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Mais à quoi ressemblerait une Ligue des champions fermée?

On revient du futur: La Ligue des champions est devenue un championnat fermé et ça fait tout drôle

FOOTBALLLes grands clubs plaident pour une réforme de la C1...
Romain Baheux

Romain Baheux

Un enfant - Théo ou Julie -, un golden retriever et une belle maison au Lavandou. A titre personnel, voici comment on imagine notre trajectoire d’ici le début de la décennie 2020. Mais on est surtout ici pour vous parler de la Ligue des champions, dont les demi-finales débutent mardi avec un Manchester City-Real Madrid. Désolé d’avance pour les amateurs de la glorieuse incertitude du sport, on va surtout causer ligue fermée, espoir à moitié avoué de certains grands clubs. Dans les faits, ça donnerait quoi ? On passe en mode science-fiction.

La Ligue des champions pourrait évoluer.
La Ligue des champions pourrait évoluer. - SIPA

Comment elle s’est formée ?

Septembre 2021, la première édition de l’Euro Classic Football va se lancer par un énorme Real Madrid - Bayern Munich. C’est un clin d’oeil à Karl-Heinz Rummenigge. En janvier 2016, le président bavarois et patron de l’Association européenne des clubs (ECA), avait averti le Vieux Continent : « Vous ne pouvez pas exclure qu’à l’avenir, nous pourrions créer une ligue européenne avec les grands clubs d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de France, sous l’égide de l’UEFA ou d’un organisme privé », lance l’ancien joueur allemand.

Quelques mois plus tard, les plus riches obtiennent, au terme d’un long bras de fer avec l’UEFA, une avancée majeure pour la saison 2018-2019 : Comme en Euroligue de basket, un certain nombre des trente-deux tickets pour la Ligue des champions est attribué via un système de wild-card. Une réforme qui fait le bonheur de Manchester United ou Liverpool, écartés de la C1 par la faute de mauvais résultats sportifs, et de l’UEFA, qui s’imagine avoir acheté la paix sociale avec les puissants.

Evidemment, ces derniers en veulent toujours plus. Au terme d’un nouveau cycle de trois ans, vingt-quatre clubs font leur serment du jeu de paume version ballon rond et se torpillent la Ligue des champions. L’Euro Classic football, sous entendu « on est cool et on ne joue pas contre le BATE Borisov ». Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec une affiche dingue dès le premier match de la nouvelle compétition.

On n'avait pas un gros budget communication pour la première édition.
On n'avait pas un gros budget communication pour la première édition. - 20 Minutes

Qui joue dedans ?

La liste des clubs a été longue à se dessiner. En mars 2020, l’ECA est lâchée par les clubs anglais, qu’on pensait pourtant extrêmement intéressés par la mise en place d’une ligue fermée européenne. « Ils n’ont que des risques à prendre dans cette affaire, réplique depuis 2016 Didier Primault, chercheur au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Ils ont un championnat qui leur assure des revenus très importants via les droits TV et n’ont plus beaucoup de résultats au niveau européen. Pourquoi se mettre en porte-à-faux avec l’UEFA et leur fédération sur un tel projet ? »

Pour constituer un ensemble de 24 équipes, le PSG, trop à l’étroit dans une Ligue 1 qu’il surdomine, ainsi que les plus gros espagnols, allemands et italiens se mettent en chasse de seconds couteaux au passé un peu ronflant. L’objectif est simple : Déshabiller l’UEFA de ses outsiders de classe en leur faisant miroiter des rentrées d’argent plus importantes que dans une Ligue des champions où ils parviennent, au mieux, en huitième de finale les très bonnes années.

« L’Ajax Amsterdam, le Celtic Glasgow, des clubs russes ou belges seraient les plus intéressés par la mise en place d’une Ligue fermée, poursuit Didier Primault. Ces équipes historiques évoluent dans un territoire et/ou dans un championnat qui ne leur rapporte pas suffisamment de ressources économiques pour exister au plus haut niveau. »

Comment ça fonctionne

La formule : 24 clubs, trois poules de huit avec des matchs en aller-retour, en hommage à une idée du trio Allemagne-Espagne-Italie. Les deux premiers de chaque poule sont qualifiés ainsi que les meilleurs deuxièmes. On file ensuite vers des demi-finales disputées en aller-retour puis vers la finale, organisée à Wembley (les Anglais ne sont pas dedans mais voulaient quand même faire du business). Comme participants, on a donc :

Allemagne : Bayern Munich, Bayer Leverkusen, Borussia Dortmund, Schalke 04, Wolfsburg.

Belgique : Anderlecht.

Ecosse : Celtic Glasgow.

Espagne : Real, Barça, Atlético, Valence.

France : PSG, OL, OM.

Italie : Juventus, Inter, Milan AC, AS Rome.

Portugal : Porto, Benfica.

Pays-Bas : Ajax, PSV Eindhoven.

Russie : Zénith Saint-Petersbourg.

Ukraine : Shakhtar Donetsk.

La formule garantit ainsi un nombre minimum de quatorze rencontres par équipe et la plupart du temps contre des formations susceptibles d’intéresser diffuseurs, spectateurs et sponsors. « Il faut que ce système de ligue fermée soit capable de générer des ressources importantes, de l’ordre de 400 à 500 millions d’euros, estime Didier Primault. Il s’agit de compenser le manque à gagner lié au boycott de la Ligue des champions ainsi qu’une potentielle sanction nationale qui les priverait des revenus de leur propre championnat. »

Et l’UEFA dans tout ça ?

Forcément, la confédération européenne réagit. A l’image de la Fiba en basket en 2016, quand l’Euroligue avait annoncé la mise en place d’une ligue fermée, l’UEFA menace les fédérations de suspension des événements internationaux. Certaines sanctionnent leurs clubs en les expulsant de leur championnat mais d’autres les soutiennent, à l’image de l’Allemagne. Résultat, la sélection nationale est privée des qualifications de l’Euro 2024 pendant que l’UEFA planche sur une contre-attaque devant les tribunaux.

« Déjà que politiquement, ça serait dangereux… Dans le cas du basket, on voit déjà que c’est compliqué, analyse Didier Primault. D’un point de vue judiciaire, les clubs dissidents ne seraient même pas sûrs de remporter la bataille si on suit le droit européen. » On tentera d’expliquer ça à Théo tout en grattant la tête du chien.