Chelsea-PSG : «Le racisme a longtemps été toléré à Stamford Bridge»

FOOTBALL  Ronald Shillingford a été l’un des premiers supporters noirs à mettre les pieds dans le stade des Blues…

Propos recueillis par Julien Laloye

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Le stade de Stamford Bridge agit contre le racisme, le 21 février 2015
Le stade de Stamford Bridge agit contre le racisme, le 21 février 2015 — Lefteris Pitarakis/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Londres,

Ronald Shillingford a été supporter de Chelsea, journaliste sportif et écrivain, dans cet ordre. Les Blues, il ne veut plus trop en entendre parler. La faute à ces insultes racistes répétées des Headhunters, les hooligans les plus durs de Chelsea. Shillingford, noir de peau, en avait fait son groupe d’adoption par défaut dans les années 70. Il avait même droit à un chant spécial, qui fait bondir rien qu’à traduire: «Oh Crombie Ron est coloré, Oh Crombie Ron est coloré, c’est un nègre,  c’est un bamboula, oh Crombie Ron est coloré.» Shillingford, on le comprend, n’a pas souhaité insister, s’éloignant pour de bon de Stamford Bridge. L’incident du métro parisien, quand plusieurs fans des Bleus s’en sont pris à Souleymane pour les mêmes raisons qu’il y a 30 ans, l’a particulièrement choqué. Il a confié son ressenti à 20 Minutes.

Quelle a été votre première réaction quand vous avez vu ce qui s’est passé dans le métro parisien?

Je n’ai pas vraiment été surpris à vrai dire. L’impact médiatique a été énorme parce que les coupables ont été filmés par une caméra, mais je suis persuadé que ce genre d’acte raciste de la part de certains supporters arrive quotidiennement en Angleterre et ailleurs.

Cela vous a rappelé des mauvais souvenirs?

On peut dire ça comme ça. Dans les années 70, j’étais supporter de Chelsea parce que ça c’est fait comme ça quand j’étais petit, et j’ai pris l’habitude d’aller à Stamford Bridge à l’adolescence. Le racisme était une chose commune dans les tribunes et parfaitement toléré par les autorités et les spectateurs à l’époque.

Ca veut dire que vous vous faisiez insulter chaque week-end?

Je n’ai jamais eu plus de problèmes que ça personnellement, en dehors de quelques noms d’oiseau de temps en temps. Mais tous les joueurs noirs des équipes adverses, par exemple, avaient droit à leurs chants de singe quand ils venaient jouer. Ce genre de comportement a fini par me dissuader d’y aller. Je suis très peu retourné au stade par la suite à cause de ça.

Chelsea est-il un toujours club plus touché par le racisme que les autres?

Ce n’est pas le seul, bien sûr, mais il y a toujours eu une base d’éléments racistes parmi les supporters de Chelsea liés au British National Front, l’extrême-droite britannique. Cela remonte aux années 70, et le lien n’est plus aussi évident aujourd’hui, mais ce qui s’est passé à Paris a rappelé un peu le soutien dont a bénéficié John Terry après s’en être pris à un joueur noir de Premier League. Cela a procuré une nouvelle occasion à certains fans des Blues de montrer leur ignorance.

La direction est-elle irréprochable dans son attitude envers ces soi-disant supporters?

Je crois que le football anglais a fait beaucoup plus que d’autres contre le hooliganisme et le racisme. Les dirigeants de Chelsea ont fait de leur mieux pour éradiquer le racisme dans leur stade, et ils y sont presque arrivés. Mais c’est compliqué de changer la mentalité de quelques irréductibles et les empêcher de montrer leur opinion s’ils pensent pouvoir s’en tirer sans dommage.

Ce ne sera pas le cas des supporters incriminés dans l’incident parisien. Quelles sanctions attendez-vous?

Je crois que les bannir d’un stade à vie n’est pas forcément une bonne mesure. Un ou deux ans suffiraient pour leur faire comprendre la portée de leur acte. Les gens racistes ont tendance à renforcer leurs opinions avec le temps, cela ne sert à rien d‘avoir la main trop lourde. L’attitude de certains ne ferait qu’empirer.