VIDEO. Au foot, l’art délicat du journalisme de bord de terrain

FOOTBALL Avec Margot Dumont de beIN Sport et Rodolphe Gaudin de France Télévision...  

Antoine Maes

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Louis Nicollin et Laurent Paganelli, el 13 mai 2012, à Montpellier.
Louis Nicollin et Laurent Paganelli, el 13 mai 2012, à Montpellier. — BORIS HORVAT / AFP

C’est le rôle le plus ingrat de la télé française. Etre journaliste de terrain en 2015 sur les matchs de foot est le moyen le plus rapide de finir sur youtube pour une interview foirée. Ou le chemin le plus court pour se faire vilipender par la twittosphère pour une remarque déplacée. Et si vous avez échappé à tout ça, vous ne couperez sans doute pas à un petit «merci beaucoup» condescendant tombé du pupitre des commentateurs. Le poste sera occupé mercredi par Rodolphe Gaudin (France Télévision) lors de PSG-Nantes. Sa collègue de beIN Sport, Margot Dumont, évolue elle sur chaque week-end de Ligue 1. Les deux défendent une corporation qui mériterait un peu plus d’estime. C’est tout ce qu’on leur souhaite en tous les cas.

Le journaliste de terrain est un commentateur à part entière

Rodolphe Gaudin: «Quand on commente des matchs, on le fait à trois. Si t’as quelqu’un au pupitre qui te demande de te contenter de dire qui rentre et combien de temps additionnel il y a… Avec Kader (Boudaoud) il n’y a pas de problème. Le micro est ouvert tout le match, je ne demande pas l’autorisation pour parler. Je suis là pour apporter comme le journaliste qui est sur la moto lors du Tour de France. Je ne vois pas mon rôle juste comme celui qui fait l’interview à la mi-temps. Alors oui, on fait toujours un point sur les conditions de jeu, mais pour moi ça reste anecdotique. Si je dis ça, c’est qu’il n’y a vraiment rien d’autre à dire».

Margot Dumont: «Un rôle ingrat? Je ne suis pas du tout de cet avis. Je préfère vraiment être sur la pelouse qu’en haut aux commentaires. En bas, tu vois tout, tu entends tout, tu as l’impression d’être sur la pelouse avec les joueurs. C’est un rôle complémentaire. La plus-value, c’est que tu relaies tout ce que les gens n’entendent pas. C’est tout con, mais le souffle des joueurs, les appuis sur la pelouse, l’intensité, tu la sens 10 fois plus».


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Le journaliste de terrain pose des questions auxquelles personne ne veut répondre

Rodolphe Gaudin: «S’il fait froid, ils n’ont qu’une envie, c’est de rentrer au vestiaire. Donc c’est une question, pas deux. On essaie toujours de sortir de l’ordinaire. Le seul truc qui me saoule, c’est que je ne comprends pas pourquoi ce sont toujours les mêmes qui répondent. Alors qu’il y en a - qui ont la réputation de «diva» - à qui il ne faudrait pas s’adresser. Les interviews à la mi-temps c’est une culture française, un joueur comme Ibra tu ne l’auras jamais. Quand Beckham était venu jouer en janvier, on m’avait bien briefé en me disant: «surtout n’essaie pas d’aller le voir», alors que j’avais envie. Donc tu vas toujours voir les mêmes! Au bout d’un moment, Blaise Matuidi, qui est adorable, qui s’exprime très bien et qui est toujours lucide sur le jeu de son équipe, c’est le bon client par excellence, mais on va toujours le voir».

Margot Dumont: «Je n’ai pas l’impression qu’on les dérange. Je les briefe avant les matchs. Ils me connaissent, ils me respectent vachement, ils savent que je ne vais pas les saouler. Mais quoi que tu poses comme question on va te faire la même réponse. Il faut essayer d’être original, d’apporter un peu de sourire. Et les chercher sur des trucs assez concrets, ou auxquels ils ne s’attendent pas forcément. Toute la difficulté, c’est trouver la bonne formule, parce que les mecs ils sont dans leur match, ils sont à chaud, et quelle que soit la question, ils ont leur réponse».

Le journaliste de terrain doit avoir la science du placement

Rodolphe Gaudin: «Je rôde entre les deux bancs pour voir ce qui se trafique. Près du banc parisien par exemple, tu n’es pas trop le bienvenu. Ils ont édicté des règles strictes: pas d’interview du coach ou des joueurs pendant le match, et à Monaco c’est pareil.  Mais il y a d’autres clubs, comme Bordeaux, ou Lyon, tu peux faire des joueurs, l’adjoint. Avant le match tu vas voir les entraîneurs, tu leur demandes si tu peux faire une à deux interventions par mi-temps. Tu sais à l’avance que certains clubs c’est non, mais tu demandes quand même. Il faut toujours demander».

Margot Dumont: «Je me mets entre les deux bancs. Là où j’entends que ça gueule le plus, j’essaie de me rapprocher. C’est aussi en fonction de ce qui se passe dans le match. Et de la personnalité du coach. Si je suis avec un Pascal Dupraz à ma droite et un Laurent Blanc, qui est un mec un peu plus calme de l’autre côté… Un coach qui a l’habitude de ne pas mâcher ses mots, tu sais qu’il y aura des pépites».