Coupe du monde de rugby: Habana va-t-il piquer à Lomu son record d’essais inscrits dans la compétition?

RUGBY Le Toulonnais n’est plus qu’à trois unités du record du mythique ailier des All Blacks…

Julien Laloye

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Bryan Habana a le record de Lomu en vue.
Bryan Habana a le record de Lomu en vue. — SIPANY/SIPA

De notre envoyé spécial à Cardiff,

Bryan Habana est pour le moment un homme de presque. Presque plus rapide qu’un guépard, presque meilleur marqueur d’essai en équipe nationale, et presque recordman d’essais en Coupe du monde. Pour le dernier, ça peut s’arranger rapidement. Avec 12 plongeons dans l’en but depuis le Mondial 2007, l’ailier sud-africain se rapproche tout doucement du record historique de Jonah Lomu, 15 essais de mammouths en deux éditions. Evidemment, l’affaire se décidera contre les Etats-Unis mercredi. Après, c’est les quarts, où les choses sérieuses commencent pour les avants et la vie s’arrête pour les arrières.

Alors Habana peut-il le faire ? Julien Candelon répond oui sans réfléchir. L’ex-Narbonnais reconverti au rugby à 7 s’était coltiné le phénomène lors de sa seule sélection avec les Bleus, un test de juin 2005 plutôt bien négocié (30-30). Enfin sauf pour notre Candelon, mangé par Habana deux fois. « La première sur un décalage en bout de ligne, on avait mal défendu avec Julien Laharrague, le deuxième après une lutte aérienne. Bon, il me bouscule un peu en l’air et ne joue pas vraiment le ballon, mais à l’arrivée, il marque. Heymans, qui joue à gauche comme moi, m’avait demandé si ça ne me dérangeait pas de prendre l’aile droite, je m’étais sacrifié. Je n’aurais pas dû ! »

Il faut dire qu’il n’avait pas de raisons de se méfier. A l’époque, Habana débarque à peine au niveau international, et seuls les amateurs de Super 15 ont repéré la pépite. « Je ne peux pas dire qu’il m’ait absolument bluffé sur ce match, mais il avait montré ses qualités physiques et sa vitesse, se souvient Candelon. Disons que c’est à partir de là que j’ai commencé à suivre sa carrière ». Une belle petite carrière, hien. Dix ans à haut niveau, 61 essais en sélection, et pas contre des peintres, comme le Japonais Ohata, qui ne marquait que face aux aveugles unijambistes. Mourad Boudjellal ne regrette pas d’avoir fait péter le chéquier pour offrir la bête au public toulonnais.

En demi-finale de la dernière Coupe d’Europe, c’est son interception qui permet au RCT d’aller chercher le triplé historique. « Des fois on me demande pourquoi je fais signer des stars, expliquait alors Mourad Boudjellal. Voilà la réponse : l’essai qu’il faut, au moment où il le faut. » « Citez-moi un grand match, je dis bien un grand match, où Bryan est passé à côté » ajoutait Laporte. La question des mérites comparés est plus difficile à trancher. Si Habana n’a pas changé le jeu comme Lomu, sa longévité fait rêver Candelon : « Le voir encore à ce niveau dix ans après ce match, vu comme c’est difficile de durer dans le rugby, ce n’est pas un hasard, même si Lomu restera Lomu, record battu ou pas record battu ».

Qu’en dit sa majesté, d’ailleurs ? Qu’il n’en mourrait pas si son record devait tomber ce mois-ci. « Bryan est un super joueur, on ne peut lui retirer aucun crédit après avoir représenté aussi bien l’Afrique du Sud toutes ces années. Mais ce record, moi je l’ai établi en deux Coupes du monde, alors que lui dispute sa troisième. Ça fait toute la différence ». Pas tout à fait encore, Jonah, rassure-toi.