Formule 1 : « Tout y est plus grand »… Pourquoi Ferrari est l’écurie préférée de pilotes de légende, Hamilton compris
Passion•Lewis Hamilton quittera Mercedes pour rejoindre la Scuderia en 2025. L’écurie italienne a une place à part dans le monde du sport automobileNicolas Stival
L'essentiel
- Ferrari a officialisé jeudi soir l’arrivée de Lewis Hamilton en 2025, au côté de Charles Leclerc et en remplacement de Carlos Sainz. Le recrutement du septuple champion du monde de Formule 1 chez Mercedes a un énorme retentissement.
- La Scuderia attend un titre mondial chez les pilotes depuis 2007. Malgré cette disette, elle occupe une place particulière dans le cœur du grand public, des fans de F1, et même des pilotes.
- « On entre dans la postérité immédiatement en ayant piloté pour Ferrari », explique Julien Fébreau, la voix de la Formule 1 sur Canal+.
Dans la liste des poncifs que l’on peut entendre au cours d’une vie, la phrase « On ne discute pas des goûts et des couleurs » arrive en bonne place. Et pourtant, si, on peut. Prenez l’irascible Ben, campé par Benoît Poelvoorde dans l’inoubliable faux documentaire C’est arrivé près de chez vous : « le rouge c’est la couleur du sang, le rouge c’est la couleur des Indiens, c’est la couleur de la violence. » Julien Fébreau, la voix de la Formule 1 sur Canal+, a une autre interprétation : « Si la vitesse devait avoir une couleur, ce serait le rouge. »
Et même, plus exactement, la teinte « Rosso Corsa » de la Scuderia Ferrari, que Lewis Hamilton rejoindra en 2025 en provenance de Mercedes. Tout simplement l’un des mouvements les plus excitants de l’histoire de la discipline, née au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
« Ferrari est l’écurie la plus emblématique et la plus ancienne en Formule 1, reprend le journaliste. Elle bénéficie d’ailleurs d’une prime d’écurie historique de la part des propriétaires de la F1, qui estiment que celle-ci ne peut pas se passer de Ferrari, avec notamment un droit de veto sur les décisions prises. Elle appartient à une classe à part. »
« Tout le monde est fan de Ferrari », pour Sebastian Vettel
Capitale du sport auto sous le règne de Michael Schumacher (sacré sept fois, donc cinq fois de suite chez Ferrari de 2000 à 2004), Maranello espère un titre mondial chez les pilotes depuis la victoire de Kimi Räikkönen en 2007, et chez les constructeurs depuis 2008. Mais peu importe à la rigueur… En mars 2022, un sondage Odoxa pour RTL révélait que Ferrari restait l’écurie préférée des Français (39 %) et même des amateurs de F1 en particulier (36 %). Sur Instagram, elle fait aussi la course en tête avec 13,2 millions d’abonnés, devant Mercedes (12,3 millions) et Red Bull (11,3 millions), où évolue pourtant Max Verstappen, le triple champion du monde sortant.
Voilà pour le peuple. Mais même chez les pilotes, l’amour du rouge est souvent partagé. La tirade de Sebastian Vettel en marge du Grand Prix du Canada 2016 est ainsi entrée dans l’histoire de son sport. « Tout le monde est fan de Ferrari », assurait l’Allemand qui pilotait alors pour la Scuderia, après avoir été sacré quatre fois de suite, de 2010 à 2013, chez Red Bull. « Même si vous allez voir les gars de Mercedes, même s’ils disent "Oh yeah Mercedes est la plus grande marque du monde", ce sont des fans de Ferrari. »
Julien Fébreau acquiesce : « On entre dans la postérité immédiatement en ayant piloté pour Ferrari. Il n’est pas étonnant que les plus grands pilotes, quel que soit leur palmarès, s’ils ne sont pas encore passés par la case Ferrari, aient un jour envie d’y aller, de relever le challenge et de vivre l’expérience. » Pas besoin de remonter aux temps héroïques des Ascari et Fangio, ou aux années 1970 avec Niki Lauda pour étayer ces propos.
« Vettel a eu envie de relever le défi alors que chez Red Bull, il était chez lui, reprend le spécialiste. Mais l’attractivité de Ferrari était plus forte. De plus, il voulait marcher sur les traces de son mentor Michael Schumacher. Alonso qui ne serait pas passé par Ferrari, cela aurait presque été une hérésie. Parce qu’Alonso est l’un des plus grands champions de l’Histoire, et sa place était chez Ferrari. Jean Todt [directeur de 1993 à 2007] a révélé il y a quelque temps qu’avant que Senna ne décède [en 1994], il discutait avec lui pour le faire venir. Il aurait été logique que l’histoire s’écrive aussi pour lui en rouge. Alain Prost a été pilote Ferrari. Vous prenez les plus beaux palmarès, Ferrari n’est jamais loin, ou au contraire très présent. » »
Car être pilote de Formule 1 est une chose, mais être pilote de F1 pour l’écurie désormais dirigée par le Français Frédéric Vasseur en est une autre, avec la ferveur du peuple rouge présent à travers le monde, et la versatilité de la presse italienne. « Les joies et les victoires sont plus fortes, les déceptions le sont aussi, assure Fébreau. Tout est plus grand, exacerbé. »
Lewis Hamilton entrera-t-il dans l’histoire de Ferrari et de la F1 ?
C’est exactement ce dont témoignait Prost dans L’Equipe, en mars 2023. « Quand tu gagnes avec Ferrari, c’est magique. Si tu rentrais en Italie par avion, ils détournaient les vols d’Alitalia pour te laisser atterrir en priorité et ce n’est pas une image. » Trois fois champion du monde avec McLaren avant de se parer de rouge pour deux saisons (1991 et 1992), le « Professeur » le sera une quatrième et dernière fois. Mais après son départ, avec Williams en 1994.
Si devenir le maître de la F1 reste le Graal pour tout pilote, la quête s’avère donc compliquée. « Vettel s’y est cassé les dents, comme Alonso, retrace Julien Fébreau. Charles Leclerc est arrivé récemment, il a encore du temps devant lui. Evidemment, le prochain qui fera gagner l’écurie Ferrari bénéficiera d’une aura particulière. » Surtout si le prochain en question s’appelle Lewis Hamilton, auquel il manque une huitième couronne pour trôner seul tout en haut de l’Olympe, devant Michael Schumacher, « baron rouge » pour l’éternité.


















