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Pogacar aura-t-il déjà plié la Vuelta quand le peloton arrivera en Espagne ?

Tadej Pogacar aura-t-il déjà plié la Vuelta 2026 quand le peloton arrivera en Espagne ?

suspenseLe Slovène sera favori du Tour d’Espagne, le dernier grand tour qui manque à son palmarès. Avec quatre premières étapes hors du pays, il y a un monde où la Vuelta sera pliée en arrivant en Espagne
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La Vuelta 2026 commence ce samedi à Monaco. Tadej Pogacar s’y aligne avec l’objectif de compléter son Grand Chelem après ses succès sur le Tour de France et le Giro.
  • Malgré un Tour de France dans les pattes Pogacar affirme avoir « assez de temps pour récupérer » et devrait dominer un plateau assez faible par rapport à la liste de départ du Tour.
  • Dans l’optique d’une gestion de fin de saison intelligente en marge des championnats du monde et d’Europe à l’automne, il n’est pas exclu de voir Pogi assommer la course avant l’arrivée du peloton en Espagne, le 26 août.

Le 31 juillet dernier, Tadej Pogacar s’essayait au monocycle sur scène en marge du Pogi Challenge, chez lui à Komenda. Une bonne idée pour relancer le suspense dans le cyclisme serait de lui faire courir les grands tours dessus. En attendant que l’UCI nous lise, on continuera de le regarder, impuissants, écraser toutes les courses qui n’impliquent pas de battre Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert sur les pavés du nord de la France, Remco Evenepoel en contre-la-montre ou Jonathan Milan dans un sprint massif. A commencer par la Vuelta, dont le départ sera donné à Monaco, l’autre « chez lui » du Slovène.

Un détail pas tout à fait étranger à l’envie de Pogacar de s’engager dans une nouvelle épopée de trois semaines, bien que l’optique de compléter le Grand Chelem en carrière se suffise en soi. « Le Tour d’Espagne est un objectif qui manque dans ma carrière, confirmait jeudi le quintuple vainqueur de la Grande Boucle. Je vais donner le meilleur pour réussir à gagner. Remporter les trois grands Tours est un grand rêve depuis quelques années. »

Le fameux monocycle de Tadej Pogacar lors de la célébration de sa 5e victoire au Tour de France avec ses fans dans sa ville natale de Komenda, en Slovénie.
Le fameux monocycle de Tadej Pogacar lors de la célébration de sa 5e victoire au Tour de France avec ses fans dans sa ville natale de Komenda, en Slovénie. - Andrej Tarfila/Shutterstock/SIPA

Pogacar a eu « assez de temps pour récupérer » de son Tour de France

Quand Tadej rêve, ce n’est jamais pour longtemps et, sauf cataclysme, il faudra s’attendre à le voir parader en rouge le 13 septembre, du côté de Grenade. « Oui mais Pogacar est fatigué », direz-vous. Bah non. L’intéressé s’est montré rassurant à cet égard. « Il y a eu assez peu de temps depuis le Tour, mais je pense que c’était suffisamment de temps pour récupérer. »

Et si le Tour doit peser dans ses pattes, il pèsera aussi dans celles des Skjelmose, Carapaz, Kuss, Johannessen, etc. Ajoutez que son plus grand rival sur cette épreuve, Felix Gall, a fait le tour d’Italie et Primoz Roglic un tour à l’hôpital après avoir été renversé par une voiture, fin juillet, et vous obtenez un plateau de favoris aussi cramoisi que les paysages européens sous réchauffement climatique.

« Dans son intérêt que d’éclater la course le plus vite possible »

Puisque prédire les victoires du leader d’UAE - avec qui il est en pourparlers pour une prolongation jusqu’en 2032 - n’a plus rien d’émoustillant, prenons le pari de l’audace : Pogacar aura tué la Vuelta avant même que le peloton n’entre sur le territoire espagnol lors de la 5e étape.

