Cyclisme: On est allés voir The Program, le film sur Lance Armstrong

DOPAGE Le biopic de Stephan Frears sur la carrière de l’Américain est sorti mercredi dans les salles françaises…

Julien Laloye

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Ben Foster dans la peau de Lance Armstrong pour The Program de Stephen Frears
Ben Foster dans la peau de Lance Armstrong pour The Program de Stephen Frears — StudioCanal

Une salle près de la place de l’Opéra, dix personnes à l’après-midi libre, et nous, qui étions là pour le boulot. Que vaut donc The program, le biopic sur la vie, et surtout la déchéance de Lance Armstrong, septuple vainqueur du Tour démis de tous ses titres après avoir avoué s’être dopé ? Tremble, les Cahiers du cinéma.

Ben Foster aka Lance Armstrong

Sans conteste la grande réussite du film. L’acteur de 34 ans a déjà prouvé qu’il prenait ses rôles au sérieux. Il joue un SDF ? Il va passer ses nuits avec les sans-abri de LA. Il incarne un coureur dopé ? Il teste lui-même les produits. « J’ai pris des médicaments et j’en ai ressenti les effets. Je ne dirai pas ce que j’ai pris. Mais j’ai pris des produits qui améliorent la performance », a confié le garçon au Guardian.

Mais au-delà de la transformation physique, Ben Foster excelle dans l’incarnation bipolaire du personnage Armstrong. Sincère et même touchant quand il passe un moment avec des enfants malades, il reproduit parfaitement la froideur et l’arrogance du coureur texan lors des dialogues liés au dopage. La scène la plus forte ? Le voir répéter à plusieurs reprises devant la glace « Je n’ai jamais pris de drogue et je n’ai jamais été testé positif », l’œil convaincu, presque habité, avant une interview. Pourtant, Lance Armstrong a toujours refusé de rencontrer celui qui l’incarne à l’écran.

Les autres personnages

Guillaume Canet en docteur Ferrari. Notre grand kiff du film. Sans cesse sur le fil entre le sublime et le ridicule, sans que l’on parvienne jamais à se décider, l’acteur français a dû particulièrement s’éclater à parler anglais en forçant l’accent italien. Ce n’était peut-être pas la peine, tant le médecin italien, à l’origine des pratiques dopantes des ¾ du peloton dans les années 90, est un mythe à lui seul.

Denis Menochet en Johan Bruyneel. Pas mal, sans plus. Menochet, qui a l’habitude des rôles de caïd, aurait sans doute été plus à l’aise dans la peau du docteur Ferrari. Là, il a l’air d’une marionnette aux ordres d’Armstrong. Pourtant, l’enquête a prouvé qu’il était l’instigateur du programme de dopage à grande échelle au sein de l’US Postal.

Un inconnu en Christophe Bassons. Le seul témoin français du film (on y reviendra) apparaît dans une séquence assez longue (5 minutes), où est notamment reproduite la fameuse scène de la main sur l’épaule avec Armstrong qui lui dit poliment de la fermer ou d’aller se faire voir. Mais le nom de Bassons n’est jamais cité. Et pour cause, il a refusé de céder les droits sur sa vie, comme le révèle Le Monde dans un article sur lequel nous reviendrons.

Jessy Plemons en Floyd Landis. Notre rouquin préféré de Friday Nigth lights, une série sur le football américain, revient avec la même partition : celle du bon pote peu sûr de lui qui marche dans l’ombre de la star, divisé entre le devoir d’amitié et l’exigence de vérité. Landis s’en sort drôlement bien mieux que dans la réalité. Paré de toutes les vertus morales, c’est lui qui va faire plonger définitivement Armstrong. On en oublierait presque qu’il a été vainqueur déclassé du Tour en 2006 pour cause de dopage.

La crédibilité des scènes de vélo

Plutôt bonne, parce que Stephan Frears a eu la bonne idée de mêler fiction et images d’archives des sept tours de France gagnés par Armstrong. Cela évite ces scènes gênantes de faux coureurs en train de grimper un col seuls au milieu des montagnes, même si la scène d’ouverture sur le Mur de Huy de la Flèche Wallonne est plutôt réussie. Un soin tout particulier a été apporté à la chronologie. Aucune erreur sur les podiums, ni sur les maillots des différentes équipes du peloton des années Armstrong. Tout juste peut-on relever un petit souci de météo. Quand Ben Forster pédale sous un grand beau temps pour rallier Sestrières en 99, il est loin du Armstrong de l’époque, vainqueur sous un temps de chien.

Comment est montré le dopage

De manière très didactique. Tout y est, en passant par les poches de sang dans le frigo, les transfusions posées sur les cintres des chambres d’hôtels, la panne du bus de l’US Postal bien à propos pour « recharger » les accus, le ravitaillement par un motard américain… Même l’arrestation en juillet 98 de Willy Voet, le soigneur de Festina, est brièvement évoquée de manière explicite. Un spectateur qui n’a rien suivi du scandale aura une vision assez claire du dopage à l’échelle Armstrong.

La relecture de l’enquête

Le point le plus discutable du film. Comme l’illustre cet article de nos confrères du Monde, Stephan Frears a totalement occulté le versant français de l’enquête. Pierre Ballester, co-auteur d’une grande partie de l’investigation sur le dopage à l’US Postal, a été tout simplement squeezé du film, tout comme les révélations de l’Equipe sur le contrôle positif d’Armstrong à l’EPO, connu en 2005. Mais Hollywood a ses propres codes qui n’ont que faire des susceptibilités nationales : il fallait un héros journaliste, et ce héros, c’est David Walsh, chef des Sports au Sunday Times. Tant pis pour nous.