Euro 2016: Et donc, c’est si facile de rentrer un fumigène au stade?

FOOTBALL Une vingtaine d'engins pyrotechniques ont été tirés à Marseille depuis le début de l'Euro...

C.L.

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Un fumigène pendant Ukraine-Pologne à Marseille le 21 juin 2016
Un fumigène pendant Ukraine-Pologne à Marseille le 21 juin 2016 — Valery HACHE / AFP

A Marseille

Une grosse poignée pendant Angleterre-Russie, une dizaine lors du  match entre la Hongrie et l’Islande et cinq-six à vue d’œil ce mardi, pour le dernier match de poule marseillais, Ukraine-Pologne. On ne parle ici pas de buts, mais de fumigènes, qui ont été tirés, quasi exclusivement depuis le virage sud, en 15 jours d’Euro 2016.

Le 17 juin, à Saint-Etienne, c’est même une pluie de fumigènes qui est tombée sur la pelouse en fin de match, blessant un stadier au passage.

Strictement interdits

Comme ça ne se voit pas trop, on précise : leur entrée est strictement interdite par l’UEFA. « Sont interdits dans l’enceinte du Stade […], les feux d’artifice, les feux de Bengale, la poudre de fumée, les fumigènes et les autres engins pyrotechniques », précise le règlement.

Noir sur blanc
Noir sur blanc - UEFA

Normalement, les fumigènes doivent être repérés lors des fouilles et palpations réalisées lors de l’entrée au Stade. Ces objets peuvent ressembler à une petite boîte de conserve ou à une boule de la taille d’une pomme. Mais la plupart du temps, ce sont plutôt de très gros stylos, limite rouleau de sopalin, qui ont l’avantage de pouvoir se tenir facilement dans la main.

En gros, c’est ça :

Montage fumigènes
Montage fumigènes - CL

Vous avez compris, c’est assez facile à dissimuler. Un jeune homme a même réussi à en cacher un dans son rectum, c’est dire.

Une fouille en 11 secondes

Comment s’y prennent les agents de sécurité pour détecter leur présence ? Deux niveaux de fouilles ont été prévus par l’UEFA, à l’entrée de tous les stades qui accueillent des matchs.

La procédure est assez classique : fouille et palpation. Plus exactement, l’agent ou stadier vous scanne, bras levés et jambes écartés, avec un magnétomètre (une « raquette », dans le jargon) pour détecter la présence d’objets métalliques. Il vous demande ensuite d’ouvrir votre sac pour effectuer une vérification visuelle. Si besoin, il vous demande de retirer les objets, pulls ou tout ce qui gêne une bonne vision, et utilise une lampe torche si nécessaire. Il peut aussi « palper » votre sac.

« Une bonne palpation dure 11 secondes », nous explique un agent de sécurité. Il nous garantit au passage pouvoir détecter un fumigène dans ce temps imparti. « Sauf qu’on a jamais 11 secondes ». A l’entrée du centre des médias accolé au Vélodrome, les affaires des journalistes sont autant fouillées qu’à l’aéroport. Scanner à rayons X y compris. Et une palpation « à mains nues » (sans magnétomètre) est également réalisée, avec relevé de cheveux et retrait de ceinture. « Le luxe », commente l’agent.

« Une main en moins »

A l’entrée du stade, c’est 67.000 personnes qui doivent entrer en deux heures. « On ne prend jamais 11 secondes, on ne peut pas », assure un autre, la faute au manque de personnel, selon lui et à l’impératif de ne pas laisser les spectateurs s’amasser aux portiques.

Après les débordements inquiétants autour d’Angleterre-Russie le 11 juin, le préfet des Bouches-du-Rhône, Laurent Nunez, s’était inquiété de la présence de fumigènes au Vélodrome. « Nous avons demandé à l’UEFA d’être encore plus vigilante », expliquait-il récemment. Mais la situation semble n’avoir pas bougé d’un iota.

Et face aux risques plus importants de faire entrer un pistolet, un couteau ou une bombe, un fumigène peut sembler bien inoffensif. De là à les autoriser ? « Ça peut très bien devenir une arme, tempère un stadier. Un fumigène défectueux qui explose, c’est une main en moins ». Et ça aussi, ça ferait tache pendant un Euro de football.