Coupe du monde de rugby: « Vous n’êtes pas Anglais ? Alors souriez, bon dieu ! »

RUGBY  On a vécu l’élimination du XV de la Rose avec des supporters gallois…

Julien Laloye

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Un pub quelque part dans la banlieue de Cardiff.
Un pub quelque part dans la banlieue de Cardiff. — Julien Laloye

De notre envoyé spécial à Cardiff,

C’était notre projet de la soirée. Assister une pinte à la main à l’humiliation du XV de la Rose en compagnie d’un peuple qui déteste encore plus que nous les Anglais. Pari réussi sur toute la ligne, en dépit d’une arrivée un peu tardive au pub. L’Australie venait d’inscrire son deuxième essai, un retour intérieur de toute beauté, et un certain Nick, la grosse quarantaine, jubilait comme un gosse à côté du bar. « Montrez-moi encore le Prince Harry que je rigole ! ». Chaque apparition à la télé du « Prince du Royaume-Uni de Grande Bretagne et d’Irlande du Nord », supporter assumé de l’équipe d’Angleterre, provoque des huées gentillettes. Depuis qu’Edouard 1er a fait de leur pays une principauté au XIIIe siècle, les Gallois ont du mal avec la famille royale.

>> Le match à revivre en direct comme-à-la-maison

Un mépris savamment entretenu par quelques histoires légendaires, dont le discours de l’ouvreur Phil Bennet dans les années 70 avant un match du V nations : « Regardez ce que ces bâtards ont fait de notre pays. Ils nous ont pris notre charbon, notre eau, et notre acier. Ils ont acheté nos maisons et n’y vivent que 15 jours par an. Et que nous ont-ils donné en échange ? Rien. Nous sommes exploités, violés, contrôlés et châtiés par les Anglais. Et c’est contre eux que vous allez jouer aujourd’hui ». Le fameux Nick tient à préciser que les temps ont changé : ce soir, s’il beugle de bonheur dès qu’un joueur en blanc tombe un ballon, c’est parce que la haine du voisin se combine aux besoins du moment : si l’Australie s’impose, les Gallois, cramés par les blessures, valident leur billet pour les quarts de finale.

Le scénario parfait tient la route, mais un bref instant de doute au moment de l’essai anglais permet de remettre à niveau notre vocabulaire d’école primaire : De « Where is Brian, he’s in the kitchen », on passe à « Where is Brian for god"s sake ? he’s in the f… kitchen », et plein d’autres gros mots qui nous échappent. Nick aussi nous ayant échappé entre les toilettes et le comptoir, tel un renvoi canadien sur l’aile de Rémy Grosso, la fin de match est plus confuse à commenter, d’autant que les vapeurs de parfum d’un groupe de (grosses) galloises en pleine opération-séduction-par- perte-impressionnante-de-toute-notion de respect-de-soi-même-et-oubli-préoccupant- de-vêtements-chauds commencent à nous monter au nez.

Heureusement, le carton jaune d’Owen Farrell rassure définitivement l’assemblée à dix minutes de la fin. Les Anglais ne reviendront pas, et chaque image de Stuart Lancaster, le sélectionneur britannique, est saluée d’un vibrant « You’ll be sacked in the morning », ou « Tu seras viré demain matin ». Romain Poite peut siffler la fin du match sous les applaudissements. A la télé, Jonny Wilkinson et Clive Woodward, les héros du sacre de 2003, tirent une gueule de trois pieds de long sur le plateau d’ITV. Un grand barbu passe devant nous. « Vous n’êtes pas anglais rassurez-moi ? Alors souriez, bon dieu !».