Maestri n'a pas été déstabilisé par la défaite contre l'Irlande.
Maestri n'a pas été déstabilisé par la défaite contre l'Irlande. — Huw Evans/REX Shutterst/SIPA

RUGBY

Coupe du monde de rugby: «Ca sert à quoi de faire les durs pour se planter samedi ? »

Yoann Maestri préfère parler sur le terrain plutôt que devant la presse avant les retrouvailles avec la Nouvelle-Zélande samedi en quarts de finale…

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Son analyse à chaud de l’immense déconvenue face à l’Irlande avait été brillante. Plus tôt dans la semaine, déjà, Yoann Maestri nous avait bluffés en nous rappelant qu’en foot, l’Espagne avait été championne du monde après avoir perdu en phase de poule, ce qui voulait dire que rien n’était rédhibitoire. Le deuxième ligne toulousain est l’un des sportifs les plus intéressants que l’on ait pu croiser dernièrement. Il méritait donc qu’on vous relaye presque in extenso ses meilleures tirades avant le choc face aux Blacks. Garanti sans langue de bois.

Y croire face à la Nouvelle-Zélande ?

«Bien sûr, sinon je prends le bus, je vais à Cardiff, je prends l’avion et je vais à Toulouse. C’est important d’être convaincu qu’on peut le faire. Après c’est peut-être complètement bête, et vous me le répéterez samedi après le match. Dans un sport de combat avec de l’affrontement et une part de dominant/dominé, si t’es pas un peu bête quelque part, tu restes dans le vestiaire. On donne le match aux Blacks, on rentre à la maison, ça nous fait un match de moins, et on va faire un week-end tranquillou ».

La peur d’en prendre 40 contre les Blacks ?

«De la peur, Il en faut avant d’affronter une grosse équipe comme ça, s’il n’y a pas peur ça ne sert à rien. Mais une bonne peur, qui te donne de la détermination. J’aime me dire qu’il faut être tout le temps virulent que tu joues pour Carqueiranne où contre les Blacs. Contre l’Irlande il y a eu beaucoup de virulence, mais si tu veux être une grande équipe il faudra autre chose. Etre dur sur le terrain, ça ne suffit pas, sinon tu vas jouer en fédérale. Il faut être dur, il faut être bon, il faut être efficace.»

Pas de révolte dans le groupe ?

«Honnêtement je trouve ça ridicule de nous énerver face à des gens qui ne nous ont rien fait. Moi je ne lis pas beaucoup la presse, parfois je me dis « ils vont mal le prendre », mais c’est vrai. C’est ridicule d’être énervé le mercredi pour faire des roulades arrières le samedi. Vous pouvez essayer de m’énerver, mais j’essaierai de me canaliser comme mon père me le rappelle assez souvent. Ça sert à rien de faire les dures en presse, c’est sur le terrain qu’il faut l’être».

Une préparation particulière quand même ?

«Ça, c’est quand tu as gagné, là tu peux raconter ce que tu veux. Quand tu gagnes un gros truc, après tu peux vendre des bouquins faire des films et compagnie. Non mais vous rigolez mais c’est vrai. Les yeux dans les bleus, si t’en prends trois contre le Brésil au Stade de France, tu sors ta cassette et il y a personne qui la regarde. Quand t’as gagné, tu détiens la vérité, quand tu as perdu, tu retournes travailler.»

La titularisation de Parra, plus leader dans l’âme que Tillous-Borde ?

«Avec Morgan, on est de la même génération, on a fait les stages ensemble depuis qu’on a 15 ans. C’est un des premiers joueurs à avoir joué à très haut niveau rapidement dans ma génération. [Puis, sur le ton de l’ironie]. C’est quelqu’un qui a eu des gros contrats, alors il a arrosé un peu tout le monde pour avoir une bonne image, surtout les avants. Il a été malin. Du coup, il a un leadership assumé qu’on ne mettra jamais en question puisqu’on est rincés tous les mois. Plus sérieusement, je n’aime pas faire la distinction entre coéquipiers, les autres aboient aussi. On a trois bons numéros 9, après le staff fait ses choix.»