Italie ». Mais en fait par ici, terre de l’Olympique de Marseille, on est un peu rôdé à l’exercice : « Un OM-PSG, c’est autant que le premier match des Bleus »

Ce mercredi soir, les clients sont plus calmes et à 21h, ce sera Suède-Belgique pour la plupart, « parce que BeIN, je l’ai pas », répondent beaucoup. Presque un peu déçu par la soirée, Guillaume sent déjà venir l’agitation de lundi : « Espagne-Italie, ça va cartonner, c’est certain ». Pour le huitième de la France, dimanche contre l’Irlande, un peu moins, « c’est dommage ». Et oui, à 15h, la quatre fromages risque de mal passer.

Après la bataille.
Après la bataille. - CL

Les questions absurdes qu’on a voulu éclaircir :

  • Combien d’olives sur la pizza ? « Cinq sur une petite, sept sur une grande, réparties de manière esthétique »
  • Une pizza par personne, c’est pas trop, on est d’accord ? « Non », on a le droit d’être goinfre
  • C’est vrai que si on a soif après une pizza c’est que la pâte n’a pas assez levé ? « Alors là, c’est surtout la faute des anchois, non ? »
  • La légende de la pizza « ++ », elle est vraie ou pas ? « Oui, c’est arrivé qu’une cliente nous demande subtilement ou pas de repasser plus tard, mais jamais pendant le boulot »