Euro 2016: Suisse-Albanie, c'est le vrai derby de l'Euro (même si c'est pas flagrant sur une carte)

FOOTBALL Les deux équipes, qui s'affrontent samedi à Lens lors de l'Euro 2016, ont de nombreux joueurs à double nationalité...

Francois Launay

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L'attaquant suisse Xherdan Shaqiri, a des origines albanaises
L'attaquant suisse Xherdan Shaqiri, a des origines albanaises — PHILIPPE DESMAZES / AFP

A Lens,

Dit comme ça, ça n’a pas l’air évident. Distants de 1500 kilomètres, sans aucune histoire coloniale commune, la Suisse et l’Albanie, qui s’affrontent samedi à anLens au premier tour de l' Euro 2016, n’ont a priori rien en commun. Et pourtant, ce match est sans doute le vrai derby de la compétition. Pourquoi, comment ? Voici quelques explications.

Parce que les joueurs des deux équipes auraient pu porter le maillot adverse

C’est une scène qui résume à elle seule les liens étroits entre la Suisse et l’Albanie. Le 14 octobre dernier, quand les joueurs de la Nati apprennent la qualification historique des Albanais pour l’Euro 2016, la moitié de l’équipe explose de joie.

« Nous avons vu les images lorsqu’ils se sont qualifiés. La manière dont ils ont fêté cela était fantastique. J’ai pleins d’amis dans cette équipe » reconnaît Xherdan Shaquiri, la star de l’équipe suisse qui est d’origine albanaise. Avec lui, ils sont cinq autres joueurs dans la sélection helvète qui auraient pu porter le maillot de l’équipe d’en face. Et c’est la même chose de l’autre côté, où pas moins de sept joueurs sont nés et ont été formés en Suisse.

Xerdan Shaqiri pose avec un imam lors de ses vacances au Kosovo.
Xerdan Shaqiri pose avec un imam lors de ses vacances au Kosovo. - Capture d'écran/DR

Si on rajoute à tout ça, une histoire de famille avec les frères Xhaka -Taulant joue pour l’Albanie et Granit pour les Suisses-, on tient le vrai derby de l’Euro. « C’est une lutte fratricide au sens propre comme au sens figuré. Beaucoup de joueurs suisses auraient pu jouer pour la Suisse et inversement. Ça donne à cette rencontre une vraie dimension émotionnelle », reconnaît Daniel Visentini, journaliste à La Tribune de Genève.

Parce qu’il y a une vraie histoire entre la Suisse et l’Albanie

Aujourd’hui en Suisse, près de 200 000 personnes sont d’origine albanaise. Pas mal pour un pays peuplé de huit millions d’habitants. Alors pourquoi autant de personnes ont émigré chez les Helvètes ?

« On parle d’Albanie mais ce sont surtout des gens originaires duKosovo, région qui a toujours été peuplée de nombreux Albanais. Dans les années 60, après les vagues d’immigration italienne et espagnole, la Suisse a voulu diversifier le recrutement de sa main-d’œuvre étrangère. A l’époque, le Kosovo, qui appartenait encore à la Yougoslavie, était une zone peuplée de personnes peu qualifiées et susceptibles d’effectuer des travaux en agriculture, BTP, ou industrie, exactement ce que la Suisse recherchait. Peu à peu, une filière migratoire s’est créée avec le Kosovo », explique le Suisse Etienne Piguet, vice-président de la commission fédérale des migrations.

Parce que ça peut diviser un pays

Longtemps pointée du doigt en Suisse, la communauté albanaise a d’abord retrouvé le sourire quand ses représentants sportifs ont décidé de porter le maillot de la Nati. « Il y a eu une grande fierté de voir des joueurs d’origine albanaise briller avec la Suisse. Certains joueurs comme Behrami étaient fiers de montrer que l’Albanie, c’était autre chose que des problèmes liés à la délinquance », explique Daniel Visentini.

Mais le jour où la Suisse et l’Albanie se sont affrontées en éliminatoires du Mondial 2014, l’opinion s’est un peu retournée. « Certains ont commencé à se demander pourquoi ces joueurs n’avaient pas décidé de porter le maillot albanais. D’autres les ont même considérés comme des traîtres », poursuit le journaliste.

Mais n’allez pas croire que les Albanais détestent les Suisses. Au contraire, certains n’oublient pas ce que ce pays leur a apporté. A l’image de Lorik Cana, capitaine de l’équipe albanaise, qui a grandi du côté de Lausanne.

« On est tous attachés à ce pays qui nous a donné la possibilité d’avoir un futur après un passé compliqué pour notre peuple. Beaucoup d’entre nous lui doivent beaucoup et beaucoup d’entre nous iront d’ailleurs revivre en Suisse à la fin de notre carrière », assure le défenseur. Amour-haine, attachement-répulsion, pas de doute ce Suisse-Albanie est un vrai derby comme on les aime.