« C’est dans son intérêt que d’éclater la course le plus vite possible et d’entrer ensuite dans une gestion, veut croire Steve Chainel, consultant pour Eurosport. Même si c’est courir contre nature, l’objectif de sa saison est d’aller chercher un troisième titre de champion du monde et qu’on le veut ou non, il a déjà un Tour dans les jambes. La Vuelta sera pliée assez rapidement pour que Pogacar puisse l’utiliser, et ça me fait mal de le dire, comme course d’entraînement. »

Car comme nous le rappelle l’ancien champion de France Anthony Roux, « la Vuelta est effectivement une bonne préparation pour les championnats du Monde ». Ajoutons les championnats d’Europe en Slovénie dans le pack, au passage. « Sur le Tour il a parfois pu faire des efforts un peu inutiles, c’est aussi sa façon de courir. S’il est 5 % moins fort mais que la concurrence n’est pas au rendez-vous, il pourra se permettre de gérer. »

Où prendra-t-il du temps lors des quatre premières étapes ?

Reste à savoir où et quand le double champion du monde s’envolera. Les gourmands miseront sur du temps gagné chaque jour jusqu’à l’arrivée à Andorre la Vieille, les plus prudents n’y verront que deux réelles occasions de faire le break d’entrée de Tour d’Espagne.

  • Prologue (9,5 km) : Un chrono tout plat à Monaco qui ne devrait pas permettre à Pogacar de creuser d’énormes écarts sur ses rivaux, à l’exception… du plus fort d’entre eux sur le papier. Felix Gall est fâché avec l’exercice du contre-la-montre et pourrait prendre cher d’entrée. « La règle, c’est une minute aux 10 kilomètres sur un moins bon rouleur », rappelle Anthony Roux. Petit bonus, le leader d’UAE connaît les routes monégasques par cœur.
  • Etape 2 (214 km, 3.310 de D +) : Pas de grosse difficulté mais zéro portion plate, un casse-pattes par excellence et une toute petite bosse pour finir. Idéal pour gratter une dizaine de secondes et des bonifications dans le cas où UAE choisirait de contrôler la course.
  • Etape 3 (167 km, 2.660 km de D +) : 90 kilomètres de plat, le reste d’ascension. Les pourcentages seront faibles, sauf exception, et Tadej Pogacar pourrait bien profiter des quelques rampes de lancement pour partir seul vers Font Romeu. Il y a bien la place pour gratter une demi-minute au minimum.
  • Etape 4 (105 km, 2.890 km de D +) : Une étape explosive et difficile avec quatre ascensions, dont trois en première catégorie, où UAE pourrait imprimer un rythme de fou dès le départ réel. Si Pogacar doit plier le jeu avant l’arrivée en Espagne, c’est ici. Deux options : soit il attaque dans le coll d’Ordino (1re cat., 9,8 km à 7,1 %) situé à une trentaine de kilomètres de l’arrivée, soit il prend le risque d’attendre la dernière bosse à La Comella, une montée courte mais irrégulière de 4 km avec des passages à plus de 10 % où les écarts peuvent vite se creuser. « Quand Pogacar s’aligne sur un grand tour, il nous gratifie toujours d’une ou deux étapes-spectacle, et je pense que cette étape d’Andorre s’y prête bien pour le voir écraser la Vuelta », anticipe Steve Chainel.
Le profil de l'étape d'Andorre, la veille de l'arrivée du peloton en Espagne.
Le profil de l'étape d'Andorre, la veille de l'arrivée du peloton en Espagne. - La Vuelta (Capture d'écran)
  • Estimation de l’avance de Tadej Pogacar sur son dauphin après quatre étapes : entre 2min30 et 5 min.

Une fois la quête principale avancée, l’équipe du champion du monde aura tout le loisir de s’amuser à caser un second coureur sur le podium comme sur le Tour de France. Si d’aventure João Almeida venait à se sentir mieux, nul doute que l’on y aura droit. Quelle que soit la forme que prendra cette Vuelta, la présence du Slovène a refroidi bien du monde, à commencer par le chasseur d’étapes Lorenzo Fortunato. « Quand Tadej attaquera, je préfère faire demi-tour. Je me retourne et j’attends. » Vu l’appétit du Cannibale 2.0, il faudra peut-être attendre jusqu’au Tour d’Espagne 2027.